LX PRÉFACE
de la Rose^ trouve le germe de la première partie dans des poëmés latins fort goûtés au moyen âge, tels que la Psychomachie de Prudence et FÉglogue de Théodule^ et déclare que « ces modèles suffisent pour expliquer la naissance du genre allégorique conçu par Guillaume de Lorris, sans qu'on recoure à des sources arabes et provençales (t). » Un autre écrivain de nos jours se borne à dire que « ce qui caractérise vraiment la période littéraire dont le /?oman(Z& la Rose est le premier et le principal monument^ c'est la substitution des êtres symboliques, des abstractions personnifiées, aux héros historiques et fabuleux , mais toujours vivants, qui animaient les épopées chevaleresques (2). » M. Pey avait là une occasion toute naturelle de citer la Poire et la Panthère , poèmes allégoriques , du même genre que le Roman de la Rose , et de renvoyer à l'analyse qu'en
(1) Étude sur G. Chaucer^ p. 32. — L'auteur cite le dialogue entre la Vérité et le Mensonge^ composé dans le dixième siècle et imprimé parmi les Octo Morales; à notre tour, nous mentionnerons un récit en vers du conseil tenu dans les cieux aussitôt après le péché d^Adam, qui est peut-être la forme française la plus ancienne des premières scènes du mystère de la Passion {Histoire littéraire de la France, etc., t. XXIIl, p. 824, 825), et le drame théologique fondé sur un verset du psaume LXXXIY, dans lequel figurent la Vérité, la Justice, la Miséricorde et la Paix, qui discutent sur le sort que mérite Adam après sa chute. Cet ouvrage, analysé plusieurs fois, entre autres dans le traité de Roquefort de VEtat de la poésie françoise dans les douzième et treizième siècles, p. 267, 268, et dans les ES' sais historiques sur les bardes, les jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands, de Tabbé de la Rue, t. II, p. 279, 280, t. m, p. 8-11, a été publié par nous , à Oxford, en 1860, à la suite d'un volume intitulé : Ltbri Psalmorum Versio antiqua Gallica, etc., p. 364-368. Cf. Ëpist, ad tect., p. xxi-\xxiii.
(2) Alexandre Pey, dans la Nouvelle Biographie générale de MM. Firmin Didol, article Guillaume de Lorris, tome XXII, colonne 693.
PRÉFACE. LXi
a donnée M. Paulin Paris dans V Histoire littéraire de la France ( i ] ; pressé de céder la place à un autre Guiliaunae, il termine par un élogedu travail de Méon, qu'il qualifie à' excellent, sans dire que M. Raynouard en avait fait Tobjet d'un article détaillé dans le Journal des savants (2). Nous ne prétendons nullement, pour notre édition, à une pareille épithète, et cependant nous pouvons assurer que le texte en a été revu avec le plus grand soin, surtout établi d'une manière plus conforme aux règles de notre ancienne langue. C'est £ula critique à décider Jusqu'à quel point nous
.(I) Tom. XXII, pag. 870-879; tom. XXHI, pag. 728-733. — A la page 600 ; on voit qu'il y avait ao autre Roman (le la Rose, encore désigné sous le nom de Roman de Guillaume de Dole.
(2) Cahier d'octobre 1816, p. 67-88. — Cet article a été réimprimé à part et se joint ordinairement à l'édition de Méon , dont il forme comme le cinquième volume. Le troisième se termine par le Trésor de maistre Jehan de Meung^ ou les sept articles de la foi; et le quatrième renferme : l*' le Testament de maistre Jehan de Meung, eu quatrains de douze syllabes ; 2^ le Codicille de maistre Jehan de Meungj ou épitaphe des trespassez ; 3o les Remonstrances ou la complainte de Nature à Valchymiste errant ; 4° la Response de Valchymiste à Nature; 5» le Testament attribué à Arnauld de Villeneuve, en prose ; 6^ un Petit Traictë d'alchymie^ intitulé le Sommaire philosophique de Nicolas Flamel ; 7^ à'autres vers touchant le mesmeart, Vautheur desquelz n*est pas nommé; 8° la Fontaine des amoureux de science, composée par Jehan de la Fontaine, de Valenciennes en la comté de Bainault, Tan 1413; 9*^ une Ballade du secret des philosophes, ces sept derniers morceaux en vers de huit syllabes; 10** De Vutilité des glossaires, par M. Lantin deDamerey; M^ un Glossaire ou explication des mots hors d'usage qui se trouvent dans le Roman de la Rose et autres poésies de Jean de Meun; 12** des Articles omis; 13° une Table des auteurs et des ouvrages cités dans la Dissertation et dans le Supplément au Glossaire du Roman de la Rose; 14° enfin, un errata.
