‹ Le Roman de MolièreChapitre 35 sur 88 · I. On sait son vers · texte numérisé non relu

I. On sait son vers

T appelle un chat un chat, et Rollet un fripon.

V. sur ce type, alors fameux, une note du Roman bourgeois, édit. Jannet, p. 40-42,

— io3 — sentence fut prise, car [Rollet ne négligeait rien et allait vite; Molière mourut, et comme Baron était toujours hors d'état de payer, la dette fut à la charge de la succession du grand homme. Sa femme l'acquitta enfin le 3 juin 1673, avec les dépens et les intérêts qui l'avaient singulièrement grossie K

L'obligeance de Molière qui avait, cette fois, été une imprudence, se faisait souvent discrète, afin que le service rendu ne fût pas une blessure'pour l'amour-propre. C'est ainsi qu'il se conduisit avec son père, en 1668.

Le vieux Poquelin n'était pas riche alors. Ses affaires, longtemps florissantes, avaient cessé de l'être. Il s'était retiré chez son gendre , André Boudet , dans sa maison des Petits-Piliers, en face du pilori -, et il y com-

1. M. Fossé d'Arcosse possédait toutes les pièces de cette curieuse affaire. X. le volume consacré à sa collection, sous ce titre : Mélanges curieux et anecdotiques, tirés d'une collection d'autographes, 186 1 , in-S", p. 3q6, n" 77g. Où cet impayable dossier avait-il été trouvé ? chez un charcutier d'Auteuil qui le vendit à l'expert en autographes, M. Fontaine, avec une foule d'autres pièces peut-être plus précieuses encore. (F. de Conches, Causeries d'un curieux, t. II, p. 485.)

2. Il n'est plus douteux, d'après les notes de Beffara,t. III, p. 1 65, que cette maison du père de Molière,

battait de son mieux la mauvaise fortune. Molière, pour lui venir en aide, lui avait donné la pratique du théâtre et lui payait grassement ses mémoires ^ Ce n'était pas assez, il vit bien sans qu'on le lui dit que l'argent manquait dans la maison des Petits-Piliers. En offrira-t-il à son père ? ce serait pour être refusé, car M. Poquelin a jadis trop m.audit le théâtre pour vouloir d'un argent dont ce serait la source. Molière fait mieux. Il envoie chez son père un de ses meilleurs amis, Rohault, le savant, que M. Poquelin et Boudet, son gendre, connaissaient sans doute. Rohault, à qui il a fait la leçon, demande si l'on ne pourrait pas lui enseigner quelque bonne hypothèque pour une somme de dix mille livres qu'il voudrait placer. Le père Poquelin offre sa maison encore franche d'hypothèque, Rohault accepte et le service est rendu '.

aux Halies, se trouvait non où Ton croit, mais loin de là, tout près de la rue de la Réale. 11 prouve que Regnard, dont le père était épicier marchand de salines, naquit le 8 février iG55, dans une des maisons les plus voisines de celle-là.

1. V. le Registre de La Grange aux mois de juin et juillet i663.

2. L'obligation des io,ooo livres souscrite pour Molière, au nom de Rohault, est du 24 octobre 1GG8.

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On ne sut la généreuse supercherie de Molière que bien plus tard^ en 1720, quand la maison fut vendue par sa fille.

Toujours obligeant, il prétait même aux riches. C'est ainsi que deux ans après, nous le voyons qui vient, par une somme de 1 1,000 livres, en aide à LuUi, dont, sans cet argent, la maison^ commencée au coin des rues Sainte-Anne et des Petits-Champs, n'aurait pu être achevée ^ L'acte, qui consacre ce prêt, fut découvert pour la première fois, en 1 825, par l'infatigable Bctfara -.

1. V. notre Introduction de Corneille à la Butte- Saint-Roch, p. ci.iii. Lulli avait acquis le terrain par acte du i3 juin 1670. Sa veuve occupa la maison jusqu'à sa mort, le 3 mai 1720.

