‹ Le roman de LamartineChapitre 15 sur 23 · INVOCATION · texte numérisé non relu

INVOCATION

0 toi qui m'apparus dans ce désert du monde, Habitante du ciel, passagère en ces lieux ! O toi qui fis briller dans cette nuit profonde

Un rayon d'amour à mes yeux; A mes yeux étonnés montre-toi tout entière; Dis-moi quel est ton nom, ton pays, ton destin.

Ton berceau fut-il sur la terre ?

Ou n'es-tu qu'un souffle divin?

Vas-tu revoir demain l'éternelle lumière ?

Ou dans ce lieu d'exil, de deuil et de misère.

Dois-tu poursuivre encor ton pénible chemin?

Ah! quel que soit ton nom, ton destin, ta patrie,

Ou fille de la terre, ou du divin séjour. Ah ! laisse-moi toute ma vie T'ofîrir mon culte ou mon amour.

Si tu dois comme nous achever ta carrière. Sois mon appui, mon guide, et souffre qu'en tous lieux De tes pas adorés je baise la poussière. Mais si tu prends ton vol, et si, loin de mes yeux, Sœur des anges, bientôt tu remontes près d'eux. Après m'avoir aimé quelques jours sur la terre. Souviens-toi de moi dans les cieux ! (42)

130 LE TxOMAX DE LAMARTINE

Promenades eî Lectures.

Le lendemain, Louis de Vignet arrivait à Aix. Il était tout joyeux à la pensée de retrouver son ami dans les bonnes dispositions qu'il lui avait marquées sur sa lettre. On lui donna une chambre voisine de la sienne, ils déjeunèrent ensemble à table d'hôte et, le repas fini, Lamartine présenta Vignet à M""^ Charles, qui le conquit immédiatement par sa beauté langoureuse, sa grâce maladive et le charme inexprimable qui se dégageait de toute sa personne. Elle était habillée de blanc, comme à son ordinaire, et, la badine à la main, elle attendait le muletier qui devait la conduire au lac. Pour souhaiter la bienvenue h Louis de Vignet, elle voulut renoncer à cette promenade champêtre, disant qu'elle aurait beaucoup plus de plaisir à causer avec eux dans sa chambre ou au soleil dans le jardin. Sur l'offre qu'ils lui

firent de raccompagner, elle consentit à ne rien changer à son programme ; mais une fois rendue au môle du Pertuis, elle trouva que l'air était un peu trop frais pour s'embarquer et môme pour rester assise au bord de l'eau, et elle exprima le désir de revenir tout doucement à pied. La vérité, c'est qu'en revoyant au fond du lac l'abbaye de Haute-Combe et la petite maison de pêcheur où elle avait passé une nuit mortelle, elle avait ressenti un petit frisson de tristesse et de joie. Lamartine s'en aperçut tout de suite. Pour abréger la route, il lui demanda de chanter à Louis de Vignet sa jolie ballade écossaise. Elle s'exécuta sans se faire prier et, quand ils atteignirent les premières maisons de la ville, elle venait de finir le dernier couplet qu'elle détailla avec toute son âme. Vignet, de plus en plus charmé, remercia humblement M™^ Charles du grand plaisir qu'elle lui avait fait et promit de lui chanter à son tour, après dîner, quelque chanson de la Savoie, car il était excellent musicien. Mais elle ne le tint pas quitte à ce prix. Lamartine lui avait dit qu'il rimait admirablement. Un soir que Vignet avait mis la conversation sur Dieu, sur la

religion et sur la mort chrétienne, M™® Charles lui dit avec un doux sourire :

— Si vous nous disiez à présent, monsieur Louis, votre poésie sur la mort du Tasse!

— Je le veux bien, répondit Vignet, mais à la condition qu'Alphonse nous dise après des vers de lui.

Et il commença :

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