Catalogue des manuscrits de la Bibl. Mazarine., I, 5i
2. Ed. Fournier, Histoire des enseignes de Paris, revue et publiée par le bibliophile Jacob, avec un appendice par J. Cousin. Paris, 1884.
3. Voir A. Beets, Ovcr eene Middeleeuwsche allégorie (tirage à part de Handelingen van het Nederlandsche Philologencongres,
<}% iNtRODUCtlON
avons signalé, à ce propos, Renart le Contrefait. Il est probable aussi que le poème de Jehan de Condé De Vipocresie des Jacobins ' (composé après la mort, à Buonconvento, le 24 août i3i3, de Henri VII) a été inspiré de ce que l'auteur de Faupela. dit, dans le premier livre, sur les ordres mendiants.
I. Imprimé en dernier lieu par Bartsch et Horning, La langue et la littérature françaises, col. 637.
(A = Bibl. nat.fr. 2i3g,fol. i) CI COMMENCHE LE LIVRE DE FAUVEL
De Fauvel que tant voi torchier Doucement, sans lui escorchier, Sui entrés en milencolie, 4 Por ce qu'est beste si polie.
Souvent le voient en painture Tiex qui ne seivent se figure Moquerie, sens ou folie.
Titre. — C n"a ni titre ni explicit. Le plus souvent le poème est appelé Fauvel tout court : B Explicit Fauvel cest (sic) D [Ci] fenist le premier livre de F., E Si fenist le prumier livre de Fauvel et se commence le segont, G Explicit secundus liber de Fauvel, K Explicit F., M Ici comence le premier livre de F., Explicit le second livre de F., N Explicit de F. {sur grattage). A porte seul ce titre : Ci commenche le livre de Fauvel. D, à la fin du second livre, porte seul cet explicit : Explicit li Romans de Fauvel. K lit en rubrique : Estrille Fauvel, F à la fin du second livre : Explicit Estrille Fauvel, M à la fin du premier livre : Icy fenist Torche Fauvel. J lit à la fin du premier livre : Explicit l'ystoire de Fauvel ; L lit en tête du poème : Ci commence le livre de Fauvel et Fortune ; les dettx ms. JL {étroiteynent apparentés) lisent à la fin du second livre : Explicit Fauvel et Fortune. — Quand il n'y avait encore que le premier livre, Vauteur Vavait sans doute intitulé : Livre de Fauvel ou Torche Fauvel ou Estrille Fauvel. Après l'apparition du second livre, on désigna les deux livres par Livre de Fauvel et Fortune, Ystoire de Fauvel ou Fauvel tout court.
3 A entré — 6 ACEFJ sa f.
8 Et pour ce, sans amphibolie,
Clerement diroi de teil beste Ce qui m'en peut chaer en teste.
Fauvel ne giest mes en astable, ^
12 II a meson plus honorable :
Avoir veult haute menjoere Et rastelier de grant afere.
Il s'est herbergiés en la sale, i6 Pour mielx demonstrer son regale;
Et nepourquant par sa science Es chambres a grant révérence.
Et es garderobes souvent 20 Fet il assembler son couvent
Qui si soingneusement le frote Qu'en lui ne peut remaneir crote.
Fortune, contraire a Raison, 24 Le fet seignour de sa meson :
En lui essauchier met grant peine, Quer el paies roial le maine ; De lui fere honoreir ne cesse.
28 Entor Fauvel a si grant presse
De gens de toutes nacions Et de toutes condictions Que c'est une trop grant merveille :
32 N'i a nul qui ne s'appareille
De torchier Fauvel doucement.
10 A Cen, avec n exponctué.
11 C plus; BCE en l'estable — i3 Dans A, haute est écrit en interligne — 14 C manière — i3-i4 se lisent ainsi dans E :
Haute mengoere demande, Rastelier bel et assez viande
— i5 CFK II est — ï6 A demonster; BEJ sa r. — 17 CF pour sa — 20 E F. toust a. s. c, F F. a. tout s. c. — 21 A souveifvement, B diligemment — 24 BCEJ L'a f. — 26 BC en p. — 27 BCF De 1. f. honneur ne c, J Et de li f. honneur ne c. — 3i FJ très — 32 ^ s'apparaille.
Trop i a grant assemblement :
Rois, dus et contes verrîés 36 Pour torchier Fauvel allés,
Tous seignours temporels et princes
I vienent de toutes provinces,
Et chevaliers grans et petis, 40 Qui a torchier sunt bien fetis.
N'i a, sachiés, ne roy ne conte
Qui de torchier Fauvel ait honte.
