‹ Le Roman de la RoseChapitre 25 sur 51 · PRÉFACE. XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXI

« On coiximençoit déjà à compter par une bonne personne, dans des corps composés peut-être chacun de vingt ou vingt-cinq mille âmes.

« Morale répandue dans ce Boman.

« Nos pères vouloient toujours assaisonner ieurs ouvrages les plus joyeux d'un ragoût de morale. Ils ne prenoient pas la peine de leur donner ces utiles et gracieuses teintures des mœurs, que les anciens nous ont appris à sçmer légèrement dans nos écrits. Ils vouloient des ser» mons assommants par une longueur fastidieuse et par des maximes triviales. On sait toujours ce qu'ils vont dire avant même que de le dire. On en voit un échantillon à la tête même de ce Roman ; heureusement que cela ne va pas jusqu'au dégoût. L'auteur fait entrevoir ce qu'il auroit pu faire; mais il a la discrétion de ne pas se livrer entièrement au goût de son siècle.

« Il a su employer de deux manières la morale qu'il a semée dans ce Roman. La première^ mais la plus ingénieuse, est un fond de mœurs qu'il a caché dans l'économie de son ouvrage, et qu'on ne peut bien apercevoir qu'à la fin de sa lecture. J'ai déjà remarqué qu'il peint un jeune homme séduit par des grâces purement extérieures^ et qui se livre tout à coup à l'amour le plus insensé. Il s'inquiète, il s'agite, il court, il cherche les moyens de se satisfaire : il ne peut eu venir à bout; mais il n'en est que plus frappé par les traits* de l'Amour : il se livre à cette divinité ; il en écoute les lois et les observe ; il en espère du soulagement et n'en reçoit que des chagrins. La Raison se présente, qui veut le dissuader d'aimer : toute sage qu'elle est^ elle ne sauroit se faire écouter par «ne jeunesse

xxxii PRÉFACE.

\ prévenue d*un fol amour. Ëlie a beau venir à lui dans les temps mêmes où ses peines sont et plus vives et plus cui-

/ santés , elle n'y gagne pas plus une fois que l'autre, fl ne s'embarrasse point des refus que fait la Richesse, si nécessaire en amours, de se communiquer à lui : il veut arriver au but de ses désirs ; c'est de quoi il est uniquement occupé. Il y trouve des difficultés insurmontables qui lui font implorer les forces du Dieu d'Amours, qui veut bien en sa faveur les rassembler toutes. Que de peines pour surmonter tous ces obstacles I mais enfin il les surmonte et arrive au bat.

Par grant jo!iveté coilli La flor du biau Rosier foilii :

Ainsinc oi la Rose vermeille, Atant fu jor (I) et ge m*esveille.

« Tous ces embarras, toutes ces peines, tant d'avis demandés , de conseils écoutés , de chagrins reçus , de douleurs supportées, tout aboutit à un instant de plaisir. On s'éveille tout à coup de cette léthargie : à peine penset-on qu'on ait eu quelque moment de Joie , on ne se souvient que des peines qui ont été longues et fatigantes. C'est le fond de mœurs contenu dans ce Roman , et qui n'est développé par les deux derniers vers, que pour ceux qui savent y réfléchir :

Ainsinc oi la Rose vermeille, Atant fil jor et ge m^esveille. •

'( Il y a une autre morale ;semée par maximes dans le cours de cet ouvrage. Quelques-unes simplement expli-

(1) Alors jl fut jour.

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