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rey, et de l'Analyse de ce poëme par le même, qui vont de la page 66 à la pag. 164. Outre qu'elles n'apprennent rien de nouveau , elles renferment, sur les origines de notre langue et de notre littérature, des assertions dont le temps a fait justice (1). De tous les écrivains qui viennent de passer sous nos yeux, un seul, André Thevel, a parlé de la traduction anglaise du Roman de la Rose, par Geoffrey Chaucer, et encore Ta-t-il fait en homme qui ne la connaissait que par ouï-dire , et uniquement pour rompre une lance contre John Baie , « assez coustumier de choisir les plus belles roses qu'il peut, soit en France, Allemaigne ou Espaigne, pour en reparer sa patrie. Mais, ajoute résolument notre compatriote, le plus souvent trouve- t-il qui s'y oppose, et par légitimes moyens les revendique. Quoi que ce soit encores , est-il contraint de confesser que son Chaucer a pillé (il appelle cela illustrer le livre de Jean de Meung) les plus beaux boutons qu'il a peu du Roman de la Rose y pour en embellir et en enrichir le sien (2) . Ce que j'ai bien
(1) A la fin d'un manuscrit du Roman de la Rose qui appartient à la Bibliothèque de TÉcole de médecine de Montpellier (ronds de Bonhier, C. 33 }, on trouve un cahier sur papier intitulé : « Remarques sur le Romande la Rose^ par M. Lucotte, S' du Tillot. » Nous laissons aux curieux le soin de rechercher si ce travail mérite autre chose qu^me mention.
(2) Voici le passage de Baie : « Constat utique, illum (Galfridum Chaucer) circa postremos annos Ricardi secundi in GalUjs floruisse , magnamque illic ex assidua in literis exercitatione gloriam sibi compa-
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voulu ajouster, tant pour monstrer en quoi se mesprennent les Ânglois^qui veulent ravira nostre France le Roman de la Rose , que pour faire entendre à un chascun que^ en ce que nous avons mis cy-dessus touchant Clopinel^ nous n'entendons le mettre au rang et roole des affronteurs^ » etc. Pour se rendre compte du travail de Chaucer sur Touvrage de nos deux trouvères , il ne faut pas
fasse. Tum praeterea eadeni opéra, omnes vénères , lepôres, deliciaa , «aies, ac postremô gralias linguœ Gallicae tam altè imbibisse, quàm cuiquam vix credibile. » (Scriptorum illustrium Mojoris Brytari' niœ, quam nunc Angliam et Scodam vacant : Catalogus , etc., autore Joanne Baleo. Basileœ, in-folio, cent. VII, cap.XXlIU, p. ô25.) <t II est avéré que, vers la fin du règne de Richard II, il brilla en France et y acquit beaucoup de gloire dans la pratique assidue des lettres. Y cultivant même les genres en vogue, il siit s'assimiler, avec une perfection presque incroyable, l'agrément, la délicatesse, la douceur la (inesse, en un mot toutes les gr&ces dé l'idiome français. » Dans ce qui précède on ne voit rien de nature à justifier rindignation de Thevet, pas plus que dans l'article consacré à Chaucer, où Baie, continue ainsi : « Adde hiic, quôd Italos et Gallos, qui plurima suis linguis tersè ac nilidè scripserunt, in partem operis evocaverit. Dantes et Petrarcha Italicara linguam, Alanus Gatlicam,JoannesMenaHispanicam, atque alij alias, infinitis modis expolierant : hi Chaucero calcar addi* derunt. Bonis igitur avibus incœpto operi incubuit : nunc libelles Gillica lingua scriptos, in palrium sermonem transferens, » etc. (pag. 527). « Il ne faut pas non plus oublier qu'il mit à contribution l'Italie et la France, où s'étaient publiés en langue vulgaire tant d'écrits élégants Pt corrects. Dante et Pétrarque en Italie , Alain Chartier en France, Jean de Mena en Espagne, et d'autres encore en diverses contrées, avaient donné au langage national une exquise politesse. Ce fut donc sous d'heureux auspices qu'il entreprit et poursuivit son travail, tantôt traduisant des ouvrages français en sa langue maternelle, » etc.
