‹ Le Roman de MolièreChapitre 37 sur 88 · I. \'. l'Introduction de Corneille à la Butte Saint · texte numérisé non relu

I. \'. l'Introduction de Corneille à la Butte Saint

Roch, p. LXXXV-M.

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Les comédiens durent perdre sur leurs 5 5o livres trop tôt données.

Quand ils avaient affaire à un jeune auteur qui n'avait pas encore fait ses preuves, ils ne voulaient pas courir de pareils risques. Au lieu d'une forte somme une fois pavée, ils lui donnaient, comme cela se fait aujourd'hui, une part sur la recette K

Chaque acteur associé recevait par représentation une part; mais le travail de l'auteur était estimé au double. Au lieu d'une, ce sont deux parts qu'il avait à toucher. Racine, comme nous l'apprend une note de La Grange, à la date du 20 juin 1664, fut pavé sur ce piedlà pour la Tliébaïde, sa première tragédie.

Les mêmes conditions lui furent faites pour sa seconde, VAlexmidj^e. En pareil cas, l'auteur n'était pas lié définitivement avec les comédiens, et gardait sur sa pièce une propriété qu'il eût perdue au contraire en recevant un prix fait ^ comme Corneille et Boyer tout à l'heure. C'est pour cela sans doute que

I . Le nombre des parts, proportionné à celui des acteurs, varia souvent chez Molière. Au mois d'août 1662, on en comptait quinze, en janvier 1670, il n'y en avait plus que douze, et peu de temps après on était revenu à quinze, puis à seize.

Racine crut pouvoir, sans autre formalité, porter son Alexand}'e au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, quinze jours après que la première représentation en eût été donnée sur le théâtre du Palais-Royale C'était son droit, mais vis-à-vis de Molière, qui lui avait fait un accueil et donné des encouragements mêlés de conseils qui lui montrèrent la voie et fixèrent son avenir, il n'en devait pas user.

Racine, qui connaissait les anciens, eût dû se souvenir de la belle parole de Cicéron, si bien de mise en cette circonstance : Summum jus, siimma injuria.

Molière, pour ses pièces, s'en tint d'abord à la méthode du prix une fois payé, mais,

I. On trouve, à ce sujet, une note sèchement amère dans le Registre de La Grange. Il écrit d'abord : « Vendredi 4 décembre (i665], première représentation du Grand A lexandre et de Porus, pièce nouvelle de Racine. » Puis, à la page suivante, on lit : « Vendredi i8 décembre. Ce jour, la troupe fut surprise que la même pièce à' Alexandre fût jouée sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Comme la chose s'étoit faite de complot avec M. Racine, la troupe ne crut pas devoir des parts d'auteur audit M. Racine qui en usoitsi mal, que d'avoir donné et fait apprendre la pièce aux autres comédiens. Lesdites parts d'auteur furent réparties, et chacun des acteurs eut pour sa part 47 livres. »

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lorsque le succès lui eût appris qu'il y avait plus d'avantage à toucher chaque soir des droits proportionnels sur la recette, c'est à ce dernier système qu'il s'arrêta. Son droit fut alors de deux parts sur le produit de la représentation.

A Paris, il ne toucha rien pour l'Étourdi et pour le Dé^it amoureux, qu'il avait fait jouer en province, et que sa troupe lui avait payés une fois pour toutes. Les Précieuses^ première pièce vraiment nouvelle qu'il fit représenter au Petit-Bourbon, lui valurent 1,000 livres, mais non pas en une seule somme. La troupe n'était pas assez riche pour donner tant d'argent d'un seul coup. D'abord, le 6 décembre i65q, il reçut 5oo livres, puis, six semaines après^ le i6 janvier, 214 livres. Les à-comptes ensuite sont moins forts, mais plus rapprochés : le 1 8 janvier, il touche 1 1 o livres; le 20, il en reçoit 128, plus 10 sous, et enfin, peu après, pour compléter la somme, on lui donne encore 47 livres 10 sous.

Pour Sganarelle^ il reçut i,5oo livres en trois à-comptes de 5oo livres chacun : l'un le i3 juin 1660, l'autre le i3 août, le troisième le 7 décembre.

L'École des maris et VÉcole des femmes^ pour lesquelles il avait adopté la méthode des

— ii6 — deux parts d'acteur sur la recette, lui valurent : l'une 2,929 livres 4 sols; l'autre, dont le succès avait été bien plus grand, 6,5 1 1 livres 19 sols.

Les Fâcheux ne furent pas une trop mauvaise affaire. Ils lui firent toucher 1,100 livres d'abord, puis 228 pour ses deux parts d'auteur- et d'acteur à prélever sur les i,5oo données par le roi pour une représentation de la pièce, en 1662; puis l'an d'après, 209 livres encore sur les nouvelles représentations, et enfin une dernière somme sur un nouveau présent du roi, bien plus considérable que le premier. Ce n'était pas moins que 4,000 livres, sur lesquelles Molière, auteur et acteur, en préleva 880. Nous avons ainsi, pour cette pièce, la somme assez ronde de 2,417 livres.

Il y faudrait joindre ce que Molière dut recevoir pour les représentations qui en furent données, en visite, chez diverses personnes, mais cela nous mènerait trop loin. Toutes ces représentations d'ailleurs ne furent pas fructueuses. Celle qui aurait du rapporter le plus ne rapporta rien. Je parle, on le devine, de la magnifique fête du surintendant à Vaux, au mois d'août 1661, dont les Fâcheux dans toute leur primeur furent le principal attrait.

Fouquet payait fort bien. Pour une visite où l'on avait joué VKtourdi et Sganarelle, il avait donné 5oo livres; pour le voyage à Vaux qui avait précédé d'un mois celui dont nous parlons, chaque acteur avait reçu 1 1 5 livres de part. Cette fois, rien ne fut versé. La débâcle du Mécène survint entre la fête donnée et le payement. La Grange écrivit sur son registre : « Revenu le samedi xxi« dudit mois, reçu » La somme resta toujours en blanc.

Molière est le premier pour qui la fortune de Fouquet fit banqueroute.

Une particularité curieuse est à signaler pour les sommes que les Fâcheux rapportèrent à Molière, c'est que le Registre dit à chacune : « Remis à mademoiselle Béjard pour M. de Molière. » L'association, qui n'avait pas cessé entre eux , explique le fait.

La Béjard, qu'un intérêt d'affaire autant qu'un intérêt d'amour avait, nous l'avons dit, liée à Molière, était restée sa caissière, lorsqu'elle n'avait plus été sa maîtresse. Elle surveillait d'autant mieux sa fortune à cette époque des Fâcheux^ que peu de mois après il devait épouser sa fille Armande *.

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