‹ Le Roman de la RoseChapitre 23 sur 51 · PREFACE. XXIX · texte numérisé non relu

PREFACE. XXIX

sous les apparences trompeuses du bien de TÉglise , cherchoient dès lors à renverser en France Téconomie ecclésiastique, comme ils ont fait ailleurs. Les papes, intéressés par rétendue qu'ils veulent donner à un pouvoir qui n'est légitime que dans ses justes bornes , lâchèrent dans toute TÉglise ces émissaires, qui ne firent que prêcher l'autorité pontificale , et quelquefois avec tant d'exagération , que les papes eux-mêmes auroient appréhendé de la proposer telle que l'ont faite ces sortes de gens, qu'on est toujours en état de désavouer quand il y a trop de contradicteurs , et que l'on sait vigoureusement appuyer pour peu qu'il y ait lieu de faire réussir les vues qu'ils ont proposées; Et pour animer encore plus ces nouveaux zélateurs, les papes leur accordèrent le privilège de curés universels de tous les fidèles. Ainsi ces émissaires, autant pour leur intérêt propre que pour celui du pape, se voyoient engagés à prêcher l'immense autorité de leur protecteur, jusqu'à le nommer Vice-Dieu. Comme c'étoit la matière du temps, c'est aussi là-dessus que Jean de Meung insiste le plus , et ce qu'il a même le plus judicieusement traité. « Il ne faut pas s'imaginer que cette conduite de l'hypocrisie fût toujours désavouée par les grands personnages de ces deux ordres. Il sufilsoit que cela parut tourner à l'avantage de leur société, pour qu'aussitôt ils prissent feu comme les autres, et en entreprissent la défense. S. Thomas, l'ange de l'école, ne put s'empêcher de faire quelques retours vers les sentiments un peu trop humains de ses confrères. 11 écrivit donc avec un peu trop de vivacité contre Guillaume de Saint-Amour, qui avoitosé reprendre quelques vices de ces grands corps; et comme la vivacité ne peut rien contre la vérité, ils crurent trouver une voie

sûre d'accabler cette lumière de l'Université de Paris. Ils

Page 1