Viscontes, prevos et baillis 44 A bien torchier ne sont faillis ;
Bourjois de bours et de cités
Torchent par grans subtilités,
Et vilains de vile champestre 48 Sont emprès Fauvel pour lui pestre,'
Puis en consistore publique S'en va Fauvel, beste autentique.
Et quant li pape voit teil beste,
52 Sachiez qu'il ii fet trop grant feste,
Et les cardonneaux moût l'ennourent Et pour lui torchier tous aquourent.
Li vischancelier, 11 notares,
56 Audîenchiers, referendares
Metent paine d'euls efforchier
Pour Fauvel bien a point torchier.
Prelas n'esparnent mont ne val {Fol. i v»)
60 Pour torchier cel noble cheval.
38 A Et V.; F manque — 40 EFJ Q. au — 46 AFJ grant — 48 A portait d'abord après, et Fauvel manque; le p de après a été barre' et le t a été changé en t (apertes ou aprestés ?)
52 EJ moût gr. — 53 A écrit toujours ml't — 54 £ tous manque; A lui tous torchier a., C le torchier tost a., J li t. tost a,, F lui t. toust a.; B Pour lui estrillicr tost a. — 56 Les autres mss. sauf A donnent Auditeurs et r. — 5-j CE enforcier — 59 A mrt ne V. — 60 Les autres mss. sauf A lisent ce. .^-j '
Abbeis, gens de religion
I ont trop grant devocion.
Jacobins, Cordeliers, ou estes?
64 A cest cop ne soies pas bestes,
Anciés penseis d'estudïer
A Fauvel souef manîer,
Si fêtes vous, se Diex m'ait, 68 Tant que cescun s'en esbahit.
Augustins et nonnains et moines,
Archediacres et chanoines
Et clers d'iglise pourveiis 72 Sont au torchier bien esmeûs,
Et povres clers qui sont sans rente
I metent trop bien lor entente.
Mes ne peuvent pas si près estre 76 Ne si avant com li grant mestre,
S'en sont courochiés et plain d'ire,
Si que souvent les ot l'en dire
Que Fortune, qui n'est pas ferme 80 Et qui de torneir ne se terme,
Le plus avant retornera,
De haut bas, de loing près fera.
Ce que Fortune si tost torne 84 Et en son torner ne met borne
Fait les povres reconforter
Et de lour mais bien deporteir.
Et quant ne peuent avenir 88 A Fauvel torchier ne tenir,
Si dient il : « Dieu gart teil beste,
Moût a beau corps et bêle teste. »
61 A religions — 62 A devocions — 63 BF honnestes — 64 il Aicest {sur grattage) c. ne s. b. — 65 y Mais p. bien d'e. — 66 X souvent — 67 A ferés — 77 X Si en sont dolens — 78 Les autres mss. sauf A portent leur ot — 80 BFGK ne scet t., JN ne soit t., M ne fait t., L n'a sa t. — 84 ^ Et en retorner (re ajouté après coup).
Or convient savoir la manière, 9a Les contenances et la chiere osi
Qui sont a torchier cel Fauvel.
L'en ne cognoist nonnain au vel;
Pour ce est bon que l'en le sache, 96 Quer maint torchent qui n'i font trache. '^ci
Premier commcncherei au pape;
Ce n'est pas drois que il m'eschape,
Mes je fais protestacion 100 Que ce n'est pas m'entencion
D'aleir contre l'ennour de Romme,
A qui doit obeîr tout homme;
Mes de Fauvel diroi le voir, 104 Si com je le puis conchevoir.
Le pape se siet en son siège,
Jadis de pierre, or est de liège ;
Fauvel resgarde en sa présence, 108 A qui l'en fet grant révérence '
De lui torchier et soir et main.
Le pape si li tent la main,
Paf le frain doucement le prent, m De torchier nuli ne reprent,
Et puis frote a Fauvel la teste
En disant : « Ci a bêle beste ».
Li cardineaus dient pour plere :
116 « Vous dites voir, sire saint Père, »
Lors a Fauvel tous les mains metent
Et de li torchier s'entremetent ;
93 Les autres ntss. sauf A ont et —gb A boen {avee e exponctué);CV. ce ett il b. q. l'en le s., E P. c'est il b. q. l'en les s., FJ P. ce est il b. q. l'en s. — 96 B Car mal t. ; BC qui y f. tache» F qui n'y i. taiche ; ^ ne f. — 98 La leçon adoptée est dans A seul. BCFJ Ce n'est pas raison qu'il e., E N'est pas raison que il e. — 106 E ore de — 109 A t. s. et a m. ; j^ Que l'en torche au s. et au m. — 110 A Et [ajouté en interligne) le p. li t. — • 117 ittost les v- ......
b LE ROMAN DE FAUVEL
Il me semble qu'estrilles tienent {Fol. 2)
lao Et qu'entor la teste le piegnent.
