Entretiens galants, t. II, p
n'avait eu qu'une lillc, qu'il maria mal ^ C'est le chagrin de cette union malheureuse qui lui donna le coup de la mort. Sa femme, moins sensible, lui survécut trente-cinq ans. Retirée un mois après la mort de son mari, avec une pension de mille livres, elle vécut jusqu'au 3 février 1727. Elle avait alors quatre-vingthuit ans.
La Grange, suivant une note manuscrite de M. de Tralage, k étoit un très-honnéte homme, docile, et poli ; et Molière avoit pris plaisir à l'instruire. » La façon dont il joliait, prouvait qu'il avait mis à profit l'incomparable enseignement. Comme il était le plus lettré de la troupe, c'est sur lui que MoHère, sept ans à peu près avant sa mort, s'était déchargé du soin de faire chaque soir l'annonce au public, et les harangues, les jours de clôture et de rentrée. Il tournait, à ce qu'il parait, un compliment à merveille.
Son Registre nous dit la date exacte du jour où commença pour lui cette importante fonction : « J'ay, écrit-il le 4 novembre 1664, commencé à annoncer pour M. de Molière. »
I. Son gendre s'appelait M. Musnier de Trohéou, et était payeur des états de Bretagne. Lettre de Bejfara, Journal de la Librairie, 21 juin 1828.
Il aimait les livres et en possédait de fort précieux ^ Les plus à regretter sont ceux qui lui venaient de la succession de Molière, Armande lui ayant, dit-on, remis ce qui formait en ce point l'héritage du grand homme : papiers, livres^ manuscrits ^. Il en fit usage, mais trop discrètement, pour l'édition qu'il donna, en 1682 avec Vinot, l'ami de MoHère. Depuis lors, on ne sait ce qu'est devenu ce trésor. La femme de La Grange le dispersa probablement sans en connaître le prix. Il n'eut pas, s'il eût vécu, fait une si lourde faute, car il avait gardé un véritable culte pour son maître et ses œuvres, et personne, si ce n'est Mohère, n'était plus soigneux que lui. « Il n'a pas seulement, dit Chapuzeau ^, succédé à Molière, dans la fonction d'orateur, il lui a succédéaussi dans le soin et le zèle qu'il avoit pour les intérêts communs, et pour toutes les affaires de la troupe, ayant tout ensemble de l'intelligence et du crédit. »
Son Registre, dont nous allons parler.