XXVI PRÉFACE
Ne nus ne l'osast contredire.
Lors s*asâemblerent por eslire.
Un grant vilain entr'eus eslurenf, Le plus ossu dequanqu'il furent (l), Le plus coFMi et le greignor (2), Si le Orent prince et seignor.
Cil (3) jura qu'à droit les tendroit.
Et que lor loges (4) desfendroit, Se cliascuns endi*oit soi li livre Des biens dont il se puisse vivre....
De là vint li commencement As ruisy as princes terriens, Selonc fescript as anciens.
« Il continue encore quelque temps sur le même ton , mais ce sont des matières ou qu'on ne traiteroit pas aujourd'hui, ou que Ton traiteroit au moins d'une manière plus douce et plus tempérée, quand même on le feroit dans le même sens. Dans les traits de satire qui lui échappent si naturellement contre Famour même, dont il prétend néanmoins donner des lois sous les auspices de Tarhitre souverain de cette passion, on y trouve les instructions les plus singulières qu'une matrone, qui ne connoit plus les plaisirs que par un antique et triste souvenir, puisse donner à une jeune personne qui commence à entrer dans le monde. C'est de là, comme je l'ai dit, que Régnier a tiré sa Macette; mais il n'est que de recourir à l'original. On y trouve ces traits naïfs qui coulent de source, et qui ne laissent pas de frapper, malgré la rudesse ou la simplicité qu'on s'attend d'y rencontrer. Et quoi qu'on nous dise, on
(1) De tous tant qu'ils étaient.
(2) Plus grand.
(3) Cïly celui-là.
(4) Habitations.
PRÉFACE. xxvji
voit bien que si l*amour de délicatesse et de sentiments a quelquefois été la belle passion de nos pères, on ne l'a que, trop souvent confondu avec cet amour avide qui ne cherche que de fréquents repas, sans trop s'embarrasser du temps si agréable de la digestion. Et s*il faut que je rapporte quelques traits de ces instructions, c*est là qu'on verra ces vers par lesquels cette matrone prétend faire croire que, le sexe étant né libre, les lois nuptiales n'ont pu le renfermer équitablement dans la contrainte où il est obligé de vivre depuis si longtemps. C'est au vers 14083 :
Car Nature n'est pas si sote
Qu*ele féist neslre Marote
Tant solement por Robichon,
Se Tenlendement i fichon,
Ne Robiciion por Mariete,
Ne por Agnès ne por Perretc ;
Âins nous a fait, biau filz, n'en doutes,
Toutes por tous, el tous por foutes,
Chascune por chascun commune,
Et chascun commun por cliascune.
« Ce ne sont là que les moindres traits de ces instructions, plus utiles sans doute que louables. Mais le personnage qui figure le plus pour la satire, est Faux-Semblant. Pour sentir les traits piquants qui naissent de la conduite ou qui sortent de la bouche de ce personnage, on se souviendra qu'il n'y avoit guère plus d'un demi -siècle que les deux ordres de S. Dominique et de S. François étoient établis. La sainteté, la piété, le savoir, le désintéressement, et peut-être même Tutilité de l'Église, en avoient été les premiers appuis. Mais, soit que naturellement l'homme fasse toujours quelques retours vers le monde , qu'il a