COMMENT RENARD AIMA TROP LA FEMME D'YSENGRIN ET BATTIT SES ENFANTS
Renard, un jour, chassant dans la montagne, se glissa sous un buisson et vit un large trou béant entre deux rochers. D'abord il hésita à y entrer, et puis il se décida, descendit et
se trouva devant une porte. Il poussa un peu cette porte et vit, dans une salle basse, dame Hersent, la femme d’Ysengrin, couchée, qui allaitait et qui léchait quatre louveteaux déjà grandelets.
Il comprit qu’il était entré, par une porte dérobée, dans la maison de son oncle. Il eut grand’peur car il pensait que son cher oncle, depuis qu'il avait perdu sa queue à pêcher les anguilles, ne l’aimait guère. Et il aurait donné beaucoup pour n'avoir pas poussé la porte.
Il espérait n’avoir été ni vu, ni entendu, il restait coi derrière le battant. Mais un petit rais de soleil s’était coulé par la porte entr'ouverte, était tombé sur dame Hersent. Elle se retourna, montrant déjà les dents à qui venait ainsi, sans être attendu.
Renard restait tapi derrière la porte, mais dame Hersent — qui l’aimait de longue date, sans en avoir jamais rien dit — aperçut son poil roux, le reconnut et fut bien heureuse. Elle lui dit en riant :
— Rouquin ! que faites-vous là ? que venez-vous espionner ?
Renard avait grand’peur et ne répondit pas.
Dame Hersent lui fit un gracieux petit signe avec le doigt, lui sourit et dite:
— Renard! Renard ! vous êtes très méchant et vous ne m'aimez guère. Vous n'êtes pas venu me voir après mes couches — je ne vous connais plus.
Renard qui avait encore peur, malgré le signe et le sourire, répondit : ; |
— Dieu me confonde, si je n'avais pas grand désir d'aller