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s'adresser au dernier historien de la littérature anglaise, qui n'en dit que quelques mots (1), mais recourir à une thèse] présentée à la Faculté des lettres de Paris par E.-G. Sandras (2). L'auteur consacre un chapitre entier, le 11% à l'ouvrage qui nous occupe, et s'attache tout d abord à signaler la double influence qu'il exerça sur le génie de Chaucer. Après avoir exposé l'action de ce poôrae sur Tesprit français, il termine ainsi son paragraphe I" :
a Cette double influence littéraire et philosophique s'exerça aussi en Angleterre, et y laissa des traces aussi profondes qu'en France, par Tintermédiaire de Chaucer, qyi dès sa jeunesse avait fait du Roman de la Rose son livre de prédilection. Il en traduisit une partie, et il y prit des inspirations continuelles. C^est au point que ce poète, qui sentait les beautés de la nature, qui savait les
(1) « Chaucer traduit d'abord le grand magasin de galanterie, le Roman de la Rose. Nul passe-femps plus joli : il s'agit d*une rose que l'amant veut cueillir, on devine bien laquelle ; les peintures du mois de mai, des bosquets, de la terre parée, des haies reverdies, foisonnent et fleuronnent. Puis viennent les portraits des dames riantes. Richesse, Franchise , Gaieté, etc., par contraste , ceux des personnages tristes , Danger, Travail, tous abondants , minutieux, avec le détail des traits, des vêtements, des gestes ; on s*y promène comme le long d'une tapisserie, parmi des paysages » des danses, des châteaux, entre des groupes d*allégories , toutes en vives Couleurs chatoyantes, toutes étalées, opposées , incessamment renouvelées et variées pour le plaisir des yeux. » (H. Taine, Histoire de la littérature anglaise. Paris ^ 1863, in-S**, liv. V, ch. III; t. f, p. 176. 177.)
(2) Étude sur Chaucer considéré comme imitateur des trou* vères, Paris, 1859, in-8°.
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peindre, se contente souvent dans ses descriptions d'être le copiste de Guillaume de Lorris ; que cet ërudit , qui certainement avait lu les Décades de Tite-Live, alors mises en faveur et par Pétrarque et par la traduction de Pierre Bercheure (1), reproduit l'histoire romaine telle que Jean de Meung la lui transmet, altérée par Tlmagination des conteurs ; que cet homme de génie, qui mérite d*étre placé entre Aristophane et Molière , arrive à la vieillesse , toujours sous le joug de l'imitation , et n'ayant guère composé que des poèmes allégoriques. Quand il renonce à cette poésie de cour si fausse, si maniérée , et qu'il écrit le Pèlerinage de Canterbury^ drame vivant et populaire, on retrouve dans son œuvre les traits saillants qui caractérisent la seconde partie du Roman de la Rose^ de longues tirades contre les femmes et le ridicule jeté à pleines mains sur les ordres religieux. Sans doute il remonte aux sources premières où ont puisé ses maîtres, sans doute il étudie les ouvrages de leurs disciples, ses contemporains ; mais c'est à l'école de Jean de Lorris que son goût s'est formé, ou, si Ton veut, altéré; c*est à l'école de Jean de Meung que s'est façonné son esprit, d
Dans le S 2 du même chapitre, M. Sandras, entrant dans le vif du sujet qu'il a entrepris de traiter, examine en ces termes le travail du père de la poésie anglaise sur l'ouvrage des deux auteurs qui ont passé pendant si longtemps pour les pères de la nôtre :
a La traduction du Fioman de la Rose parait être Tun des premiers produits de la plume de Chaucer. La préférence qu'il accorde aux mots français, la faible part qu'il
(t) Voyez les ManuscrUi français de la Bibliothèque du Roif de M. Paulin Paris, t. r% p. 32-39. Voyez encore p. 52, 60.
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accorde aux mots saxons, semble attester une époque où les décrets d*Édouard, relatifs à la langue nationale, n'avaient pas encore eu leur effet. Il est donc probable que c*est immédiatement après avoir quitté les bancs des théologiens et des légistes, et même pendant son séjour à TUniyersité de Paris, que Geoffrey a fait cette traduction. Ceux qui sont d'un autre avis suivent Tordre dans lequel Lydgate éuumère les ouvrages de son maître; mais cet ordre est arbitraire.
a Chaucer a traduit entièrement la portion du poème qui appartient à Guillaume de Lorris, c'est-à-dire la description du Vergier de Dédtiii, des images qui en décorent Tenceinte, le portrait des habitants, Tintroduction de l'amant par dame Oyseuse , son désespoir au pied de la tour gardée par Jalousie. Comme le poète anglais se sert de la même mesure que notre trouvère, et qu'il fait entrer à son gré les mots français dans une langue dont il est le créateur, chaque vers est ordinairement rendu par un vers. Nulle intention de donner au Roman de la Rose une couleur nationale,nulle intention de Tembellir ou de le corriger. Les différences qu'une comparaison scrupuleuse peut découvrir sont insignifiantes ; et ce qu'on a pris pour des interpolations se lit dans les manuscrits complets. La traduction n'est qu'un calque ; et si Chaucer l'emporte parfois sur Guillaume de Lorris par une phrase mieux construite, il y a par compensation dans l'original nombre de vers dont la copie ne reproduit ni la précision ni la grâce (l).
(1) Outre la sortie de Thevet contre John Baie, que nous avons déjà rapportée, voyez aus^^i Warton, ffistory of English Poetry, édit. de 1S40, t. II, p. 149161.