Je ne sei comment il l'entr'oignent,
Mes sus la teste le rooignent.
Ileques rois de tous pais 134 De torchier ne sont esbahis.
Un en i a qui est seignor,
Entre les autres le greignour
Et en noblece et en puissance.
128 De conreer Fauvel s'avance :
De l'une main touse la crigne
Et o l'autre main tient le pigne ;
Mes il n'a point de miroer, i32 II en devroit bien un louer :
Bien devroit mireor avoir,
Quer grant mestier a de savoir
A queil chief i porra venir i36 De Fauvel si a point tenir.
Emprès les rois les contes torchent
Si doucement que point n'escorchent;
Prelas et abbés d'autre part 140 A bien torchier cescun se part,
Sus le dos, entor les coustés,
Nul n'est d'emprès Fauvel osteis,
Sus le ventre et devant le pis ; 144 L'un torche mielx, et l'autre pis.
Priors, doëns, archediacrès
A torchier ne sont pas pouacres :
122 X M. desus la t. le roignent {dans A dt a été ajouté après coup), FM. sur la t. ilz le roignant (51c) — 125-7 ** lisent dans y :
Un en i a qui est greigneur
Et entre les autres seigneur;
Son estât mis (FJ met) en oubliance.
— 128 .i4 De bien [ajouté après coup) torchier — i3o CF Et de, BEJ Et a— i3i Dans A, miroer a été refait sur miroor — i35-6 sont dans A seul — i3j E Après — 146 BEFJ Au, C Du.
De toutes les pars i atrotent 148. Et Fauvel es pastureaus frotent.
Chevaliers n'i sont pas en coupe,
Fauvel torchent dessus la croupe ;
Et escuiers, qui bien s'estuident, «^i
i5a Lievent les pies et si les vuident,
Et si font nouvelle lietiere.
Si que Fauvel lor fait grant chiere.
Chanoines, chapelains, personcs, i56 Moines, nonnains de toutez gonnez,
Par boi?, par villes, par mares
Torchent a Fauvel les garés;
Entre les cuisses, près des ennes 160 Frotent a Fauvel ners et veinnez,
Et Cordeliers et Jacobins
Sont a bien froteir drois robins :
Devant torchent et puis derrière ; ' ' 164 Trop bien en soivent la manière. "^
Et povres gens a torchier viennent, '^'^
Mes emprès la queue se tiennent
Et le mielx qu'il peuent s'adrecent :
168 La queue escouent et la trecent.
Or sont au torchier tous venus.
Riches, moëns, gros et menus.
Se cest livre voulon entendre, {Fol. 3)
172 Des or mes nous convient descendre A Fauvel proprement descrire Et par difïinicion dire Ce que Fauvel nos senefie ;
147 E omet les — 148 BEFJ pasturons — i5i £ Li e. ; B qui si estudent, CE J qui bien se cuident, F qui b. s'estudient — i56 E M. nouviaus — tbj A Par bors — 160 A noirs — i63 A Torchent devant — 1 6b Les autres mss. sauf A lisent au t. — 167 A li m. que il — 169 y Or s. touz tL\i,Xf,^f^-^.lJo CER moinet.
175 A Et que. . 1 .c.. , nudiiu) «1 u-. -r ...
'lO LE ROMAN DE FAUVEL
176 Mes anciex est bien que je die
De la couleur premirement.
, Aristote dit vraement :
Les accidens grant aïdance 180 Font a cognoistre la substance.
Fauvel n'a mie coulour noire,
Quer noire coulour est memore
De mort, de paine et de tristece, 184 Et Fauvel est en grant leece,
Si que de noir habit n'a cure;
Il n'est pas propre a sa nature.
Ne coulour n'a il pas vermeille.
188 Saveis pour quoi? N'est pas merveille :
Roge coulour si senefie
Charitei a cescun amie.
Fauvel n'a cure de teil cote, 192 Quer il n'aime fors qui le frote.
Ne il n'a pas la coulour blance,
Por ce qu'el est senefiance
De chose qui est nete et pure ; 196 Mes Fauvel est si plain d'ordure
Qu'il convient tous jours qu'en le frote;
Pour ce n'a il pas blanche cote :
Se il l'avoit, ce seroit perte. .'-.y.
