LIVRE XIII
HiNDAViNSTE a divisé son armée et donné le signal du combat.
Le duc Léovigilde, à la tête des Alains, s'élance à l'assaut des murs de Tingis, soutenu par les Celtes du comte Fadrique.
Les légions de Provence et de la Narbonnaise s'avancent à l'extrême gauche pour dépasser la ville mauresque et attaquer l'aile droite des Arabes. Elles sont suivies par les escadrons des chevaliers
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aragonais et catalans qui profiteront des terrains favorables pour charger.
Mais la 2;rande bataille va se livrer entre Tingis et la baie aux flots bleus. Chindavinste veut profiter des immenses dunes de sable pour charger avec ses chevaliers et anéantir les ennemis qui les couvrent.
Il lance d'abord les archers lusitaniens et suèves, dont les traits sèment la mort dans les rangs des cavaliers arabes et égyptiens que le hasard a placés en cet endroit.
Puis la cavalerie vandale charge et repousse les Arabes ; mais, de l'extrême gauche ennemie, accourent les Berbères numides; ils sont montés sur de petits chevaux vifs et légers comme le vent.
Ils prennent les Vandales par derrière et les ramènent en désordre en leur tuant nombre de chevaliers.
Chindavinste s'élance alors avec ses
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barons et comtes des Asturies et de Léon. De son côté, l'archevêque Oton et les nobles Wisigoths attaquent le centre ennemi. La bataille est générale et la mêlée terrible.
Devant les chevaliers chrétiens, rien ne résiste. Chindavinste balaie de sa large épée les adversaires qu'il rencontre.
En vain, les Arabes font des prodiges de valeur; les chrétiens, disciplinés et aguerris, les abattent à coups de lances, d'épées et de haches d'armes.
Autour du sultan Omar-El-Kebir la lutte atteint son paroxysme : les plus vaillants guerriers musulmans sont réunis autour du souverain. Le soudan d'Egypte et les autres monarques vassaux rivalisent d'exploits.
Mais l'ardeur du combat amène Chindavinste presque seul au milieu de ce bataillon sacré : on le reconnaît à sa
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haute stature, à ses coups formidables.
Tous Tassaillent à la fois et le frappent ; mais le héros, impassible sous son armure damasquinée, fait le moulinet avec son épée de Tolède, et les bras et les têtes volent autour de lui.
Le Soudan d'Egypte roule à terre, le bras droit coupé; Tervagan, roi de Tarse, renommé pour sa force, a le casque et la tête ouverts jusqu'au menton; le tyran Torléus a sa cuirasse et son corps fendus de l'épaule à la selle.
Rien ne peut arrêter le héros; il extermine toute la garde du sultan, et ce dernier ne doit son salut qu'à la fuite.
Oton et ses chevaliers remportent aussi la victoire ; ils dispersent les troupes sauvages des Ethiopiens armés de massues et achèvent avec la cava-
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lerie vandale la défaite des Numides et des Egyptiens.
Le duc Léovigilde fait flotter l'étendard de Chindavinste au haut des murs de Tingis, et des cris de victoire éclatent dans l'armée chrétienne. Mais des appels de détresse leur répondent de loin, vers l'extrême gauche, au-delà de Tingis.
Les légions de Provence et de la Narbonnaise ont attaqué de ce côté les hordes de Tripoli et de Fez et n'ont pas eu de peine à les mettre en fuite, mais ces dernières les ont amenées ainsi dans un piège : un chemin creux entre deux monticules qui aboutit à une dune de sable terminée à pic
Les escadrons aragonais et catalans ont chargé les fuyards, mais sont allés se précipiter au bas de la dune. Le désordre s'est mis dans les rangs des fantassins et des chevaliers affolés. Les cavaliers arabes et égyptiens, chassés de la
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plage par Chindavinste et ses barons, sont accourus sur ce point et ont fait irruption dans les rangs des chrétiens.
De part et d'autre, c'est une tuerie sauvage, au milieu de clameurs effrayantes.
