‹ Le Roman de MolièreChapitre 86 sur 88 · Ph. Chasles, Revue de Paris; i83o, t. X, p · texte numérisé non relu

Ph. Chasles, Revue de Paris; i83o, t. X, p

2. V. encore à ce sujet un travail inte'ressant de M. Alex. Pey, dans le Journal de V Instruction publique; 19 mars et 2 avril i85q.

volontiers d'avis qu'il la dut à l'imitation que Boccace en avait faite. Les conteurs italiens étaient, en effet, aussi ses pourvoyeurs ordinaires. D'où lui vint l'idée de Roméo et Juliette ? d'un récit de Luigi da Porta, imprimé en i520, c'est-à-dire trente ans avant son drame ^; et V Othello? de l'une des Cent noupelles^ écrites vers le même temps par Giraldi Cinthio, sous ce titre : le Maure de Venise '.

Cymbeline^ le Marchand de Venise^ etc., n'ont pas, non plus, d'autre origine.

Maintenant, si l'on songe bien que Molière, lui aussi, dut beaucoup d'un côté à nos vieux fabliaux, et de l'autre aux conteurs italiens, on ne sera plus surpris des quelques points de rapports vagues qui peuvent se trouver entre leurs œuvres; comme, par exemple, entre les Joyeuses Commères de Windsor et deux scènes de Molière : l'une de l'École des Femmes, l'autre de la Comtesse d'Escar-

1. V. sur ce point et plusieurs autres An Essay on the learning of Shakespeare, par Farmer, et le livre de M. Simrock, sur les Sources de Shakespeare, publié à Berlin, en i83i.

2. M. Delécluze en a donné la traduction dans la Revue de Paris, t. IX, p. 141-1 56.

bagnasK II y a là peut-être une parenté d'inspiration, mais non certes une filiation directe. Tous deux ayant puisé à des sources pareilles, il n'est pas étonnant qu'un même flot coule parfois à travers leurs œuvres.

Je dirai plus : lors même que Molière et Shakspeare auraient traité tout à fait le même sujet, je n'en conclurais pas que celui-là dût rien à celui-ci, par la raison toute simple que parmi les fabliaux ou les contes qu'ils aimaient si bien tous deux, il s'en trouvait qui pouvaient naturellement plaire à l'un après avoir séduit l'autre. Si par exemple Shakspeare eût fait, à sa manière, une comédie du Médecin malgré lui, il ne faudrait pas, selon moi, dire que Molière lui en prit l'idée, parce qu'en effet cette idée étant en circulation depuis le moyen âge, sous la

I . Rathery, Revue Contemporaine, 1 5 octobre i853, p. 173. — On trouve dans les Commères une phrase dont un passage du Bourgeois gentilhomme est la traduction textuelle, c'est celle-ci : « J'aime mieux être incivil qu'importun. » Nous avons prouvé ailleurs. Variétés historiques et littéraires, t. IX, p. 209, que c'e'tait une phrase de politesse courante, une formule de civilité banale que Shakspeare et Molière avaient empruntée tous deux aux lieux communs de la conversation bourgeoise.

forme d'un conte populaire, le Vilain Mire, dont le texte rimé fut publié à la fin du siècle dernier, il pouvait arriver que Molière s'en emparât, sans rien devoir qu'à la vieille tradition.

C'est ce qui fut en effet, comme le prouve une anecdote oubliée partout, hormis dans la Vie de Molière, mise en tète de l'édition de ses œuvres, publiée à la Haye, en 1725 ^ :

« Une personne, qui est aujourd'hui dans un âge avancé, m'a appris, dit l'auteur ^, que le Médecin malgré lui n'étoit pas de l'invention de Molière, quant au fond du sujet, mais que quelqu'un ayant raconté en présence du roi une histoire à peu près semblable arrivée du temps de François P'", qui fut lui-même une des personnes de l'intrigue, Molière la trouva très-propre à être accommodée en farce, et qu'avec quelques changements, il en fit la comédie du Médeçijî malgré lui. :»

Cette anecdote n'était qu'une variante du fabhau, rappelé tout à l'heure, et dont la popularité avait été universelle. Il avait couru, avec bon nombre de nos légendes, jusqu'en

2. Nous avons dit plus haut, p. 3i, note, que cet auteur est Bruzen de La Martinière.

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