200 Ausi n'a il pas cote verte,
Quer verdure est senefiance
De foi loial et d'espérance ; s; :;; i
Mes Fauvel a mise s'entente 204 Du tout en fortune présente,
176 Les autres mss. sauf A ont bon — i83 JEFou de tr. — 186 A omet pas — 188 B Sachiez — 188-9 se lisent dans E : A celle point ne s'apareille, Car rouge couleur senefie
— igo E chascu (51c) — 192 Dans A, fors a été refait sur fros — 2o3-4 se lisent dans les autres mss. sauf A :
Maiz Fauvel a du tout s'entente
Mise en la fortune présente.
Sans espereir celé qui dure,
Ne de foy gardeir n'a il cure.
Cote n'a il pas azurée, jo8 Quer teil coulour est aduree
Dénotant considereson
De bien, de sens et de reson.
Par le saphir le peus prouver, ai2 Ou coulour d'azur dois trouver,
Et l'etherien firmament
A d'azur vrai resemblement.
Mes Fauvel n'a pas a durée 2i6 La fortune qu'il a trouvée,
Ne la fin pas ne considère,
Ains quiert tout ce qui li peut plere.
Ausi Fauvel, se Diex me sauve, 220 Ne doit avoir coulour fors fauve,
Ne sus le dos, ce dois savoir.
Ne doit il noire roie avoir.
Teil coulour vanité dénote :
224 A vaine beste vaine cote.
Encor est il si bas devant
Que maintes gens en va grevant;
Et de tous les quatre pies cloche, 228 Mes si soutiment les acroche
Que l'en l'apercevroit a paine,
Quer beste est de malice plaine.
Or est il temps que le mistere {Fol. 3 v»)
232 De Fauvel plus a plein apere Pour savoir l'exposition De lui et sa description.
21 3 il Et le cherien — 3i5 ^1 n'est pas a d., B n'est pas azuré — 319 CEFJ Ainsi — 220 A au' — 221 E sus le dois — 222 A uoire roie, C roye noire, FK nulle raye ; M doit que noire roie — 229^ l'aperçoit a grant p. — 23o A vanité pi.
234 E la d.
Fauvel est beste appropriée 236 Par similitude ordenee
A signifier chose vaine,
Barat et fauseté mondaine.
Ausi par ethimologie 240 Pues savoir ce qu'il senefie :
Fauvel est de faus et de vel
Compost, quer il a son revel
Assis sus fauseté velee 244 Et sus tricherie meslee.
Flaterie si s'en derrive,
Qui de nul bien n'a fons ne rive.
De Fauvel descent Flaterie, 248 Qui du monde a la seignorie,
Et puis en descent Avarice,
Qui de torchier Fauvel n'est nicc,
Vilanie et Variété, 252 Et puis Envie et Lascheté.
Ces siex dames que j'ai nommées
Sont par FAUVEL signifiées :
Se ton entendement veus mestre, 256 Pren un mot de cescune letre.
De Fauvel, qui si reigne en terre
Par différences et par guerre,
Dirai la diffinition 260 Pour mielx monstreir m'entencion.
Fauvel beste est nient raisonnable.
Chose apparant et non estable, Plain de fauseté, vui de voir,
235 A appropiee — 236 A écrit Per en toutes lettres — 242 Dans A, quer, écrit en abrégé, a été refait — 244 B melee, E mielee, J mellee — 25o A n' manque — 258 Les deux par sont écrits en abrégé dans A; A guerre avec u exponctué — 256 JK pour ch.
261 E est manque; BEFJ non raisonnable, C inraisonnable — 263 fauseté est dans A seul; CEFJ fallace.
PREMIER LIVRE l3
264 Figure pour gens dechevoir. fL il* !
Fauvel est beste voircment,
Que il ne porroit autrement
Sus beste seignorie avoir.
268 P^r raison le peus bien savoir :
Li roy des hommes si est homme,
Le egle est roy des oeseaux comme
Le lyon est dit roy des bestes ; 272 Ausi sachiés, vous qui ci estes,
Que Fauvel, cel gentil seignour,
Est le souvrain et le greignour
De tout homme qui comme beste 276 El monde a fichié cuer et teste.
Tiex hommes devon bestes dire.
De quoy Fauvel est roy et sire.
A Templier herege equippole 280 Cil qui de Fauvel fait ydole.
Beste est Fauvel, et cil est beste
Qui li fet ne honor ne feste.