Mais les troupes chrétiennes ne se débandent ni ne fuient : elles luttent en désordre, mais elles cherchent à se reformer. Les Celtes et les Alains, qui ont massacré les défenseurs de Tingis, viennent leur prêter main-forte. Ils se heurtent aux Ethiopiens qui se sauvent devant les chevaliers de Chindavinste et d'Oton, et ils en font un carnage affreux.
Rabattant tous les ennemis qu'ils trouvent devant eux, les chevaliers visigoths et la cavalerie vandale poussent les derniers combattants arabes et berbères sur ce point.
Au milieu de la confusion et du tumulte, les ennemis cèdent de toutes
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parts, et on peut croire que la déroute ne tardera guère, lorsque, tel qu'un fracas de cyclone qui étouffe toutes les autres clameurs, éclate un fantastique concert de hurlements et de rugissements.
Ce sont les bataillons des Macrobes et des Pygmées qui se précipitent sur le champ de bataille. Les chrétiens, surpris par la vue d'ennemis aussi monstrueux, assourdis par le fracas de ces démons, perdent les avantages qu'ils avaient conquis et reculent. Les musulmans profitent de cet instant de répit pour reprendre courage et se reformer derrière ces auxiliaires inattendus.
Chindavinste et Oton accourent et chargent ces géants et ces pygmées qui leur semblent des bêtes sauvages ; mais la lutte contre les esprits diaboliques est une lutte décevante, et les chevaliers et barons chrétiens sont frappés d'étonnement en voyant que les Macrobes
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qu'ils coupent de leurs épées ou percent de leurs lances ne meurent point de leurs blessures. La stupeur les glace et leurs coursiers hennissent d'horreur.
Mais l'archevêque Oton reçoit une inspiration divine :
« Ces monstres, s'écrie-t-il, sont une invention infernale ; chevaliers, n'ayez crainte, ce sont des suppôts de Satan et je vais les faire retourner à l'enfer dont ils viennent. »
Il dit, et, retirant son gantelet de fer, il lève vers le ciel sa main droite ornée de l'anneau épiscopal, et, se tournant vers les hordes de Satan, il les bénit au nom de Dieu Tout-Puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Il n'a pas achevé son geste et sa phrase qu'un silence de mort succède à cette tempête de hurlements. De démons, il n'en reste plus un seul sur le champ de bataille : Macrobes et Pygmées ont dis-
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paru dans les ténèbres d'où ils sortaient.
Les chrétiens, heureux et enthousiasmés, n'aperçoivent plus devant eux que des ennemis humains, encore en désordre et mal remis de leurs premières rencontres. Ils les attaquent de tous les côtés.
Toute la chevalerie d'Espagne s'élance sur les traces de Chindavinste et d'Oton. En vain, les musulmans cherchent leur salut dans la fuite : seuls, les Numides, dont les chevaux semblent avoir des ailes, peuvent s'échapper par la route de Fez.
Les autres se précipitent vers leur camp et vers la colline de Kasabah ; mais, tandis que les fantassins prennent d'assaut leurs derniers réduits, les chevaliers poursuivent la masse des fuyards sur le vaste plateau de Marshan.
Là se livre un dernier et féroce combat entre les plus valeureux des
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cavaliers arabes et égyptiens et la chevalerie d'Espagne : les Maures combattent avec la furie du désespoir, car le plateau de Marshan se termine à pic sur l'Océan, et la mort les attend de toutes parts.
Mais ils sont refoulés, paralysés, entraînés, malgré leurs efforts, par la masse inconsciente et affolée des fuyards.
Et le soleil n'était pas encore couché à l'Occident vermeil, que les flots d'azur de l'océan se rougissaient du sang de l'armée des Maures précipités de cent pieds de hauteur et qui roulaient, comme un torrent d'hommes et de chevaux, avec un fracas de cuirasses et d'épées heurtées, des cris de blasphème et d'épouvante, sur les flancs escarpés du plateau de Marshan.