‹ Le Roman de la RoseChapitre 15 sur 51 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

tioD belle et sagement variée; on y voit des sentiments , des mœurs et des réflexions. Il ne faut pas s^imaginer cependant qu'on y trouvera cette élévation , cet enthousiasme , cette finesse que le seizième siècle avolt tenté de rétablir, à l'imitation des anciens, dans la poésie françoise, et dont la perfection n'est due qu'au dix-septième siècle. On y verra une éiocution plus simple et plus unie : c'est même une uniformité qui approche fort de la monotonie. Mais on doit le pardonner en faveur du caractère du siècle, î dont la simplicité se trouve par là si bien peinte dans les ouvrages de nos ancêtres.

« Jean de Meung continue le Roman.

« Jean de Meung, surnommé Clopinel, d'un défaut qu'il avoit à une jambe, vint ensuite, et porta ce Roman à sa fin, je dirai même à sa perfection. Il avoit plus de vivacité que Guillaume de Lorris : il étoit aussi bon poète, mais il n'avoit pas autant de mœurs et de sentiment que son prédécesseur. La beauté du Roman qui lui tomba entre les mains, lui donna lieu de continuer un si beau commencement. Il le fit avec tant de succès, que ce livre, l'oracle de nos pères, est encore aujourd'hui goûté par les gens d'esprit qui ont le temps de le lire et la facilité de l'entendre.

« Ce dernier auteur fut les délices de la Cour de Philippe le Bel, par la gentillesse de son esprit qui lui donnoit en- ; trée partout ; et quoique satirique, et peut-être même un peu médisant, il fut aimé des Dames; sans doute parce qu'il sa voit les amuser par ses saillies, et par l'enjouement qu'il répandoit dans ses entretiens. Car il faut au moins cela pour être bien auprès d'elles : quelque chose de plus feroit encore mieux. On prétend qu'il étoit moine; je le

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