‹ Le roman de la vingtième annéeChapitre 10 sur 18 · LA TANTE ARTHÉMISE · texte numérisé non relu

LA TANTE ARTHÉMISE

Dès qu'avait été décidé son mariage avec M. de Castréau, Louise de Monincourt avait écrit à sa tante Arthémise pour l'en informer. Et, dès que Mme Arthémise de Godival eut appris cette bonne nouvelle, elle mit ses hardes en paquets, fit repeindre son carrosse, gronda ses gens, et n'eut de cesse qu'elle fût sur la route de Paris.

Mme de Godival avait la réputation, fort justifiée, d'originalité. Mariée fort jeune, par deux fois, mais chacune fort courtement, elle avait

acquis, d'année en année, les défauts particuliers aux veuves et ceux que se réservent d'ordinaire les vieilles demoiselles.

Elle était petite et sèche. Entre ses yeux qu'elle avait gris, perpétuellement agités, et qui voyaient tout, elle montrait un nez d'une grosseur extravagante que le petit vin d'Anjou et sans doute, aussi, l'habitude de sortir par tous les temps, avaient peint de plusieurs couleurs inusitées à cet endroit. Mme Ârthémise n'en avait cure. L'opinion d'autrui ne lui causait pas de souci. Elle avait trop affaire de juger les autres pour qu'elle prît garde de s'inquiéter des faciles propos qu'on pouvait tenir sur sa personne et sur sa vie.

Maîtresse absolue d'un petit domaine, elle en tirait, chichement, de quoi ne pas mourir de faim. 4

Quand son frère de Monincourt fut tué à l'armée, dans le même temps que sa femme mourait en couches, Mme de Godival était en pleine moisson. Elle planta sa fourche en terre et dit au courrier qui lui avait lu ce qu'on lui écrivait, car elle n'avait pas ses lunettes :

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