‹ Le Roman de MolièreChapitre 2 sur 88 · I. Acte III, scène ix · texte numérisé non relu

I. Acte III, scène ix

de ces joies toujours ouvertes ? Et vois-tu rien de plus impertinent que les femmes qui rient à tout propos f

« — Mais enfin, elle est capricieuse autant que personne du monde.

(c — Oui, elle est capricieuse, j'en demeure d'accord; mais tout sied bien aux belles, on souffre tout des belles...»

Et Molière , dont ce dernier mot est le cri, souffrit tout d'Armande, non pas en aveugle, pouvait-il l'être ? non pas comme un complaisant, mais comme un martyr. En ce temps même, s'il fallait croire une tradition transmise par Grimarest, à l'époque de la première représentation du Bourgeois gentilhomme , qui fut, on le sait, donnée à Chambord en 1670, à l'heure où Molière apportait comme gage de quelque réconciliation nouvelle ce portrait d'Armande, Armande le trompait plus cruellement que jamais. Elle mettait en œuvre, avec quelques-uns des seigneurs les plus séduisants parmi ceux de la cour, ces ressources de coquetterie qu'elle possédait si bien, et dont Molière, qui en savait les effets, semble avoir craint de parler. C'est le seul trait qui manque à son esquisse; mais lors même que la conduite d'Armande ne

nous apprendrait pas tout ce qu'elle avait en cela d'art et de manèges infinis, d'autres, qui n'avaient pas les mêmes motifs de discrétion que Molière , ne nous le laisseraient pas ignorer. C'était la plus fine mouche de coquette dont on puisse se faire une idée. Il n'était pas d'air ni de mine qui ne lui fussent familiers, suivant les circonstances. Avec Molière, le contemplateur et le mélancolique, elle faisait la sérieuse, lui-même vous l'a dit; mais avec d'autres, croyez que l'égrillarde avait des airs de rechange, et ne tarissait pas en rires et chansons. Bien chanter était, avec l'art des fines simagrées, son principal talent sur le théâtre; il va donc sans dire que ce devait être aussi, à la ville, son principal manège de coquetterie. « Si, lisons-nous dans les Entretiens galants ' , livre de cette époque, dont l'auteur paraît bien connaître les personnes qu'il cite; si la Molière retouche quelquefois à ses cheveux , si elle raccommode ses nœuds et ses pierreries, ces petites façons cachent une critique judicieuse et naturelle. Elle entre par là dans le ridicule des femmes qu'elle veut jouer. Mais enfin, avec tous ces

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