V. Catal. Soleimie, 1. 1, p. 2 5g
— i38 — d'Hélène :
LE DOCTEUR à cfa maîircsse.
Je pénètre au fond des sciences Et les grands soins que j'en ay pris Après bien du temps m'ont appris Mille belles expériences.
Il me reste un point important Sans lequel mon esprit ne peut être content Et jusqu'oîi mon savoir encor n'a pu s'étendre : Le secret de vous acquérir,
HÉLÈNE, maîtresse du Docteur.
Ces docteurs avec leurs sciences, Ne doivent rien prétendre en mes affections.
Qiioy! dans toutes leurs actioyis
Ils cherchent mille circonstances,
Ils n'agissent que par compas!
Ah! vraiment je ne pourrois pas
Subir une reigle si dure Et qui voudra prétendre à estrc mon amant,
Il faut qu'il m'aime aveuglément,
Sans reigle et sans mesure.
N'est-ce pas là, je le répète, un thème digne de Molière, et bien dans ses idées sur l'impuissance du savoir et de la philosophie à dominer l'âme folle des femmes et à fixer leur fantaisie ? Jetez son comique et sa gaieté sur ce pâle canevas ; faites une voix de cet écho,
- iSo une lumière de ce reflet, vous aurez, j'en réponds, une farce qui justifiera les regrets de Boileau.
Combien n'en fit-il pas à l'impromptu qui ne vivaient qu'une heure, et qui auraient mérité de toujours vivre. Il suffisait d'un désir du roi et la farce nouvelle était improvisée, en façon d'intermède ou bien sous forme de prologue.
Quelquefois, lorsqu'il s'agissait moins d'amuser que de glorifier, Molière se contentait de réciter un sonnet, en s'excusant de l'exiguïté de l'hommage sur le peu de temps que la rapidité des exploits du roi avait laissé à sa muse. En voici un qu'on n'a pas encore réuni i\ ses œuvres ^ :
Ce sont faits inouïs, grand Roy, que tes victoires! L'avenir aura peine à les bien concevoir ; Et de nos vieux héros les pompeuses histoires Ne nous ont point chanté ce que tu nous fait voir.
Quoi! près qu'au même instant qu'on te l'a vu résoudre, Voir toute une province imie à tes Estats ! Les rapides torrents, et les vents et la foudre Vont-ils dans leurs effets plus vite que ton bras,
I. Il n'a étc publié pour la première fois que tout dernièrement, par M. P. Lacroix, dans le Bulletin du Bibliophile belge, i863, p, 104-103.
N'attends pas au retour d'un si fameux ouvrage, Des soins de yiotre Muse un éclatant hommage, Cet exploit en demande, il le faut avouer! Mais nos chansons, grayid Roy, nesontpassitôtprestes, Et tu mets moins de temps à faire des conquêtes, Qu'il n'en faut pour les bien louer.
Je regrette plus la perte de quelques scènes en intermède ou en prologue, que je n'eusse regretté celle de ce sonnet :
« La troupe, dit La Grange (12 juin i665), est allée à Versailles par ordre du Roy. On a joué le Fapory^ dans le jardin, sur un théâtre tout garny d'orangers. M. de Molière fist un prologue en marquis ridicule qui vouloit estre sur le théâtre, et eust une conversation risible avec une actrice qui fist la marquise ridicule placée au milieu de l'assemblée. »
Qu'est devenue cette scène où Molière prenait si bien l'avance sur nos bouffonneries avec acteurs ou actrices dans la salle * ?
Il ne faut pas moins regretter les discours d'ouverture et de clôture que, pendant plus de
1. Tragi-comédie alors dans sa nouveauté, et due à M''* de Villedieu.
2. C'était une imitation du théâtre espagnol. V. Puibusque, Histoire comparée des littératures espapiole et française. Paris, G. Dentu, 1843, in-S», t. II, p. 400.
cinq ans ', il fit au nom de sa troupe^ et pour lesquels il fut toujours plutôt empressé que négligent. Bien qu'il eût en effet la parole un peu trop rapide, comme il arrive à tous ceux chez qui la pensée abondante afflue trop facilement aux lèvres, bien qu'il bredouillât mémg parfois en parlant ^, « il aimoit fort à haranguer '; )i et l'on aimait aussi beaucoup à l'entendre. C'était à qui trouverait pour soi dans sa harangue un mot gracieux, une allusion flatteuse. Un salut même de Molière venant parler au public était chose enviée des plus nobles et des plus belles.
Je citerai à ce propos une page très-curieuse d'un roman fort rare*. C'est une coquette qui parle :
(c — On donne du prix au mérite, dont bien souvent l'imagination est la règle et le fondement. Par exemple à Molière. Vous scavez le bien qu'on en dit, et qu'il passe pour un homme aussi spirituel qu'il y ait en France.
1. Il ne céda le soin de Vannonce au public, que le 14 novembre 1664. C'est La Grange qui l'eut désormais.
2. V. Mémoires de Brossette sur Boileau, à la suite de la Correspondance.