RELIQUES DE MOLIERE
Molière est peut-être, entre tous nos grands auteurs, celui dont on ait le plus curieusement recherché les reliques : — nous entendons par ce mot toutes les choses qui ont pu lui appartenir, tout ce qui garde de lui une trace matérielle ou historique ; — et, par malheur, c'est peut-être aussi celui pour lequel ces recherches ont été le plus infructueuses. Rien n'est presque resté de lui, rien n'a survécu que ses œuvres à peu près complètes, et sa gloire plus intacte encore. 11 est vrai que c'est l'important^ et que, devant un si beau partage, pour s'apercevoir de la perte du reste.
et pour oser s'en plaindre, il faut être tout au moins autographophile, amateur maniaque de vieux portraits, de vieux meubles, de vieux livres, etc. C'est ce que nous voulons être aujourd'hui , au risque d'endosser encore une fois le ridicule dont on affuble si volontiers tout adorateur des vieilles choses .
L'espoir d'ajouter une page de plus à la vie de Molière, et de vous apprendre à son sujet quelques faits nouveaux, nous ferait tout entreprendre et tout braver..
Nous commencerons par rechercher les autographes du grand poëte, et ce sera, malheureusement, un chapitre bien vite écrit. Il nous est à peine resté une phrase entière tracée par la plume qui écrivit le Taj'tiiffe et le Misanthrope, et nous n'avons pas un seul fragment de ses manuscrits I
Soit indifférence de Molière lui-même, peu soucieux de garder la copie de ses chefs-d'œuvre qui, une fois imprimés, appartenaient à la postérité, soit négligence de ceux qui devinrent les dépositaires de ses papiers après sa mort, tout a péri. Mais qui accuser ? Ces derniers surtout. En 1682, ils possédaient encore les manuscrits de Molière, puisque cette année-là La Grange donnait son édition re-
vue, dit-il, sur les autographes du grand homme. Ils les laissèrent s'envoler au vent, comme chose légère.
Aujourd'hui, on les payerait au poids du diamant.
Ce que l'incurie de la femme de Molière et des comédiens héritiers de ses œuvres avait laissé survivre dans les archives du Théâtre- Français aurait, suivant une tradition, été détruit par l'incendie de l'Odéon, en 179g.
<c Un de nos amis, dit M . Taschereau \ nous a répété plusieurs fois qu'il tenait de Grandmesnil qu'en 1799 la Comédie-Française possédait encore quelques papiers de Molière, mais qu'ils devinrent la proie de l'incendie qui consuma sa salle, actuellement celle de l'Odéon, le 1 8 mars de la même année. )>
Ce n'est là qu'un on-dit, et d'une vérité douteuse, comme nous le prouverons plus loin, quand nous reviendrons sur ce sinistre, qui fut moins terrible qu'on le pense.
Quoi que nous puissions dire, on croira toujours, j'en réponds, que, sans cet incendie, nous aurions peut-être encore quelques feuillets manuscrits du Tartuffe ou des Femmes