Or te vuil je prouver sans fable 284 Que Fauvel est nient resonnable. 'a>r
Il deiist gésir en l'estable,
Mes c'est beste si mal estable
Qu'en son lieu ne se veult tenir :
288 II ne fet qu'aler et venir i ; '
264 EF gent — 266 Car dans les autres mss. sauf A — 267 CFJ bestes — 268 A raisons — 270 C L'aigle est r. d. o. comme, BEF L'aigle est r. d. o. si comme, J L'aigle r. d. o. si comme — 273 ce dans tous les mss. sauf AK — 276 EF affiche — 277 AJ beste — 279 BE herese ; B A bougre tieng et e. — 283 Dans A, d'abord flabe, puis en marge fable — 284 nient r. dans A seul; BFJ non T., C rien r. — 285 BF en estable — Les v. 283-6 se lisent ainsi dans E :
Or te weil je dire et prouver,
Fauvel non rcsnablc trouver
Se deust en l'estable gesant.
Mais nu (41c) feroit pour nul bcMDt.
Pour avoir bonne menjouere;
Moût s'estudie qu'il puist plere :
En barat et en fausetei [Fol. 4)
292 A son engin du tout getei.
Il a tant alei et venu
Que ja mes ne sera tenu
N'arestei par frain ne par bride.
296 II court par tout et point et ride,
Par fortune va sans reson
Et si règne en toute seson;
Pour soi hauchier moût s'estudie 3oo Eu doctrinal de flaterie,
Si que faus puisse bien polir,
Vérité tere et droit tolir.
Sa diffinition sus mise 304 Ai desclerie, or te souffise.
Des or mes dirai la manière,
En continuant ma matière,
Comment et pour quoi ce puet estre 3o8 Que Fauvel fet le monde pestre,
Et comment et grant et petit
Ont en lui torchier appétit.
Diex, le roy de toute puissance, 3 12 Qui tout a a sa cognoissance,
Quant il fist au commenchement
Le monde gloriosement,
Ordena toute créature
290 Dans A, Moût manque et la place est en blanc — 293
EFJLN II est — 296 BCEFJ II point par tout et c. et r. — 297 A
sus r. — 3oi A ploir — 3o2 Le t de droit semble exponctué dans A,
3o6 A contruuant (? sur grattage) — Les v. 307-8 se lisent ainsi
dans E :
Comment et pour quoi ce seuronde Que Fauvel fait pestre le monde,
— 3 1 1 Dans A^ puissance a été refait sur puissanse — - 3 1 3 J5 ou.
PREMIER LIVRE ib
3i6 Et li donna propre nature.
Tout ordena si sagement
Que nuls bons ne puet, s'il ne ment,
Dire que defaust i puist estre, 320 Que desus lui n'a point de mestre.
Mes ce qu'il avoit ordenei
Est mué et si mal menei
Qu'il convient par droite raison 3^4 Que près soion de la saison
En quoi le monde finera,
Ou Dieu autre monde fera. /
Raison i fait fort argument/ ^';
328 Au premier, quant sans instrument
Il plut a Dieu le monde fere
Et il vout de limon pourtraire
Homme et fourmeir a son ymage/ /,
332 A i'omme fist teil avantage
Que des bestes le fist seignour
Et en noblece le greignour.
Mes or est du tout berstorné 336 Ce que Diex avoit atourné,
Que hommes sont devenus bestes.
Devers terre portent les testes :
Ne lour chaut fors de terre avoir.
340 De Dieu ne veulent riens savoir :
Onques vers le ciel ne regardent,
320 Les autres mss. sauf A lisent Car — Les v. 3 19-20 se lisent ainsi dans E :
Dire qu'il i ait point de defTaute, Car nul n'a raestrise si haute.
—- 322 La leçon adoptée est dans A seul. BE. trop honny et m. m., CEst tout mué et m. m.,J' Est si mué et m. m. — 323 A convuiem — 325 E En que; A fenira — 33o x vout le monde p. — 33i A et manque: A en s.y.; B Et h. et femme a s. y., C Et f. i'omme as. y. — 336 A ordenei, y aournc — 337 Les autres mss. sauf A ont Car — 341 y N'onques.
lë LE ÈOMAN DE FAUVEL
Quer eu feu de convetise ardent.
Operacion si argue 344 La forme estre teile tenue
Comme l'euvre semblablement.
Pour ce di je certainement
Qu'ommes sont bestes rëaument 348 Quant il vivent bestïaument ;
Et pour ce par droit pouon dire
Que Fauvel est du monde sire,
Que il est par tout honorés {Fol. 4 v«>)
352 Et com Dieu en terre aorés.
Raison a perdu roiauté
Quant nous voion bestïautei
Sus les hommes si haut assise 356 Et resons est au dessous mise.
