‹ Le Roman de MolièreChapitre 29 sur 88 · Le Théâtre français, p · texte numérisé non relu

Le Théâtre français, p

prouve par le soin avec lequel il est tenu^, la justesse de cet éloge.

La compagnie des comédiens dont Molière était le chef, l'âme et l'esprit, possédait un journal, sorte de grand registre, qui, sans doute, était tenu avec beaucoup de soin, et dans lequel rien n'était oublié. Il a été perdu, je ne sais quand ni comment, mais on ne peut douter qu'il ait existé. Celui de La Grange en est lui-même une preuve, puisque son titre, à peine lisible aujourd'hui sur le parchemin de la couverture, indique évidemment qu'il n'est qu'un résumé du registre principal. Voici ce titre : Extrait des receptes et affaires de la comédie, depuis Pasques de l'année 1659, appartenant au sieur La Grange, l'un des comédiens du roy. Un peu au-dessus, en forme de note, on a écrit : ce Ce registre ne va que jusqu'au i" septembre i685. » Il comprend ainsi un espace de plus de vingtsix ans.

Comme La Thorillière, autre comédien de cette troupe, dont on possède aussi le registre quotidien, La Grange n'écrivait que pour luimême. Aussi, à côté de choses qui sont d'un intérêt général pour la compagnie, en placet-il d'autres qui lui sont particuhères et

tout à fait intimes. Il est pour l'histoire de la troupe de Molière ce que Dangeau fut pour la chronique quotidienne des trente dernières années de Louis XIV. Le marquis n'oublie rien des grands événements du règne, mais n'omet rien non plus des petits événements de sa vie. La Grange fait de même. Le 1 3 novembre 166I5 par exemple^ après avoir parlé de la représentation du jour, il nous dit : (c Icy je tombai malade d'une fiebvre continue double tierce, et j'eus deux rechutes. Je fus deux mois sans jouer. M. de Croisy prit mon rôle d'Eraste. » C'est le principal personnage de la comédie des Fâcheux, qui était alors nouvelle.

Une autre fois, ce n'est plus de sa maladie, mais de son mariage qu'il nous fait part : (c Le dimanche Quasimodo, 24 avril 1672, nous dit-il, je fus fiancé, et le lendemain, lundi 2 5, je fus marié à Saint-Germain-del'Auxerrois, à mademoiselle Marie Ragueneau de L'Estang^ qui est entrée actrice dans

I. M. Taschereau fait une remarque intéressante à propos de ce nom de de L'Estang, que la fille du pâtissier s'était sans doute gratuitement adjugé. Il lui donne à penser que la receveuse du théâtre, mentionnée avec ce même nom dès lôGo, n'e?;t autre que la future

la troupe. » Nous avons dit tout à l'heure qui elle était.

Le même jour , le tailleur de la troupe s'était marié à la même paroisse, et La Grange, tant il est minutieux historien des choses de son théâtre, accorde une mention à ce fait important : « Jean Baraillon, tailleur ordinaire des ballets du roy, dit-il sous la même date, fut fiancé et marié audit Saint-Germain-de-l'Auxerrois avec Jeanne-Françoise Brouart, sœur de mademoiselle De Brie. >>

Voilà, de par La Grange, Jean Baraillon devenu un personnage de l'histoire du Théâtre-Français. Ne rions pas; il le mérite. N'estce pas lui qui fit « les habits et les turbans à la turque, » qui servirent pour le Bourgeois gentilhomme , et dont le chevalier d'Arvieux avait pris la peine de lui donner les dessins pendant huit jours entiers qu'il resta tout exprès chez lui ^

N'ayant pas oublié le mariage du tailleur, La Grange ne pouvait oublier celui du chef de la troupe. Il écrit donc, quand le jour en

femme de La Grange. Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, 3* cdit., p. 219.

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