VIE ET SA FORTUNE
D'après le Registre du comédien La Grange et autres documents inédits,
On annonce, depuis longtemps, que la Comédie - Française commencera bientôt la publication des principaux documents dont se composent ses archives. Le fait est exact, mais on ajoute, dans l'annonce que je viens d'indiquer, quelques détails qui ne le sont pas. Ainsi, à propos du plus précieux de ces documents, sans contredit, le Registre de La Grange, le comédien qui fut le confrère, l'ami de Molière, et l'homme qui, sans qu'il s'en doutât, ht le plus peut-être pour l'histoire du grand comique et de son théâtre, on nous dit que ce registre « fut écrit jourpar jour par
les comédiens, et... » Il y a la une erreur et une injustice. Heureusement que pour en avoir raison il suffit de se demander pourquoi, s'il avait été écrit jour par jour par d'autres que La Grange, ce registre porte son nom.
C'est La Grange tout seul, com.édien soigneux, méticuleux même, et il ne faut pas s'en plaindre ici, qui l'écrivit de sa main, jour par jour, presque heure par heure, de la première jusqu'à la dernière page, et qui nous donna ainsi, je le répète, le document le plus précieux pour une histoire qui en est si dépourvue , le plus clair pour une époque qui est si obscure.
Nous dirons d'abord quelques mots du comédien, de qui nous vient ce document utile.
Il s'appelait, de son vrai nom, Varlet suivant les uns, Beauvalet suivant les autres, enfin Beauvarlet suivant ceux que je crois le plus volontiers. L'abbé Bordelon, qui semble l'avoir bien connu, est du nombre. « Il étoit
d'Amiens en Picardie, dit-iP; luy et mi frère qu'il avoit, voyant que leur tuteur les chicanoit, ils se firent comédiens en différentes troupes. Après la mort de leur tuteur, le frère de La Grange quitta la comédie et alla prendre soin de son bien. « Il fut, lui, plus fidèle à son art, sans doute parce qu'il y avait plus de succès. Il courut quelque temps la province, comme Molière, et il se trouvait dans sa troupe quand elle commença son établissement définitif à Paris. Sa femme en faisait aussi partie, d'abord comme femme de chambre de la De Brie, puis comme actrice, sous le nom de M"'' Marotte.
Elle était fille de ce pâtissier-comédien de la rue Saint-Honoré, Cypricn Ragueneau %