LXii PRÉFACE.
avons réussi; mais quel que soit son jugement, elle ne pourra manquer de reconnaître que^ pour l'intelligence du vieux texte, la disposition typographique de cette édition lui donne une supériorité incontestable sur toutes celles qui Tout précédée.
.Maintes geus dipiif que en songes N'a se fables non" et mensonges; Mais l'en pnet tiex * songes songier Qni ne sunt mie meDSongier; Ains* sunt après bien apparaut.
Si en puis bien trere à* garant Un aclenr ciiii ot non" Macrohes, Qui ne tint pas songes à lobes ' ;
Ainçois * escrist la vision Qui a vint au roi Cipion.
Quiconques cuide ne qui die * Que soit folor ou musardie* De croire que songes aviengiie*, Qui ce voldra*, pour fol m'en tiengne ; Car endroit moi* ai-rje fiance Que songe soit sénéfiance * Des biens as gens et des anuiz, Car li plusor songeilt des nuiz ISlaintes choses couvertement Que l'en voit puis apertement*.
Ou * vintiesme an de mon aage.
Ou point qu'Amors prend le paage * Des Jones gens, couchiez estoie Une nuit, si com je souloie*, Et me dormoie moult forment*; Si vi un songe en mon dormant , Quimoultfu biax*, et moult me plot**.
Mes onques riens ou songe n'ot * Qui avenu trestout ne isoit Si com* li songes recontoit.
Or veil * cel songe rimaier Por vos cuers plus fere esgaier, Qu'Amors * le me prie et commande ; Et se nus * ne nule demande Comment ge voil que cilz rommans * Soit apelez , que ge commans * , Ce est II Rommanz de la Rose^ Où l'art d'amors est tote enclose.
La matire en est boue et-noeve :
Or doinl Diex* qu'en gré le rorocvc Celé por qui ge l'ai empris *.
C'est celé qui tant a de pris , Et tant est digne d'cstro améo
Mais.
* Pense ne qui dise.
* Folie ou frivolité.
* Advienne.
* Foudra.
* Pour ce qui me regarde.
* Signification.
Ouvertement.
* An.
* Péage.
* J*avais coutume.
* Fortement.
Beau.
Plul.
* Mais il n*y eut au songe jamais rien.
* Ainsi que.
* Maintenant je veux.
* Car Amour.
* Si nul.
* Ce roman. •
* Commence.
* Que Dieu donne.
* Entrepris.
Qu'el doit estre Rose clamée.
Avis m'iere* qu'il estoit mains**, 11 a jà bien ciDC ans , au mains , En mai* estoie, ce songoie, £1 tens * amoreus plain de joie, El tens où tote riens * s'esgaie , Que l'en* ne voit boisson ne haie Qui en mai parer ne se voille , Et covrir de novele foille ; Li bois recovrent lor verdure , Qui sunt sec tant com y ver dure, La terre méismes s'orgoille *, Por la rousée qui la moille, Et oblie la poverté Où ele a tôt l'y ver esté.
Lors devient la terre si gobe *, Qu'el volt* avoir novele robe; Si scet si cointe* robe faire, Que de colors i a cent paire , D'erbes, de flors indes et perses*.
Et de maintes colors diverses.
C'est la robe que ge devise*, Por quoi la terre miex* se prise.
Li oisel, qui se sunt téu Tant com il ont le froit eu Et le tens divers et frarin *, Sunt en mai, por le tens serin , Si lié* qu'il monstrent en chantant Qu'en lor cuer a de joie tant , Qu'il lor estuet* chanter par force.
