‹ Le roman de l'Espagne héroiqueChapitre 14 sur 18 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

|a bataille était imminente :

Chindavinste adressa à Dieu une fervente prière, puis passa rapidement ses troupes en revue. L'enthousiasme des guerriers chrétiens était à son comble : le héros fut salué d'acclamations unanimes, et tous, à grands cris, réclamèrent le combat.

Toutes les races qui peuplaient la péninsule étaient représentées dans l'armée de Chindavinste.

D'abord venaient les chevaliers et ba-

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rons wisigoths, qui se rangeaient sous la bannière de l'archevêque Oton de Tolède; c'était la fleur de la noblesse des conquérants. Leurs regards altiers et leur belle prestance sur leurs coursiers révélaient leur habitude de vaincre.

Ensuite les escadrons des chevaliers aragonais et catalans, aux armes moins riches, mais plus lourdes peut-être, brillaient par leur contenance mâle et résolue, leur air sombre, mais intrépide.

Les guerriers celtes, sous les ordres du comte Fadrique, formaient une troupe de cavaliers et de fantassins rudes, mais indomptables.

Le comte Josseran dirigeait les légions de la Provence et de la Narbonnaise, troupes aguerries et solides, qui semblaient avoir conservé les vertus des anciennes légions romaines.

La cavalerie vandale, montée sur de fringants chevaux et armée de lances

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légères, suivait le marquis Herrera de Ronda.

L'infanterie la plus nombreuse était composée des troupes d'archers lusitaniens et suèves, commandées par les barons Rodrigo et Tergivinste. Enfin, le comte Alaric et le duc de Léovigilde avaient sous leurs ordres un corps de fantassins d'élite, formé par des Alains du nord de l'Espagne, sobres, endurants, infatigables, toujours prêts au combat et d'une fidélité à toute épreuve.

Autour de Chindavinste, se groupaient tous les nobles comtes et barons des Asturies et de Léon, célèbres déjà par leurs exploits et désireux de cueillir de nouveaux lauriers.

L'armée ennemie, beaucoup plus nombreuse, ne pouvait certes prétendre

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rivaliser comme qualité avec les troupes chrétiennes, mais elle comptait néanmoins dans ses rangs les plus illustres chevaliers et guerriers du monde musulman.

Omar-El-Kébir était un sultan dont le nom seul taisait trembler toute l'Asie et toute l'Afrique. Autour de lui, Tervagan, roi de Tarse; Torléus, tyran de Judée; Orminès, Soudan de l'Egypte, étaient les champions les plus célèbres de tout l'Orient, toujours vainqueurs dans les tournois et invaincus dans les batailles.

Les cavaliers arabes, montés sur d'agiles chevaux et armés d'un long cimeterre, formaient l'élite de l'armée et avaient pour chef un Maure d'une vigueur prodigieuse, nommé Abdallah.

Les Egyptiens, au long manteau de soie et aux lances flexibles, suivaient le farouche Tissafor, dont la cruauté était sans limite.

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La cavalerie des Berbères de Numidie, aux longs javelots acérés, troupe aussi vaillante que redoutable, évoluait sous les ordres du pacha Sorbrès, astucieux et sans foi.

Le géant Nigristès conduisait des milliers d'Ethiopiens noirs comme du jais et qui poussaient des cris sauvages en brandissant leurs massues et des lances barbelées.

Enfin venaient, avec à leur tête le plus terrible bandit de l'Afrique, le fameux El-Merghi, les hordes ni disciplinées ni courageuses des tribus nomades de Tripoli et du Tafilet, bandes de pillards sanguinaires et implacables, toujours prêts au crime et à l'infamie.

Le souverain des Abîmes de Désolation, le sinistre Esprit du Mal promena

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un regard de complaisance et de plaisir sur cet assemblage hétéroclite de soudards et de guerriers qui formait l'armée musulmane.

C'était par ses manœuvres, grâce à des démons auxquels il avait fait prendre figure humaine et qu'il avait envoyés comme émissaires du sultan Omar-El- Kébir, que cette multitude d'ennemis de la Croix se trouvait réunie à Tanger.

