VI. — LE DIALECTE DU MANUSCRIT A LXVH
Voir Godefroy, Dictionnaire^ I, 180-90, et Eggeit. p. 38o.
A côté de soleil 40'], on rencontre solail^oq, 411. Apparaille rime avec merveille 32, 371.
Les rimes prouvent, ainsi que nous avons vu, que pour l'auteur le résultat de l'ancienne triphtongue "iei était i. Mais pour le copiste du premier livre elle a abouti à ié : giest 1 1, 393, siex 253, lié (pronom) 390, 443. 652, piere 669, 718, pies (pejus) 717, lietiere i53, diesiesmes bjo, diesismes 58o. Cf. Eggert, p. 371 et 399, et Kuppers, p. 23.
La réduction d'un ie français à / se rencontre dans trichirres 1147, premirement 177. Kuppers (p. i5 et 20) signale arire, « arrière », et pice, « pièce ». Dans le Tristan de Béroul il 3" a escrive (pour escrHeve, de escrever) 731.
Comme \i de ai dans vicare, etc., 1'^ de oi est tombé dans consistore 4g, joe, « joie », 386.
L'ancienne diphtongue oi est notée par oe dans coeffe\^ « coiffes », 787. Eggert (p. 367) atteste pour l'année i3iola graphie croe\, « croix ».
J uvenem donne dans les deux livres ;>a2«^ 632, 1 144, rajeunie 1483 (le premier n est indiqué par un titulus). Cette forme, qui se rencontre d'ailleurs dans tout TOuest, est enregistrée par Kuppers, p. I 2.
Boens 1091, boen iiiz sont des formes qui n'appartiennent pas exclusivement aux dialectes nor* mands, mais y sont très fréquentes. Voir Burgass, p. 19, Eggert, p. 368, et Kuppers, p. 11 .
Aveigle figure par deux fois au v. 824. Je n'ai pas rencontré cette forme ailleurs.
. Nous avons dit précédemment que l'auteur sem-
LXVin INTRODUCTION
blait confondre dans quelques cas ui et / à la rime. Cette confusion expliquerait une graphie comme luiron pour liron[s] 798. Burgass (p. i5) note la forme esluire pour eslire, et Eggert (p. 365) signale la réduction, dans des patois actuels, de ui en / {lire pour luire), et Kuppers (p. i3) relève des formes comme depis, pissent, pour depuis, puissent.
Voyelles et diphtongues devant le ton
A un a protonique du français du centre correspond un e : cescun 68, 140. Cf. Eggert, p. 385 et 398, et Kuppers, p. 26 {chescun, demage).
Un e protonique apparaît aussi au lieu d'un o : ennour 10 1 (à côté de onour 684). Cf. Eggert, p. 382. Ces deux phénomènes comprennent un domaine beaucoup plus vaste que le dialecte normand.
A un e du centre correspond un / : iglise 71, rglise 442 (mais église 448), espicial 856. Cf. Eggert, p. 383. Même phénomène le pronom possessif w/^r, pour me5, dans misire 1049.
Notons encore la graphie isolée laitier 1026.
I^oux pissonnés 55 1 ily a à noter (\ut pisson (pour poisson) est une forme courante en picard, qui peut très bien être également normande, bien que nous ne l'ayons pas rencontrée dans des documents normands.
Acuns 827, mavès 980 sont des formes bien connues. On peut comparer la forme Biamont (pouf Biaumont) signalée par Kuppers, p. 23.
Les diphtongues en / subissent le même sort que