‹ Le roman de Renard, version moderneChapitre 10 sur 70 · COMMENT RENARD DÉROBA LES POISSONS · texte numérisé non relu

COMMENT RENARD DÉROBA LES POISSONS

L'hiver était venu, et cette année la froidure était grande. Il n’y avait plus rien à manger chez Renard en son château de Malpertuis. N’allez pas croire que ce château fût un vrai château, bâti en lieu élevé, de difficile accès, avec tours, donjons, mâchicoulis, fossés et pont-levis, comme en habitaient alors les puissants du monde. Non, Malpertuis était un trou que Renard avait creusé lui-même dans la terre, un terrier étroit et sombre. Mais c'était cependant une bonne maison chaude et sèche, un bon refuge assuré, un bon refuge profond, avec nombre de portes, pour que l’on pût toujours s'enfuir par l’une, si une autre venait à être forcée.

Hermeline ne pouvait pas sortir, elle devait rester au logis pour garder ses deux fils, Percehaie et Malebranche, deux enfançons déjà sevrés, qui n’allaient pas encore à la chasse. Ils commençaient à pleurer de faim. Mais Renard ne se dérangeait pas, tant qu'il ne sentait pas lui-même son appétit se muer en douloureuse faim.

Quand il en fut à ce point là, il sortit.

Il arriva sur la route pavée. Assis sur son derrière, tremblant dans le vent qui lui rebroussait le poil, tournant la tête à droite, à gauche, chauvissant des oreilles, humant l’air froid

Page 1