‹ Le Roman de MolièreChapitre 64 sur 88 · I. Etudes sur Molière, 1802, in-8, p. 3o · texte numérisé non relu

I. Etudes sur Molière, 1802, in-8, p. 3o

qu'en i836 la notice publiée par M. François Astruc, propriétaire convaincu de la précieuse relique, l'eût singulièrement ranimée'. Il décrit son meuble avec une minutie amoureuse. C'est un fauteuil à bras et à long dossier, fait de noyer commun, de forme simple et sans ornement, si ce n'est au devant du siège ou sont deux panneaux en assemblage, avec diverses moulures. La hauteur est de 6 pieds 4 pouces et demi, sur lesquels il faut compter 20 pouces pour le siège, et 1 1 pour la distance du siège aux bras. Ce siège, profond de 16 pouces et large de 22, forme un coffre à fortes charnières, fermant par une serrure dont la large entrée, en écusson, se voit au sommet du siège, entre les deux panneaux à moulures. Malgré son amour pour son meuble, M. Astruc, qui est marchand, n'eût pas résisté au plaisir de le vendre un bon prix. Il l'apporta donc à Paris, mais le musée des Petits-Augustins n'existait plus, le musée de Cluny n'existait pas encore , la Comédie-Française n'était pas riche, et les amateurs n'abondaient pas. Le fauteuil ne trouva pas d'acheteur , et il fallut le rem-

I. Le Fauteuil de Molière, par M.... (Astruc et Sabatier;; Pézenas, Gabriel Bonnet, i836, in-8.

porter à Pézenas d'où il était pourtant venu avec les meilleurs certificats. On y suivait son histoire complète, depuis le temps du barbier Gelly, jusqu'à M. Astruc inclusivement. Gelly l'avait transmis avec sa boutique et sa maîtrise à son fils Jacques. Celui-ci le laissa en héritage à sa fille Suzanne, qui de son mariage avec Mathieu Jalvy eut elle-même une fille mariée à Pierre-Paul Thomas. Docteur en médecine^ et partant peu curieux des souvenirs de l'ennemi des médecins, Thomas céda le meuble à Pierre Brun avec le fonds de boutique, qui des Gelly était passé aux Jalvy. Pierre Astruc l'eut ensuite, et après lui son fils François.

Ce fut comme on voit une transmission sans secousse.

Le fauteuil de la Comédie, ce vénérable meuble dans lequel Molière se serait, dit-on, assis, coiffé du fameux bonnet et vêtu de la célèbre robe de chambre, furtivement empruntée au terrible intendant Foucault ^ ,

I . Le président Hénault dit que c'est Jean Remy, son père, ami de Subligny et des Corneille qui « donna à Molière, pour son Malade iviaginaire, la robe de chambre et le bonnet de nuit de M. Foucault, son parent, l'homme le plus chagrin et le plus redouté dans

n'eut pas une aussi calme existence. Il suivit les destins du théâtre qui eurent leurs accidents, et même leurs sinistres. Je craignais m.éme qu'un de ceux-ci, dont j'ai déjà dit un mot, l'incendie de 1799, à l'Odéon où la Comédie jouait alors, n'eût détruit le respectable débris. M. Régnier, qui sait tant de choses sur le Théâtre-Français^, dont il sera le meilleur historien, quand il ne voudra plus en être l'un des meilleurs acteurs, m'a sur ce point complètement rassuré.

L'incendie du mois de germinal an VII, ne fut pas, suivant lui, aussi fatal qu'on le pourrait croire. Comme celui de 1 8 1 8, il s'attaqua moins à la scène et à ses dépendances, qu'aux diverses parties de la salle. Elle fut presque toute dévorée, du parterre jusqu'aux dernières loges, mais l'épaisseur et la solidité des murs de séparation empêchèrent le feu d'aller plus loin. M. Régnier trouve une preuve de cette innocuité de l'incendie de 1799 dans la conservation de la plupart des choses qui existaient alors à l'Odéon et que la Comédie-Française possède encore. Les

sa famille, et qui travailloit toute la journée en robe de chambre. » [Mémoires du président Hénault; Paris, Ed. Dentu, i855, in-8,p, 4-5.)

papiers, dont quelques-uns, tels que le manuscrit de La Grange, datent du temps de Molière lui-même; les bustes précieux qui ornent encore le foyer du public, les portraits historiques qui décorent celui des acteurs, la statue de Voltaire dans le péristyle, etc., sont du nombre. Enfin, M. Régnier nous a rappelé la charmante loge de mademoiselle Contât, qui existe encore aux étages supérieurs de rOdéon, avec son plafond tout pimpant de dorures et de peintures, et telle à peu près que le comte d'Artois avait eu soin de la faire orner pour la célèbre comédienne. Elle n'eût certainement pas été épargnée, si le feu de 1 799 et l'incendie de 1 8 1 8 eussent porté leurs ravages au delà de la scène.

Il faut donc induire de tout cela qu'il n'y eut que peu ou point de choses précieuses à regretter dans les archives et parmi les meubles de la Comédie-Française après le désastre du i8 mars 1799, et que, malgré le dire de Grandménil à l'ami de M. Taschereau, ce n'est pas là qu'il f^mt chercher la cause de la disparition des papiers de Molière.

Si nous n'en possédons pas, c'est qu'en 1799 on n'en avait déjà plus aucun.

Le fauteuil du Malade imaginaire n'aurait

— i8o — pas été détruit plus que le reste, selon M. Régnier. Nous lui avons opposé ce passage de la Décade philosophique du lo germinal an VIP : « Tout ce qui a appartenu à un grand homme nous est cher; on se plaît à retrouver son souvenir dans les objets qui furent à son usage. On conservait religieusement à rOdéon le fauteuil sur lequel Molière jouait le Malade imaginaii'e^ l'incendie qui vient de consumer cet édifice n'a pas respecté ce meuble précieux. i) Il n'en a pas moins tenu bon.

Pour soutenir que l'incendie ne l'atteignit pas, il nous opposa la raison concluante du rapport du garçon de théâtre qui sauva le respectable fauteuil. Au risque de lui casser quelque membre, il le jeta par une fenêtre au moment où l'on craignit que l'incendie n'allât plus loin que la scène.

Sur l'authenticité de la relique, il est moins formel, il ne la garantit pas ; et nous ne prendrons pas sur nous de la garantir davantage. Nous ajouterons toutefois qu'au xvni^ siècle, sur la foi d'une tradition continue, elle ne semblait pas douteuse.

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