Einsi l'ordenance devine
Est du tout tornee a ruine :
Nous alon par nuit sans lanterne, 36o Quant bestïauté nous governe.
Las ! que ne fu Fauvel mort nei,
Quant le monde a si berstornei !
Cescun treuve en lui grant savor 364 Pour aquerre humaine favor.
Hé las ! hé las! quant je regarde
Que par cest Fauvel, que feu arde,
Est au jour d'ui si sainte Eglise 368 Abatue et au dessous mise
Qu'a paine porra relever !
344 F La f. t. e. tenue — 35 1 Les autres mss. sauf A ont Car; E omet tout — 353 £ R. a par tout r. — 356 E Et que Fausseté Raison brise — 357 BE Aussi — 36o A Q. b. la g. — 366 y pour — Les v. 367-8 et 379-80 se lisent ainsi dans E :
Est sainte Eglise au jour d'ui Au dessouz et si grant ennui..,.
Ne fu oncques en si grant doute • Par unde nule qui tant boute.
Tous les jours la voi si greveir
Que c'est une trop grant merveille 372 Que saint Père ne s'apareille
De tost secourre a sa nacele,
Qui si horriblement chancelé
Que Testât de crestïentei 376 En doit tout estre espouentei ;
Li gouverneur sont esbloé,
Et sachiés que l'arche Noé,
Quant l'eve couvri terre toute, 38o Ne fut onques en si grant doute
D'estre noiee et desconfite
Com la nacele dessus dite,
C'est a dire Eglise présente 384 Que la nacele représente ;
De toutes pars est en tempeste.
N'a mes en li joe ne feste :
Bien peut par desolacion 388 Chanter la lamentacion
De Jeremie le prophète ;
Je croi qu'elle fut pour lié fête.
La dame des rois et des princes, 392 Princesse de toutes provinces,
Giest au jour d'uy sous le treU
Plus qu'onques mais ne fut veii
Puis que la primitive Yglise 396 Fu essaucie et avant mise.
Fauvel, qui est faus et quassé,
Tout cest brouet li a brassé :
Si com il veut Fortune torne
372 A s'aparaille — 383 La leçon adoptée est dans B seul; les autres mss. ont l'Eglise (avec article) — 386 A Ja mes n'ara j. ne f., C En el n'a mais j. ne f. — Les v. SgS-fi se lisent ainsi dans E :
Fuis que l'Eglise primitive Fu essaucice et mise a rive.
l8 LE ROMAN DE FAUVEL
400 Et ce que Diex a fet bestorne. Or te vuil monstreir la manière Com' il met ce devant deriere.
Or entent, tu qui Fauvel torches :
404 Diex fist au premier .ij. grans torches,
Plaines de moût très grant lumière,
Mes c'est par diverse manière.
L'une a non soleil, l'autre lune ; 408 Clarté de jour nous donne l'une :
C'est le solail qui luist de jour,
La lune de nuit sans séjour.
Mes le solail, se Diex m'ament, 412 Est trop plus haut eu firmament
Que n'est la lune, c'est sans doute,
Ne elle n'a de clartei goûte
Que le solail ne li envoie.
416 Mes Fauvel, qui trestout desvoie,
A tant fait que cest luminare
Est tout berstornei au contraire.
Moût est beste de grant emprise :
420 La lune a sus le solail mise,
Si que le solail n'a lumière
Fors de la lune et au derrière.
Grant éclipse pues ci trouver ; 424 Ce que j'é dit te vuil prouveir.
Li sage fondé sus reson
Font semblable compareson
Au solail du ciel de prestrise, 428 Et a la lune au dessous mise
Comparent temporel empire;
La cause de ce te vuil dire.
Diex, qui sus tous est sire et mestre,
(Fol. 5)
408 EF jourz — 410 ^ nuis — 422 A a d. — 426 E semblabe — 428 au manque dans les autres mss. sauf A,
PREMIER LIVRE ig
432 Fist son filz de la Virge nestre,
Qui sacrifia comme prestre,
Si que por ce doit prestrise astre
Au solail acomparagie, 436 Que Diex li donna la mestrie
De donner au monde lumière,
Par quoi il levast cuer et chiere
A cognoistre la droite voie 440 D'aler en pardurable joie.
Ausi ordena Diex prestrise
Qu'ele fust chief de sainte Yglise,
Qu'en lié vout le pouer crier 444 De tout lier et deslïer.
