‹ Le roman de l'Espagne héroiqueChapitre 8 sur 18 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

HiNDAViNSTE, ébloui par le miracle dont il venait de bénéficier, fermait les veux et adressait à Dieu de ferventes actions de grâces. Une voix grave et bien timbrée frappa ses oreilles.

— Chindavinste, tu as vaincu les puissances des ténèbres !

Il rouvrit les yeux, il regarda : tout avait disparu. Plus de château, plus de trompettes, plus de cadavres ni de géant

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dans la poussière, plus rien qu'une solitude immense jusqu'à l'horizon !

Le soleil descendait à l'occident dans un lit de pourpre et d'or et ses derniers rayons semblaient caresser le héros.

La VOIX grave se fit encore entendre au milieu du profond silence.

— Chindavinste, tu as vaincu les puissances des ténèbres!

Le héros mit pied à terre et s'agenouilla pour prier ; il avait besoin de laisser déborder son cœur et de remercier le Ciel.

Pour la troisième fois, la voix répéta :

— Chindavinste, tu as vaincu les puissances des ténèbres !

— Ce n'est pas moi qui ai vaincu, s'écria Chindavinste, c'est Dieu ! Jamais je n'aurais pu triompher sans la protection du Christ.

Une main se posa sur son épaule et la voix continua ;

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— Heureux ceux que le Ciel choisit sur cette terre pour exécuter les Destins! Bénis Dieu, Chindavinste, qui t'a trouvé digne d'être ici-bas un des champions de l'Église ! Souviens-toi toujours qu'il n'est RIEN qui puisse arrêter l'homme j uste et pieux dont le cœur est pur et dont l'âme a la Foi ! Toutes les forces de l'univers, toutes les puissances du monde ne sont RIEN en comparaison de la Foi. Il n'y a que la Foi qui sauve !

Chindavinste se releva et se retourna : devant lui se dressait un vieillard vénérable. Il était vêtu d'une robe de drap gris, il s'appuyait sur une longue canne au manche recourbé. Ses cheveux blancs flottaient sur ses épaules et une longue barbe blanche descendait jusqu'à sa ceinture. Il avait le front dégarni sur les

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tempes et très haut, un nez d'aigle et des yeux vifs et perçants.

— Qui es-tu, toi qui parles un langage si sage, demanda le héros ?

— Je suis Merlin. Dieu m'a donné la mission de révéler l'avenir et de prêcher la vertu. Il m'envoie vers toi pour te guider et t'éclairer. Le soleil se couche, tu es las, viens avec moi ; tu seras mon hôte et tu goûteras un repos bien mérité.

— Soit, dit Chindavinste, j'accepte.

Mais où me mèneras-tu ? Je ne vois que le désert autour de nous.

— Où je te mènerai? répondit Merlin.

Regarde.

Il frappa le sol de sa canne; un escalier souterrain apparut aux yeux du héros.

— Viens, dit l'enchanteur Merlin.

Et il mit le pied sur la première

marche.

— Je te suivrai volontiers, observa

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Chindavinste, mais je ne puis abandonner mon coursier.

— J'approuve ton souci, fit Merlin ; mais sois rassuré, je veillerai aussi à l'entretien et au repos de ton cheval.

Vois!

Un esclave noir prit par la bride le cheval du héros, lui ôta la selle, et, par une autre ouverture béante, l'entraîna sous terre.

— C'est bien, dit Chindavinste, je te suis.

Et il descendit derrière Merlin les marches d'un escalier de marbre blanc qui s'enfonçait dans le sol.

Escalier fantastique ! Chindavinste en descendait les marches comme dans un songe, et les marches de marbre succédaient aux marches de marbre ! L'esca-

lier semblait interminable ; une lueur blanche et plus éclatante que la clarté de la lune l'illuminait; Chindavinste n'en apercevait cependant point la fin, et, en se retournant, il n'en vit plus le commencement. L'escalier se perdait en bas dans des profondeurs insondables, en haut dans une hauteur inouïe !

Chindavinste n'eut pas une minute d'hésitation : Merlin, devant lui, paraissait glisser sur la pente des marches luisantes ; Chindavinste le suivit.

Jusqu'où allèrent-ils ainsi? Nul ne le saura jamais. Chindavinste n'eût pu le dire, car il l'ignora toujours. A un point déterminé de l'escalier sans fin, Merlin s'arrêta et prit le héros par la main. Une porte immense, et que rien ne révélait l'instant d'auparavant, s'ouvrit devant eux : ils pénétrèrent dans une série de galeries aux voûtes élevées ; des colonnes de marbre les soutenaient, colonnes qui,

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de tous côtés, présentaient aux regards l'aspect d'une forêt de fûts brillants comme l'ivoire. Au sein de ce temple ou de ce palais, on n'en apercevait point les enceintes; les regards se perdaient de toutes parts dans l'infinité des colonnades.

— Tu es ici, Chindavinste, dit Merlin de sa voix grave, dans un lieu où nul mortel ne pénétra. Dieu me permet de t'y conduire pour t'y offrir l'hospitalité, après les épreuves terribles que tu as surmontées, et te donner un sommeil réparateur qui te rendra plus fort, plus vigoureux que jamais ! Assieds-toi devant cette table, bois et mange ; satisfais les exigences de ta nature qui se plaint. Tu pourras ensuite goûter sur ces coussins et ces tapis moelleux un repos que tu as légitimement gagné. Et ne résiste pas à l'engourdissement qui s'empare de tes membres, à l'affaiblissement pro-

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gressif de tes sens ; laisse-loi aller à la torpeur qui s'empare de toi, abandonnetoi complètement à l'anéantissement apparent de ton être de chair. Vivre, c'est mourir; dormir, c'est vivre. Dors, Chindavinste, dors et tu verras.

« Tu verras ! Ton esprit sera plus clair, plus vif que jamais ; ton âme, captive et ligottée dans la prison de ton corps, sera libre soudain et prendra son vol comme l'oiseau dont la cage s'entr'ouvre ; tu verras des spectacles que tes yeux n'auraient vu, des choses que ton intelligence ne soupçonnait pas ; tu verras et tu connaîtras — ô sublime et divin privilège que Dieu consent à t'accorder ! — l'avenir de ta race.

« Tu sauras les destins, tu liras le livre où tout est écrit, prévu, enregistré d'avance depuis l'aurore des siècles jusqu'à la nuit des siècles, livre dont tous les imprévus et tous les hasards de l'his-

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toire des hommes et des peuples ne sont que la confirmation des arrêts et des annales. »

Et Chindavinste dormit...

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