‹ Le roman de l'Espagne héroiqueChapitre 4 sur 18 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

UELQUEs mois s'écoulèrent:

Chindavinste, toujours par monts et par vaux, parcourait la péninsule, portant le secours de sa bonne épée à tous les opprimés, faisant triompher partout la cause sacrée de la justice et de l'Eglise chrétienne. Il était le modèle accompli des chevaliers errants, digne d'appartenir à la confrérie de la Table Ronde.

Le hasard des aventures l'avait conduit dans les Asturies, délicieuse contrée

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aux montagnes couvertes d'arbres toujours verts, aux pics neigeux, aux vallées ombreuses, aux gorges pittoresques, aux coteaux tapissés de gazon et de grasses prairies.

Par une belle matinée d'avril, le héros chevauchait au petit trot de son cheval, précédant ses serviteurs qui portaient ses armes et tenaient en main son coursier de combat, bête énorme et puissante, que l'on réservait fraîche pour les luttes à venir.

La chaleur était douce. Une brise légère et tiède caressait le visage des voyageurs et faisait voltiger la crinière des chevaux; elle était toute parfumée des essences balsamiques des forêts de pins et de sapins qu'elle venait de traverser.

Chindavinste se trouvait dans une vallée couverte de pâturages coupés d'une quantité d'arbres fruitiers en

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fleurs; des massifs de noisetiers semblaient poudrés à frimas et des orangers avaient encore leurs fruits d'or; des amandiers se paraient de leurs fleurs semblables à de petites roses blanches.

Des châtaigniers, des marronniers aux fleurs blanches et rouges, des figuiers aux larges feuilles, des oliviers sombres aux reflets argentés, des pommiers, des poiriers, et de loin en loin, quelques peupliers élancés et sveltes, se balançant au souffle du vent avec le bruissement régulier de leurs petites feuilles.

Un tapis de verdure s'étendait sous ses pas : luzerne, samfoin, trèfle mêlaient leurs herbes naissantes, et mille fleurs des champs y parsemaient leurs rubis, leurs améthystes, leurs saphirs et leurs topazes éphémères.

Un sentier bordé d'ajoncs épineux et de genêts aux fleurs d'or tenta sa curiosité et il s'y engagea résolument. Aux

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ajoncs et aux genêts succédèrent des amandiers couverts de la neige de leurs fleurs; puis des arbres de haute taille; enfin le sentier s'enfonça dans un petit bois touffu de pins.

Le murmure argentin de l'eau courante prévint Chindavinste de la proximité d'un ruisseau ou d'une source. 11 voulut s'en rapprocher et, sautant à bas de son cheval, il le confia à un de ses écuyers : seul, et à pied, il poursuivit sa route, s'enfonça entre les arbres, parmi des fourrés, se dirigeant vers l'endroit d'où venait le bruit.

Les pins cédèrent la place à de beaux acacias aux troncs centenaires ; le gazon reparut ; des magnoliers s'élevèrent majestueux, des camélias géants mirent sur sa tête leurs fleurs rouges... Soudain, il s'arrêta surpris, ravi du spectacle qui frappait ses regards.

Derrière un rideau de cyprès aux

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troncs serrés les uns contre les autres, une troupe de jeunes Rlles s'ébattait et se baignait en riant : un ruisseau d'eau limpide et fraîche, qui se cachait à demi sous les arbustes et les folles herbes qui couvraient ses bords, s'élargissait et formait là comme un bassin naturel de quelques mètres de largeur et de très faible profondeur. On voyait aisément les cailloux polis et luisants qui formaient le fond, et les jolies nymphes se faisaient un jeu de tremper leurs pieds mignons dans le cristal de l'onde.

Parmi la bande folâtre, une jeune fille se distinguait entre toutes par sa beauté éclatante, son air noble et la dignité de son attitude : elle manifestait à ses compagnes une bienveillante condescendance qui révélait la supériorité de sa condition, et elle en recevait des marques de respect mêlé d'affection.

Tout d'ailleurs la désiirnait comme la

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maîtresse et la reine ; le léger vêtement de pourpre qui, de ses épaules à ses genoux, tombait en plis réguliers, était de la soie la plus fine et la plus recherchée ; la ceinture qui entourait sa taille souple était de cuir parfumé brodé d'or et la boucle en était ornée de pierreries. Elle portait un grand collier d'or, qui descendait sur sa gorge naissante, et aux bras des bracelets de ce précieux métal.

Mais, malgré la richesse de ce costume, son allure respirait la vertu, et son visage la candeur de l'innocence et la pureté de la jeunesse; elle était brune et ses cheveux d'ébène flottaient en trois longues tresses sur ses reins cambrés; ses yeux grands et clairs avaient des reflets superbes et brillaient comme des diamants noirs; elle était de taille élancée, admirablement proportionnée, et la blancheur nacrée de sa peau annonçait son origine celtique.

Ce fut pour notre héros une vision féerique, un véritable éblouissement ; il se tint coi, immobile, muet, comme une statue de pierre, plongé dans l'émerveillement de ce gracieux tableau. Jamais dans ses rêves les plus agréables, il n'avait rien entrevu d'aussi charmant ; il se crut transporté au Paradis, bien loin de la terre. . .

Mais les jeux les plus gais ne sont pas éternels : la princesse sortit du bassin, ses suivantes, sur un signe d'elle, s'empressèrent d'essuyer ses petits pieds avec des linges secs et de lui mettre de grandes bottes en drap écarlate au bout pointu et à la semelle de cuir, qui se laçaient sur la jambe et le pied avec des cordelettes d'or. Puis elle jeta sur ses épaules un grand manteau blanc aux franges de pourpre et monta sur une belle haquenée grise, richement sellée et caparaçonnée. La troupe mu-

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tine et rieuse des jeunes filles se réunit autour d'elle et lui fit, en chantant, un cortège.

La princesse mit sa haquenée à un trot très doux et, en suivant le bord du ruisseau, s'en fut dans la direction opposée à notre héros.

Chindavinste la dévora des yeux le plus longtemps qu'il put, mais elle s'effaça peu à peu derrière des bouquets d'arbres; et, en quelques minutes, l'apparition s'évanouit.

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