‹ Le Roman de MolièreChapitre 14 sur 88 · Joz<r;k7/ d'Olivier d'Ormesson; t. I, p. Sôq · texte numérisé non relu

Joz<r;k7/ d'Olivier d'Ormesson; t. I, p. Sôq

2. Elles se trouvent aussi dans l'Eslite des bons vers, etc. Cardin-Besongne, i(j33; 2* partie, p. i5.

tin ', et aussi à Molière, qui, pour la première fois, nous apparaît baptisé en toutes lettres de ce nom qu'il doit rendre si grand *.

Ce fut le dernier bonheur de Vlllustre théâtre. Il couvrait même sous ce qu'il avait de favorable un des coups dont la fortune de la troupe à Paris devait le plus souffrir, en même temps que l'une des idées caressées par la Béjard en serait le plus cruellement atteinte.

Je dois entrer ici dans le détail de certaines aventures qui, par ce qu'elles sont, et par les conjectures sans preuves bien certaines sur lesquelles reposera le récit que j'en dois faire, appartiennent moins à l'histoire qu'au ro-

1 . Beys était, en effet, un terrible buveur (V. Lorct, Mu:^e historique, 4 octobre i65o\

2. On n'a jamais su pourquoi il s'appela ainsi. Ayant toutefois découvert qu'il existait un petit bien nommé Molière ou la Molière, dans la famille des Lafosse, alliée de près aux Poquclin, nous tâcherons d'établir dans notre travail définitif que le nom du grand homme peut venir de là.

man, mais qui, par cela même, justifieront d'autant mieux le titre donné à ce chapitre.

Il m'y faudra surtout parler de la Béjard en remontant assez haut dans sa vie.

En i638, à vingt ans, et déjà sans doute au théâtre, elle s'était par sa beauté et son humeur galante attiré les hommages d'un gentilhomme du Comtat, M. le baron de Modène, chambellan du frère du roi , et digne déjà , par ce qu'on savait de son esprit et de ses mœurs, du jugement que l'abbé Arnauld devait plus tard porter de lui : « Homme' de mérite assurément , dit-il - , s'il n'eût pas corrompu par ses débauches les belles quahtés de son esprit. » La Béjard le fixa longtemps. Il était veuf ^, elle était libre; il avait un beau nom, mais elle aussi se prétendait noble, et partant, quoiqu'elle fût comédienne, elle pouvait espérer devenir sa femme.

Tout prouva que si les événements ne l'eussent traversée, cette espérance pouvait n'être pas une chimère. L'année dont je parle, le 3 juillet, une lille qui fut nommée

1, Mém. de l'abbé xVrnaulJ Coll. Petitot, uc série, l. XXXIV, p. 25q).

2. Sa première femme, veuve du marquis de Lavardin, e'tait morte vers i63 1 .

Françoise naquit de cet amour. M. de Modène la reconnut, et qui plus est, lui donna pour parrain son fils Gaston, alors âgé de sept ans, qui fut représenté au baptême par l'auteur -comédien l'Hermite de Vauzelles , dont nous avons déjà parlé. Un tel acte promettait beaucoup, la Béjard était même en droitd'entoutespérer.L'annéesuivante,M.de Modène ne semble pas avoir changé d'amour; nous le trouvons toujours dans le monde assez mêlé dont la Béjard est l'âme et la main. L'Hermite de Vauzelles, celui même qui a" remplacé au baptême le fils du baron, vient défaire une tragédie; il la publie, et c'est à M. de Modène qu'il en adresse la dédicace. On y apprend, par quelques phrases flatteuses, que le baron ne se contentait pas de protéger les comédiens, et de plus près les comédiennes , mais qu'il se donnait aussi le plaisir d'inspirer aux auteurs le sujet de leurs pièces : « Il est bien juste, lui dit Vauzelles dans sa dédicace, que je vous offre cette tragédie, et que vous me fassiez l'honneur de la protéger, puisqu'elle est presque autant à vous d'origine que d'adoption, et que je vous suis redevable de la plus grande part de ses beautez. « Le titre était la Chute de Phaéton;

à l'époque où parut la pièce il ne manquait pas de signification. Dans un parti dont le frère du roi, Gaston d'Orléans, était le chef, et dans lequel M. de Modène était naturellement entré, l'on rêvait assez haut la chute de Richelieu, le Phaéton du ministère, et l'on mettait tout en œuvre pour la précipiter.

On sait ce qui arriva. Ceux qui rêvaient cette grande chute furent les seuls qui tombèrent. En 1640, M. de Modène était en plein dans le complot. Il le menait de front, mais à bas bruit, avec le scandale de ses amours, dont il ne cachait pas l'éclat. C'était une manière de faire encore de l'opposition au ministre. Les mésalliances étaient nombreuses alors; on parlait de tous côtés de mariages clandestins; Richelieu s'en indignait, et cette indignation n'était qu'un encouragement pour les idées d'unions scandaleuses chez les galants du parti contraire. Cela fut poussé si loin qu'une loi parut nécessaire contre les mariages secrets. Elle fut lancée le 26 novembre 1639, et enregistrée un an plus tard.

Cinq-Mars, contre qui cette loi avait surtout été faite*, avait, disait-on, épousé se-

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