Mes a temporel seignorie
Ne donna Diex nule mestrie,
Ains vout que fust dessous prestrise, 448 Pour estre bras de sainte Eglise,
Si qu'el n'eiist pouer de fere
Fors ce qu'a Tlglise doit piere.
Et par reson le pues veïr :
452 Le bras doit au chief obéir
Et a execusion mètre
Ce que le chief li veult commetre.
Moût prest est le bras par nature 456 A garder le chief de laidure,
Quer le chief est plus haut en l'omme
Que n'est nul des membres, si comme
433 A preste — 434 Les autres mss. sauf A lisent par — 436 Les autres mss. sauf AK lisent Car — 439^ Pour c. — 441 BFJ Ainsi — 443 B Car en li v. p. donner, C Car en el v. p. c, F Car en lui V. p. trouver, J Car en lie v. p. c. — Les v. 441-3 ** lisent ainsi dans E :
Ainsi Oiex prestrise mena,
Car de l'Eglise l'ordena
Et en H vout pouair crier.
— 447 C qu'el fcust d., y vout qu'ele fust souz — 449 BEJ que n'eust — 45 1 AF voir.
Celui qui tout le corps gouverne :
460 Par lui voit et ot et discerne.
Et se le chief estoit malade,
Il n'i a membre, tant soit rade.
Que l'en n'en voie plus mat estre, 464 Si com les sergens de lor mestre.
Einsi doit temporalitei
Obeïr en humilitei
A sainte Eglise, qui est dame, 468 Qui peut lier et corps et ame.
Mes Fauvel a tant fauvelé
Et son chariot roelé
Que, mal gré Ferrant et Morel, [Fol. 5 v) 472 La seignorie temporel,
Qui deust estre basse lune,
Est par la roe de Fortune
Souveraine de sainte Eglise.
476 Sainte Yglise est au dessous mise,
Si qu'el donne poi de lumière;
Ainsi va ce devant derrière :
Les membres sont dessus le chief.
480 Grant mestier fust que de rechief
Diex vousist fere un novel monde,
Que cestui de tout mal soronde.
Pour ce que Fauvel le gouverne 484 En ténèbres et sans lanterne,
45g EJ Geli — 460 E Pour; EJ li — 463 BCJ nev.; AC mal
— 464 A subjes — Les v. 463-4 se lisent ainsi dans E :
Ne soit en mateté greigneur, Com li sergant de leur seigneur.
— 475 A Souvraine. Les autres mss. sauf A lisent : S. sus s. E,
— Les V. 475-7 se lisent ainsi dans E :
Sus sainte Eglise souverainne.
L'Eglise est dessouz si qu'a painne Puet donner pou de sa lumière.
— 482 Les autres mss. sauf A ont Car.
PREMIER LIVRE 3î
Si que l'a mis hors du chemin :
Trouvei n'est pas en parchemin
N'en livre de sainte Escripture 488 Qu'ains mes fust si hors de mesure
Com nous le voion maintenant.
Fauvel si couche au remenant,
Que le mestre est de la griesche.
492 Tout le monde maine a la tresche :
Pour plus melleir et bestorneir,
Torner le fait et retorneir ;
Tant i a mis entente et cure 496 Qu'au jor d'ui toute créature
Est du tout tornei au contraire
De ce pour quoi Diex le vout fere.
Je le te monstre en tous estas 5oo Par argumens non intestas,
Primes en ceulz de sainte Eglise,
Ou plus d'amor doit estre assise;
Sans gloseiire et sans comment, 504 Clerement te diroi comment
Les persones de sainte Eglise
Ont vie berstornee prise.
485 Les autres mss. sauf A ont qu'il — 490 B touche — 491 Les autres mss. sauf A ont Car — Les vers 493-4 sont donnés dans l'ordre inverse dans tous les mss. sauf A — 498 CEF la — 5oi BCFKPrcmieT ; A eu temps — 5oa Tous les mss. sauf A ont d'onneur — 5o3 CFJ gloseur — Les vers 5o3-4 se lisent ainsi dans A :
Sans glosei' te diroi comment Et auques asseis clerement.
Les V. 5oi-6 se lisent ainsi dans E :
Primes en ecclesiaus persones, Qui deussent avoir taches bones, Sanz gloseure et sanz comment Clerement te dirai comment Tels personnes, c'est chose clere, Ont prise bestournee manier^.
Eu temps de la foy primitive, 5o8 De quoi salut humain dérive,
Quant Diex sainte Yglise espousee
Out et de son sanc rachatee,
Son vicare fist de saint Père 5i2 Et vout que fust pastour et père
Pour gouverneir crestïenté ;
De pouer li donna plenté
Et es apostres ensement, 5i6 Si que par lour enseignement
Le peuple revenist a voie
D'aleir en pardurable Joie.
