‹ Le roman de mes romansChapitre 25 sur 34 · LA. PETITE SOEUR · texte numérisé non relu

LA. PETITE SOEUR

dant de raille choses intéressantes pour nous. Quelle surprise c'était chez mon fantoche ! Bien que la loi ait pris toutes sortes de précautions pour ordonner que l'inventaire soit fait en présence de tous ceux qui ont un intérêt à le contrôler : héritiers, légataires, notaires, pour représenter les absents, juge de paix, greffier, il ne tarda pas à arriver, comme cela se produit ordinairement dans la pratique, que nous restâmes seuls, mon chef et moi, lui dépouillant et analysant les papiers, moi procédant tout simplement à la recherche de ces papiers dans un bureau ou dans un secrétaire, et à leur mise en ordre, à vue de nez. Comme j'avais ouvert un des tiroirs de ce secrétaire, j'y trouvai une quantité d'enveloppes non fermées avec une inscription consistant en un nom et une date : «Madame ... 19 oct. 18... » J'ouvris une de ces enveloppes, puis une autre, puis une troisième : toutes contenaient une mèche de cheveux, attachés par un fîl : des blonds, des châtains, des noirs, de toutes les couleurs, des blancs exceptés.

— Voyez çal dis-je stupéfait.

Il n'y avait besoin ni d'autres indications, ni d'explications pour comprendre : c'était le répertoire de ses victoires et conquêtes.

— Ah! le cochon, dit mon camarade.

Bien que cette exclamation traduisît mes sentiments comme les siens, elle ne nous empêcha pas de passer la revue de ces enveloppes pour voir si les cheveux répondaient bien aux inscriptions de l'adresse, car parmi les noms qu'elles donnaient il y en avait plusieurs qui étaient connus de nous. Etait-ce possible? Ce jour-là la vacation fut mal

remplie ; mais quand le patron vint la clore, cheveux et enveloppes furent brùiés dans la cheminée ; l'infamie du vainqueur resta donc entre trois personnes, et si plus tard je l'ai racontée dans un roman, Marichette, ce fut de façon à ce qu'on ne pût deviner le nom ni du « cochon » ni de ses victimes; car si j'ai souvent pris des êtres réels pour en faire des personnages de roman, j'ai toujours eu le souci qu'on ne put pas les reconnaître sûrement. C'est déjà beaucoup que les auteurs dramatiques et les romanciers s'inspirent des gens qu'ils fréquentent ou qu'ils rencontrent pour les jeter sur la scène ou dans leurs livres, en leur donnant des rôles ridicules ou odieux qu'ils n'ont pas du tout joués dans la vie réelle. Mais procéder avec ces gens de façon à ce que chacun crie leurs noms est un appât à la curiosité du public, et, parla, au succès, que je n'ai jamais employé : en somme, on pèche avec ce qu'on n'a pas dégoût à toucher plutôt qu'avec ce qui doit infailliblement ferrer le poisson.

Ces idées ayant toujours été miennes, excepté pour quelques cas où la copie exacte était permise, on doit comprendre comment j'accueillis le dessinateur qui, chargé de l'illustration de la Petite Sœur dans l'édition spéciale à la jeunesse, m'apporta un jour, pour représenter le comte de Mussidan, le portrait de Barbey d'Aurevilly, non seulement par la reproduction de la tête frappante de vérité, mais encore par celle de sa prestance majestueuse et de cette toilette extraordinaire qui faisait l'orgueil de celui qui la portait, aussi bien que l'esclaffement des gamins qui le suivaient dans la rue, en cortège joyeux, comme pour un masque fantastique. Je

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