V. la Clef des Chansonniers; 1722, in-i2, t. I, p
■ — 6i — Molière avait ccrit bien d'autres chansons, qui, pour la plupart , sont perdues. Les unes avaient été mises en musique par quelque musicien de l'époque; les autres avaient été faites sur quelques-uns de ces airs populaires dont il aimait tant la franchise, on le sait par ce que dit Alceste de la chanson du Roi Henri. Plusieurs couplets faits par lui sur le vieil air Ion lan la landerirette, fort en vogue en ce temps-là, ont été retrouvés, il y a six ans, dans un manuscrit appartenant au roi Louis-Philippe, et n'ont pas encore été joints à ses œuvres ^ Nous allons en citer trois ou quatre. Le poëte se plaint d'une cruelle et lui dit :
Au penchant qui nous engage Pourquoi vouloir résister?
Dans le printemps de son dge Ne doit-on pas profiter De son lan la, landei irettc.
De pitié votre dme atteinte, S'attendrit à mes discours, Mais que me sert votre plainte Si vous refuse:^ toujours.
I. Ils n'ont été publics que dans le Bulletin du Bibliophile; i853-i854, p. ?65-368.
Pendant une nuit paisible, En vain je me crois heureux ; Le S07ige le plus sensible Ne peut soulager les feux De mon lan la, etc.
Qu'un bonheur plus véritable Comble enfin tous mes plaisirs.
La nuit la plus favorable Laisse encor trop de désirs....
Un autre couplet de Molière qui n'a pas non plus été recueilli se trouve dans les Aventures do. Dassoucy, qui se vante d'avoir achevé la chanson, et d'avoir mis le tout en fort belle musique. Ce couplet n'est pas un chef-d'œuvre, car Molière qui connaissait son collaborateur, voulait rester à son niveau. Nous ne le citerons pas moins :
Loin de moy, loin de moy, tristesse,
Sanglots, larmes, soupirs.
Je renvoyé la princesse
Qui fait tous mes désirs.
O célestes plaisirs, doux transport d'allégresse!
Viens, Mort, quand tu voudras
Me donner le trépas.
J'ai reveu ma princesse *.
I. Aventures burlesques ^Q Dassoucy; édit. Colombey, p. 240-241.
Ce couplet, qui prouve que rien n'était impossible à Molière , et qu'il pouvait au besoin anticiper sur les platitudes de l'opéracomique, fut écrit par lui dans le temps qu'il était à Béziers avec sa troupe, augmentée de Dassoucy et de ses deux pages de musique. C'est alors aussi, ce qui vaut mieux, qu'il faisait jouer pour la première fois sa comédie du Dépit amoureux^ dont l'imbroglio lui avait été presque en entier fourni par de vieilles comédies italiennes , mais dont l'état de son cœur et les péripéties de sa vie à ce moinent même lui avaient seuls inspiré toute la partie amoureuse.
L'amitié , le vin et les chansons ne suffisaient pas pour remplir le vide d'un cœur comme le sien : il lui fallait l'amour pour le consoler de l'amour. Aussi, chaque fois que les retours de M. de Modènc lui disputèrent les bonnes grâces de la Béjard, ou du moins l'obligèrent au partage , ne se ht-il pas faute de cette consolation. Il en abusa même. A Paris, en i658, nous lui connaissons quatre amours à la fois : la Béjard d'abord, avec laquelle il n'a pas rompu , leurs intérêts étant trop mêlés pour qu'il ne subsistât pas toujours entre eux les apparences d'une liaison;
mademoiselle De Brie ensuite, puis mademoiselle Du Parc, et enfin une plus modeste et plus inconnue, mademoiselle Menou.
C'est par une lettre de Chapelle que nous avons su cette complication de tendresses, et par conséquent de jalousies. Sans lui, nous connaîtrions même à peine l'existence de mademoiselle Menou, nous saurions seulement, grâce à un exemplaire de V Andromède, possédé par M. de Soleinne ^, qu'elle faisait partie de la troupe de Molière, quand il joua cette pièce à machines, et qu'elle y était chargée du rôle presque muet d'Éphyre la Néréide.
Ce n'était pas assez pour que nous nous intéressions à elle, mais la lettre de Chapelle est venue éveiller cet intérêt et le rendre fort vif. On y découvre ce que devait être mademoiselle Menou : une toute jeune personne, un vrai fruit vert, comme devait les aimer Molière, qui, plus tard, livra si bien tout son cœur à l'adoration de la jeunesse d'Armande.
Les hommes de cette trempe se plaisent volontiers dans les amours qui leurs permettent de protéger en aimant, ils ont du bonheur à sentir la faiblesse qui les recherche pour s'ap-