‹ Le Roman de MolièreChapitre 34 sur 88 · V. la Fameuse Comédienne, p · texte numérisé non relu

V. la Fameuse Comédienne, p

Après s'être remis quelque temps dans la troupe de la Raisin, il s'était enrôlé dans une autre plus importante, qui courait la Bourgogne, de Dijon à Màcon. La Beauval et son mari en faisaient aussi partie. C'était assez, surtout quand Baron se fut joint à eux, pour que cette troupe eût de grands succès. Molière, qui ne s'en fût pas occupé si Baron n'y eût été, mit tout en œuvre pour que ce succès lui revînt. Il en parla au roi, lui dit que le départ de Béjard^ allait laisser une vacance dans sa troupe, qu'une des quinze parts

I. C'était Louis, le cadet des Béjard. Il sortît de la troupe à Pâques de 1670, et fut mis à la pension de 1000 livres. « Cette pension, dit La Grange, a été la première établie, à l'exemple de celles qu'on donne aux acteurs de l'Hostel de Bourgogne. Le contrat en a été passé devant M. Le Vasseur, notaire, rue Saint-Honoré, près la barrière des Sergents, le xvi^ avril 1670. » L'acte a été retrouvé au mois d'août 1 8 5g, par M^^ Simon, dans les vieux cartons de son prédécesseur M^ Le Fer, dont l'étude était celle de Le Vasseur. Elle n'avait pas quitté la rue Saint-Honoré. Seulement du voisinage de la barrière des Sergents, vers la rue du Coq, elle était passée aux environs de Saint-Roch. L'acte est signé de tous les sociétaires, entête desquels se trouve Molière. Il porte que leurs successeurs devront continuer le payement de la pension. Ce fut cette fois une clause presque inutile. Louis Béjard était m othuit ans après.

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y serait à prendre *, et qu'une seizième y pouvait fort bien être créée sans préjudice pour les autres, et le roi fit ce qu'il voulut, c'est à-dire qu'il fit écrire deux ordres par Colbert : l'un qui partit vers Pâques, de 1 670, et fut aussitôt suivi du retour de Baron '; l'autre qui fut expédié le 3i juillet aux deux Beauval alors à Mâcon^ et fut aussi promptement exécuté '. Baron eut part entière et la Beauval de même; mais le mari, qui valait moins, une demi-part seulement '\

Les soins de Molière pour Baron recommencèrent plus empressés que jamais. « On ne peut s'imaginer^ dit Grimarest, avec quel

1 . On voit par une note de La Grange, au mois d'août 1662, qu'il y avait, en effet, quinze parts dans la troupe. Molière comptait pour deux. La Grange, à cet endroit, se plaint que le roi voulant faire un présent à chacun de la troupe n'a donné que 14,000 livres, comme s'il n'y avait que quatorze parts.

2. La Grange constate qu'après Pâques (1670) Molière manda Baron de la campagne « qui se rendit à Paris, après avoir reçu une lettre de cachet. »

3. Cet ordre jusqu'alors inconnu a été publié par Depping fils dans la Correspondance administrative de Louis XIV, t. IV, p. Sgi.

4. « M. de Molière, dit La Grange, manda de la même troupe de campagne M. et mademoiselle de Beauval, pour une part et demye. »

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soin il s'appliquoit à le former dans les mœurs, comme dans sa profession. » Il alla, en effet, jusqu'à lui faire donner des leçons de musique aux frais de la compagnie ^ Baron, en 1673, avait un maître à chanter payé par le théâtre. Enfin, « il n'oublia rien, dit encore Grimarest, pour le remettre en son lustre. » Ici se place un fait nouveau et fort curieux. Le jeune comédien n'était revenu ni riche ni bien vêtu. Molière lui ouvrit sa bourse, et lui donna les moyens d'avoir une garde-robe. Celle d'un vieux comédien nommé Filandre, qui avait eu de la réputation en son temps ', se trouvait justement à vendre. Molière jugea l'affaire bonne, et pour que Baron ne pût la manquer, il se fit sa caution vis-à-vis de Filandre. Il aurait pu sans doute payer la somme, mais il trouvait plus honorable que le jeune

1 , On lit dans le Registre de La Thorillière qui complète si bien celai de La Grange : «c 10 janvier 1673, à M. Baron, pour deux mois de musique, i5 livres. I 5 sous.— 10 février iGyS, à M. Baron, pour son maître à chanter, 22 livres. » — La Grange et Armandc chantaient fort bien. Ils faisaient surtout merveille dans le Malade Imaginaire. V. les Eiitret. gai., t. IL p. 90.

2 . « Il y a aus.^y dans une autre troupe, dit Tallemant, un nommé Filandre, qui a de la réputation, mais il ne me semble pas naturel. » Édit. P. Paris, t. VII, p. 1 78.

homme la donnât, dans le délai fixé, sur l'argent qu'il gagnerait. Il s'agissait de 3oo livres, somme assez ronde alors, aussi fallut-il pour la sûreté de la créance un acte en bonne forme, et par-devant notaire : « le sieur Monchaingre, dit Fillandre et demoiselle Moinier , sa femme , y> y comparurent d'une part , et Baron, cautionné par Molière, de Pautre. Le jeune comédien ne se hâta pas de s'acquitter et de décharger son maître de sa responsabilité de complaisance. Quand Molière mourut, la créance n'était pas remboursée.

Elle avait changé de maître, elle se trouvait en des mains plus habiles, plus terribles que celles du vieux Filandre. Rollet, le fameux Rollet, à qui il ne suffisait pas de son métier de procureur pour être le fripon fielîé dont a parlé Boileau \ mais qui, par surcroît, par cumul d'escroquerie, s'était fait usurier, avait acheté de Filandre son titre contre Baron et Molière.

La créance dès lors ne fut plus inactive. On en parla bientôt au Châtelet. Baron fut vivement actionné, et Molière par contre-coup;

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