LIVRE VII
E fut alors un éblouissement, une féerie splendide ! Le palais de marbre blanc aux innombrables colonnes s'illumina d'une clarté d'apothéose : des harpes, des lyres, des flûtes accompagnèrent de leurs sons harmonieux et tendres un chœur de voix pures et séraphiques. Chants d'allégresse et d'amour pieux, chants d'espérance et de victoires, hosannahs vibrants et sublimes, tous les transports de la joie sans
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mélange, toutes les ivresses de l'extase des bienheureux !...
Chindavinste rêvait-il ? Chindavinste s'était-il réveillé? Le manuscrit nous le dira.
Chindavinste, étendu sur les coussins de pourpre et d'amaranthe où Merlin l'avait placé, Chindavinste ne dormait plus, mais une force invincible le tenait immobile, sans qu'il pût remuer un doigt ni même les lèvres ; il ne pouvait parler, il ne pouvait bouger, mais il avait les yeux ouverts et il voyait.
Il voyait des roses et des lys tomber en pluie parfumée autour de lui ; il en sentait les délicieuses odeurs; il entendait le concert divin des anges et il lui semblait qu'une exquise fraîcheur se répandait dans tout son être, qu'un
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baume réparateur circulait dans ses veines et lui rendait ses forces et sa santé !
Et ces voix surhumaines caressaient son âme et la berçaient de leurs invocations et de leurs prières; avec elles, il sentait que son âme chantait, priait, pleurait de bonheur, bondissait et éclatait dans les transports de la suprême félicité, grâce à une communion intime et complète.
Les dalles de marbre étaient couvertes de fleurs. Soudain il n'en tomba plus; le concert des voix sembla se rapprocher, et des formes vagues, blanches, lumineuses par elles-mêmes au sein de cette céleste irradiation , s'avancèrent en longue théorie. Chindavinste regarda de tous ses yeux, mais il ne distingua que des formes confuses, ébloui par l'éclat fulgurant qu'elles projetaient.
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Visions du paradis, anges immaculés, séraphins merveilleux, ce fut un défilé de blancheurs et de lumières, pleines de grâces et de sourires indéfinissables, et qui, comme des fluides éthérés, laissaient émaner la quiétude et l'extase de leur divine perfection.
Les musiques célestes cessèrent; le chœur se tut. Un silence régna, silence qui parut aussi à Chindavinste plein de douceur et de charme.
Puis une voix s'éleva, harmonieuse et sonore :
« O Chindavinste, salut ! Salut, héros élu par Dieu, pour de hautes destinées!
« Tu seras le premier et le plus grand des rois de l'Espagne catholique ! Chindavinste, tu régneras ! Bénis la Providence qui t'a ramené dans les sentiers de
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la Vertu. La main de Dieu s'est étendue sur ta tête : désormais tu fuiras l'inconduite, la boisson, les vices ; tu t'inspireras de la bonté et des commandements de l'Église, tu n'auras d'ambition que pour la sainte religion et tu la feras triompher par la force de ton glaive invincible.
« Chindavinste, la parole d'Oton a su toucher ton cœur : son éloquence t'a vaincu, et, par ta soumission à ses ordres et ton repentir sincère, tu as mérité les inappréciables faveurs du Ciel. Ton grand cœur s'est montré digne des dons les plus précieux et des honneurs les plus rares : tu as su opposer aux obstacles les plus terribles et aux dangers les plus effroyables l'inaltérable sérénité de ta bravoure et de ta Foi chrétienne.
« Tes épreuves sont finies : aujourd'hui, c'est toi le vainqueur, ô Chindavinste^ c'est toi le triomphateur puissant
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et glorieux ! Gloire à toi ! Gloire à toi, car ton ennemi était le plus formidable que l'on puisse rêver ! Gloire à toi, car ces mille adversaires de tous genres, que ton glaive a mis en pièces et que ta voix éclatante a fait fuir dans les ténèbres d'où ils sortaient, n'étaient autres que des démons hideux, fils de l'Enfer, armés, suscités, lancés contre toi par le Génie du Mal, Roi des Anges déchus, Satan, dont la haine inextinguible brûle comme un brasier dévorant !
a Nous chanterons éternellement tes louanges et tes exploits, et les fils des hommes t'honoreront, car ta vie leur sera digne d'exemple, et ta mémoire vivra, immortelle, dans les esprits pieux et les cœurs honnêtes. Remercie Dieu qui te comble de ses bienfaits et qui, dans sa sagesse infinie, inspire tes pensées et guide ton bras. Demande-lui
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humblement de présider toujours à toutes tes actions, et n'oublie point que tu peux tout entreprendre, grâce à sa protection, mais que sans lui tu ne pourrais rien, que sans lui tu ne serais qu'un mortel, jouet des passions et des illusions, victime des calamités terrestres, faible, incapable de résister, même une minute, à la puissance occulte du Mal.
« Tous tes vœux seront exaucés : tu épouseras la plus belle et la plus vertueuse des princesses. De votre union, naîtront les plus illustres monarques de l'Espagne. Sous ton règne, les Maures trembleront sur les rivages d'Afrique et n'oseront regarder les côtes de l'Andalousie. Et si, sous ton petit-fils Rodrigo, ils parviennent à l'envahir et à profiter des divisions des Espagnols pour les vaincre, un autre de tes petits-fils saura résister à toutes leurs attaques et com-
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mencer la reconquête de l'Espagne. De ton sang, sortiront trois princes qui régneront : le doux Recesvinte, Théodofrède qui sera le père de Rodrigo, et le sage Favila qui enfantera l'illustre Pelage.
« Inexpugnable dans les montagnes des Asturies, c'est ton petit-fils qui groupera autour de lui tous les Goths chrétiens de la péninsule et qui ressuscitera, dans sa petite armée de vaillants, l'âme sereine de l'Espagne. Alors que l'univers croira ce pays asservi tout entier aux Arabes, il lancera à tous les échos les cris d'indépendance et de guerre, et l'Europe chrétienne retentira de l'immortelle victoire de Covadonga.
« Le grand Pelage ne laissera pas d'héritier mâle, mais ton noble sang, ô Chindavinste, revivra dans la postérité de sa fille et de son gendre, Alphonse le Catholique, le premier monarque de ce
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nom porté et illustré après lui par tant de rois d'Espagne.
« Gloire à toi, Chindavinste ! Gloire à la noble et pure Réciberga, ta future épouse \ Mais gloire, mille et mille fois gloire, avant tout et sur tout, à Dieu Tout-Puissant, à Dieu qui est toute Bonté et toute Miséricorde, à Dieu dont tu n'es ici-bas que la créature et l'instrument, à Dieu, Maître absolu des hommes et des choses ! Gloire, gloire à jamais, dans l'éternelle suite des siècles et des siècles, au Créateur de l'Univers ! »
Tout le chœur des anges et des séraphins reprit ces dernières paroles et les voix célestes se fondirent dans d'harmonieux accents d'une si grande douceur et d'une si touchante mélodie qu'il est à peine possible à l'esprit humain de les concevoir et qu'on s'efforcerait vaine-
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ment d'en rendre par des mots l'ineffable effet sur les âmes.
Chindavinste crut goûter pendant quelques instants les délices du Paradis !