2, « Molière, dit-il au t. III, p. 9 de ses 3/55., avait prêté à Lully, suivant contrat de constitution du 94 décembre 1C70, une somme de 11,000 livres. Elle fut remboursée par Lully avec les arrérages, suivant une quittance du 22 may 1692 à demoiselle Claire-Élisabeth-Armande-Gresinde Béjard , veuve de Molière, tant en son nom que comme tutrice de leur fille mineure, en présence de André Boudet, subrogé-tuteur de ladite mineure, sa nièce. » Dans le même volume, à la page 39, Beffara dit tout joyeux : « On espère se procurer l'inventaire après le décès de Molière, » puis il ajoute plus triste : « Il n'y a pas eu moyen. » Cette heureuse chance était destinée à M. Eudore Soulié, qui nous en fera bientôt partager les résultats.

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Si les riches pouvaient compter sur Molière, les pauvres à plus forte raison.

Un jour de l'année i663, La Calprenède s'en vint le trouver mal vêtu, malade, sans ressource d'aucune sorte, et hors d'état de pouvoir s'en créer. Toute sa fortune présente était un rêve de tragédie, qu'il réahserait, disait-il, et dont il ferait un chef-d'œuvre pour peu qu'il lui revînt quelque force et quelque argent. Molière accepta l'hypothèque. Il prêta l'argent, huit cents livres, somme assez forte alors, et le pauvre poëte s'en alla contenta Peu de temps après il était mort, emportant la tragédie et la somme. Molière eut des regrets pour le poëte mort, pas un pour l'argent perdu.

Partout où il y avait des pauvres, il savait

I. Voici à ce sujet le texte même du Registre de La Grange, à la fin de i663 : <■ Payé à M. de La Calprenède, pour une pièce de the'âtre qu'il doit faire, la somme de Soo livres que M. de Molière avait avancée. »

placer des charités; le curé de sa paroisse reçut plus d'une aumône de cet excommunié. Sa troupe l'imitait, et les malheureux avaient ainsi bien des fois une forte part dans les profits du théâtre. A la lin de l'année théâtrale de 1 661-1662, on ht, par exemple, cette mention sur le Registre : (c Donné au curé de la paroisse cent livres pour les pauvres. î)

Les capucins participaient à ces bienfaits profanes. Je trouve sur le Registre, à la date du 14 octobre 1661 : « Donné aux capucins sept livres dix sols. »

Une autre fois, le 2 5 mai i663, c'est un louis qui est accordé aux mêmes religieux, bien que la recette n'eût pas été forte. Elle ne s'était élevée qu'à 265 livres. En outre de ces aumônes, ils avaient presque chaque jour à partager entre eux et les pauvres, suivant M. Taschereau, « les reliquats impartageables des chambrées. ))

D'autres moines, non moins nécessiteux, les cordeliers, envièrent ces grasses aubaines, et adressèrent aux comédiens la requête que voici :

(c Ghers frères, les Pères Cordehers vous supplient très-humblement d'avoir la bonté de les mettre au nombre des pauvres religieux

à qui vous faites la charité. Il n'y a point de communauté à Paris qui en ait un plus grand besoin, eu égard à leur nombre et à l'extrême pauvreté de leur maison. L'honneur qu'ils ont d'être voisins leur fait espérer que vous leur accorderez l'effet de leurs prières, qu'ils redoubleront pour la prospérité de votre chère compagnie. »

On ne sait quel fut le résultat de cette requête; mais ce qui est certain, c'est que les capucins continuèrent de prélever leur dîme sur les recettes, et que peu à peu l'aumône bénévole finit par devenir obhgatoire. Il n'y manqua plus qu'une ordonnance du roi. Elle fut rendue le 2 5 février 1699, et le droit des pauvres, né d'une charitable pensée de Molière, fut ainsi définitivement créé.

Pas un malheur dans son théâtre, sans qu'un secours suivit aussitôt; pas une misère à laquelle on ne vînt en aide. Maintes fois, dans le Registre de La ThoriUière, qui est, sur ce points plus prodigue de détails que celui de La Grange, on lit une mention comme celle-ci : « Une charité, 1 1 livres. » C'est-à-dire un louis. On indique quelquefois le motif du secours donné. Ainsi dans un endroit La Thorillière écrit : u Pour charité à

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