Ces apostres desciples urent 520 Qui sus eulz le pouer rechurent
De tout lier et deslïer
Et de nous a Dieu ralïer.
Les apostres evesques furent, 524 Que els principaument rechurent
Le gouvernement de l'Eglise ;
Et, puis que la foi fut esprise,
Li disciple si s'espandirent 528 Par tout le monde et entendirent
A bien la foi multiplier,
Et pensoient d'estudîer
Que asseis gaïgnassent d'ames, [Fol. 6)
532 Qui en paradis fussent dames.
5 12 Les autres mss. sauf A ont qu'il — 514 Les autres mss. sauf A ont aux ou as — 519 5 Ses; AB furent, CF eurent — 5 20 CEF souz — 524 Les autres mss. sauf A ont Car — Les v. 520-23 manquent dans B, les v. 521-24 <^<^'^s F — 526 Les autres mss. sauf A ont puis quant — Les v. 52 5-26 se lisent ainsi dans E :
L'ecclesial gouvernement,
Et quant foy et commencement.
— 53i B Qu'assez peussent gaingnier d'ames, EJ Qu'assez gaaignassent des a., CF Que a. gaignassent des a.
Saint Père, qui papes estoit,
D'escallate pas ne vestoit
Ne ne vivoit d'exactions :
536 Toutes ses consolacions
Estoient en saintement vivre
Et que le monde fust délivre
De servitude de pechié 540 Et qu'en bien fust tout adrechié ;
Et quant il avoit labourei
Et por son peuple bien orey,
De vie mendiant n'out cure, 544 Mes pour avoir sa repeuture
Se vivoit de sa pescherie
El en menoit petite vie.
Mes, sachiés, peschier ne savoit :
548 Une petite rois avoit
Et une petite nacele.
Si ne prenoit que poi d'avele
Ou d'autres pissonnés menus, 552 Si que vivant fust soustenus.
Mes nostre pape d'orendroit
Si pesche en trop meillour endroit :
Il a une roy grant et forte 556 Qui des flourins d'or li aporte
Tant que saint Peire et sa nacele
En tremble et ele chancelé.
Des flourins pesche il sans nombre ; 56o II ne pense pas comme l'ombre
De saint Peire garir souloit
Cescun qui de mal se douloit.
542 y Dieu oufé — 55o Les autres mss. sauf A ont qu'un p. — 55 1 B poissonceaux — 552 Les autres mss. sauf A ont qu'en v. — 555 BE roiz, C raiz, F rcz, J roys — 558 La leçon adoptée est dans AEGLMN. B En tr. et forment en ch., CF En tr. toute et ch., J En tr. si qu'elle ch., ^ En tr. trestoute et ch. — 56o Les autres mss. sauf A ont comment.
Saint Père vesqui sans richece ;
564 Mes or en a si grant largesce
Son successour que c'est merveille; Que Fauvel estudie et veille A lui porter fiourins asseis,
568 Ne si n'en peut estre lasseis. Le pape, pas ne celeroi, Torche Fauvel devers le roy Pour les joiaus qu'il li présente,
572 Et a lui plere met s'entente.
De ces diesiesmes li envoie Et des prouvendes li otroie Par tout pour ces clers largement.
576 Hé las! corn mal entendement,
Que par ce voion sainte Eglise Tributaire et au dessous mise, Que Fauvel, qui est bien letrei,
58o A les diesismes empetrei
Pour le roi, par devers le pape.
Le pape n'i met pas sa chape Ne du clergié n'est pas tuteur,
584 Mes le roy fait exécuteur,
Si que par la laie justise Est justisie sainte Yglise.
C'est chose faite a escient,
566 Les autres mss. sauf A ont Car — 567 E \i — 568 Les autres ntss. sauf A ont Ne il n'en p. — 569 BCEJ cèlerai — 570 E rai ; C devant le roy — 571 EF ses; J presens; A qualli pr. — 57? Les autres mss. sauf A écrivent ses — ^7^ X Pour ses clers par tout 1. — 576 Les autres mss. sauf A ont acointement — 577 Les autres mss. sauf A ont Car — Les v. 577-78 se lisent ainsi dans E :
Car l'Eglise veons an ce
Tributaire et en grant balance.
— 579 Les autres mss. sauf A ont Quant — 58o E A ses — 58 1 C p. devant — 582 E la ch. — 583 E m'est pas —584 E M. du r, ; A executor.