PREFACE. XIX
gens habiles ont bien connu qu'on ne pouvoit pas entièrement savoir notre langue, si l'on ne mettoîl; sa lecture à la tête de celles qui sont nécessaires pour en faire une exacte recherche. Je dirai plus, je le regarde non-seulement comme notre Ennius, ainsi que l'a qualifié Clément Marot, mais encore comme notre Homère. 11 a été le modèle de tous nos anciens poètes; et Régnier lui-même , si habile que Despréaux n'a pas mieux réussi que quand il a eu devant les yeux cet original de nos poètes satiriques ; Régnier, dis-je, n'a pas fait difficulté d'imiter de ce Roman sa lûacette, la plus belle sans contredit et la plus brillante de ses satires. Et ce qui est fort glorieux pour ce Roman, et ne Test guère peut-être pour Ronsard, c'est que ce dernier avoit toujours entre les mains cet antique versificateur.
« Le goût de nos anciens poètes, qui s'est renouvelé depuis quelque temps, a donné lieu d'en réimprimer quelques-uns : on auroit dû commencer par celui-ci. Ce n'est pas à la vérité le premier; mais il est comme le chef de notre ancienne poésie. Sans lui on ne peut pas exactement connoitre les beautés ou les singularités des poètes du quatorzième, du quinzième, et même du dix-septième siècle.
« Guillaume de Lorris commence le Roman.
R Guillaume de Lorris, qui le premier entreprit ce Roman, étoit de la petite ville de Gâtinois dont il portoit le nom. Il vivoit au milieu du treizième siècle, et mourut vraisemblablement en 1260 ou t262, comme on le verra bientôt. Son ouvrage, dont il n'a fait que les quatre mille cent cinquante premiers vers, montre la facilité de son esprit. On n'y trouve pas seulement une versification aisée; on y voit encore, eu égard au temps, une imagina-