Li rossignos lores* s'esforce De chanter et de faire noise * ; Lors s'esvertue , et lors s'envoise *
* M'était. ** Matin,
* Au mois de mai .
* Au temps.
* Chose.
* Von.
S''enor<jneHlil .
* Fainey gonflée (i).
* Veut,
* Élégante.
* Bleues et molettes.
* Décris,
* Mieux.
* f'ariable et mamuiis.
* Joyeux.
* Qu*il leur faut
* Le rossignol alors.
* liruit-.
* Se divertit.
(I) De lÀ riUlien gobbn, bossu-
Li papegaus et la kalandre* :
Lors estuet Jones gens entendre* A estre gais et amoreus Por le tens bel et doucereus.
Moult a dur cuer qui en mai n'aime, Quant il ot * chanter sus la raime ** As oisiaus les dous chans piteus*.
En iceli tens déliteus *, Que tote riens d'amer s'ésfroie *, Sonjai une nuit que j'estoie , Ce m'iert * avis en mou dormant , Qu'il estoit matin durement*; De mon lit tantost me levai , Cbauçai-moi et mes mains lavai.
Lors trais* une aguille d'argent D'un aguiller mignot et gent*.
Si pris l'aguille à enfiler, bors de vile oi talent* d'aier, Por oïr des oisiaus les sons Qui chantoient par ces boissons En icele saison novele; Cousant mes manches à videle *, IM'en alai tôt sens * esbatant, Et les oiselés escoutant , Qui de chanter moult s'engoissoient* Par ces vergiers qui florissoient , Jolis , gais et pleins de léesce *.
Vers une rivière m'adresce Que j'oï près d'ilecques * bruire , Car ne me soi * aillors déduire Plus bel que sus celé rivière.
D'un tertre qui près d'iluec ière* Descendoit l'iaue grant et roide , Clere, bruiant, et aussi froide Conmic puiz , ou comme l'ontaine ,
*- Le perroquet et Valouctte.
* Alors il faut que les jeunes gens s'appliquent.
* Ouit, entend. ** Sous la ramée.
* Tendres.
* Délicieux.
* S'efforce.
* M'était,
* Fort matin.
* Tirai,
* D'un étui mignon et gentil.
* J'eus désir.
* Longue manche plissée.
*Tout seul,
* S'efforçaient,
* Liesse,
* Que j'ouis près de là,
* Sus,
* Près de là était.
(v. ll-i.)
Et estoit poi meudre de * Saine , Mes qu'ele iere * plus espandue.
Ooques mes* n'avoie véue Tele iaue qui si bien coroit :
Moult m'abelissoit * et séoit A regarder le leu * plaisant.
De Fiaue clere et reluisant Mon vis * rafreschi et lavé.
Si vi tôt covert et pavé Le fons de Tiaue de gravele* ; I-a praérie grant et bêle Très au * pié de Tiaue batoit.
Clere et série * et bele estoit La matinée et atemprée* :
Lors m'en alai parmi la prée Contreval Tiaue esbanoiant *, Tôt le rivage costoiant.
* Peu moindre que,
* Sinon qu^elle était.
Jamais,
* P taisait,
* Le lieu,
* Fisage.
* Gravier,
* Jusqu'au.
* Tranquille,
* Tempérée,
* En aval de l'eau fui titrant.
Q raconte TAmaiit et dit • Des sept ymaigcs que il vit Pourtraites el mur * du vergier.
Dont il 11 plest à desdairier * Les semblances et les façons.
Dont vous poirés oïr les nons.
L'ymaige première nommée , Si estoit Haine apelée.
* Sur le mur.
" Décrire.
Quant j'oi un poi * avant aie , Si vi un vergier grant et lé *, Tôt clos d'un haut mur bataillié *, Portrait defors * et entaillié A* maintes riches escritures.
Les ymages et les paintures Ai moult voientiers remiré * :
Si vous conteré et dire De ces ymages la semblance , Si com moi vient à remembrauce *.
* Un peu.
* Large.
* Crénelé,
* Peint dehars et sculpté.
*Avec,
* Regarde,
* Comme il me revient en mémoire,