Il pensait que les forces du monde musulman pourraient ainsi écraser la vaillante armée chrétienne et arracher la vie à Chindavinste, ce héros que l'Enfer détestait comme le plus solide soutien de la religion catholique.

Contre ce paladin, toutes les embûches, toutes les attaques, tous les pièges

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avaient échoué. Ni la violence, ni la ruse, ni les séductions, ni les sortilèges n'avaient eu sur lui la moindre prise.

Satan ne pouvait y songer sans frémir de rage impuissante.

« Chindavinste vit ! Chindavinste triomphe ! Et chacun de ses succès est une défaite pour MOI. Sa vie est la plus cruelle des humiliations pour MON orgueil ! O Puissances des Ténèbres, dont je suis le Roi, accourez à mon aide en cette occasion ; unissons tous nos efforts à ceux des Infidèles et vengeons sur le drapeau de la chrétienté notre haine et notre abjection! Noyons Chindavinste dans le sang de ses guerriers d'Espagne ! »

Ainsi parla Satan dans sa démence, et l'Enfer tressaillit jusque dans ses plus sombres cavernes, et la foule des démons

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rugit de convoitise et de fureur, comme une bande de fauves longtemps affamés qui aperçoivent une proie à la chair encore palpitante et saignante.

11 dit et, transporté par ses desseins atroces, il s'élance hors des gouffres infernaux : il prend les traits et la taille d'un fameux nécromancien et astrologue d'Egypte, Moula-Karafa.

Sous un haut bonnet de cuir brodé d'or, d'abondants cheveux blancs pendent sur ses épaules, une longue barbe blanche s'étale sur sa poitrine : il est vêtu d'une large robe de drap vert doublée de soie écarlate; une ceinture de cuir brodée d'or et couverte de pierreries ceint sa taille épaisse. A ses pieds chaussés de bottes de cuir jaune sont attachés des éperons d'or fin. Il monte un coursier arabe tout noir avec une étoile blanche au front.

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Nul ne sait comment il est arrivé au camp, mais soudain, on le voit paraître devant le sultan Omar-El-Kébir et les monarques ses vassaux. Il s'incline devant le Sultan :

« Lumière des Croyants, Descendant du Prophète, terreur des forts et soutien des faibles, Soleil des humains et Maître de l'heure, grand Khalife, un de tes humbles sujets te salue et t'apporte, en ces instants critiques, le concours de son Art. Tu m'as déjà reconnu ; je suis Moula-Karafa, qui, du fond de Thèbes, prédis aux humains l'avenir et interroge la voûte des cieux. Pour moi, les étoiles n'ont pas de secret et les esprits s'animent à ma voix. N'aie aucune anxiété en ce jour redoutable; la victoire sera pour tes armes. Et vous, puissants monarques, guerriers invincibles, que je vois réunis ici, sachez que l'empire du monde vous appartiendra si vous débarrassez la terre

de Chindavinste. Voyez l'innombrable armée que j'amène avec moi pour vous secourir. Que vos soldats soient pleins d'ardeur et d'expérience ; les miens sont là pour les seconder. »

Un murmure flatteur accueille ces paroles si agréables à entendre ; puis le Sultan l'embrasse et les rois l'acclament. De sa main droite, il montre à l'horizon, sur la route de Fez, les troupes diaboliques qui s'avancent.

Elles sont si nombreuses que la terre en est couverte sur plusieurs lieues d'étendue, si horribles que les plus vaillants, à les voir, se sentent un frisson au cœur.

Ce sont des légions de Macrobes, géants noirs hauts de douze coudées et

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velus dans le dos, comme des ours ; ils ont de fortes mâchoires proéminentes et sont armés de masses aussi grosses que le tronc d'un chêne- de cinquante ans.

Puis viennent des bataillons de Pygmées, tout nus, nains aussi petits que des enfants de huit à neuf ans; ils vivent ordinairement dans les grandes forêts du centre de l'Afrique : ils sont armés d'un arc et de flèches empennées qu'ils lancent à merveille.

C'est pour mieux répandre la terreur dans les troupes des Chrétiens que les démons ont pris la forme de ces monstres hideux : leurs cris et leurs hurlements s'entendent à trois kilomètres; leur furie et leur attaque semblent irrésistibles.

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