‹ Le roman de Renard, version moderneChapitre 21 sur 70 · RENARD BAT LES ENFANTS D'YSENGRIN · texte numérisé non relu

RENARD BAT LES ENFANTS D'YSENGRIN

vous voir après vos couches! Mais Ysengrin ne m’aime pas. Il me cherche par monts et par vaux, et me tuerait volontiers s’il me trouvait. C’est grand péché à lui de me haïr comme il me hait, car je n’ai jamais rien fait qui dût m'attirer sa rancune, C'est pour cela que je n'ai pas osé venir vous voir, et jen avais grand chagrin. Il va partout clabaudant contre moi, disant que je vous aime d'amour. Comment peut-il penser qu’un chétif tel que moi ose s'attaquer à une grande dame telle que vous ?

Hersent, en grande colère, s’écria :

— Comment ! Renard ! Il raconte cela! Le proverbe a raison qui dit : « Tel pense venger sa hônte qui la trouve. » Il l'aura trouvée! Dieu m'est témoin que je n’ai jamais eu aucune mauvaise pensée. Mais puisqu'il raconte cela, je veux que ce soit vrai, Je veux que vous m'aimiez et que ceux qui le disent ne mentent pas! Je veux vous aimer aussi. Venez, mon doux ami, venez m’embrasser et aimez-moi |

Renard alors entra. Il embrassa dame Hersent tendrement. Et puis elle l’entraîna dans un coin sombre, mais elle ne s’y put si bien cacher que ses enfants ne vissent qu'elle faisait avec lui-ce qu’elle n’aurait pas dû faire, et vilainement, dans un bruit dé passionnés baisers, couvrait de honte leur père, son époux.

Volontiers elle eût joué longtemps à ce jeu, mais Renard n'aimait pas perdre trop de temps à ces batifolages. Et puis, au fond du cœur, il avait remords de tromper sa douce Herméline qu'il aimait. Et puis surtout il craignait qu'Ysengrin ne rentrât avant qu'il se fût mis à l'abri de ses dents.

Quand il en eut fini avec Hersent la noble dame, il vint vers les louveteaux, les battit, les mordit, les couvrit d’ordures, les appela bâtards, fils de cornard, et leur donna encore des noms tels qu’ils ne se peuvent répéter.

Et puis il s’en alla à ses autres affaires, tête baïssée, rasant la terre, pour que nul ne le vit.

Les louveteaux pleuraient. Dame Hersent les câlina, les dorlota, les embrassa, leur disant doucement :

— Enfants, n'ayez pas la sottise de rien raconter à votre père. Surtout il ne faut pas qu’il sache que Renard est venu.

— Si! Si! nous dirons tout, criaient les louveteaux, nous dirons à notre père que Renard le roux, le puant, est venu, et nous dirons tout ce que vous avez fait avec lui! Notre père avait confiance en vous, vous l'avez trompé ! Une telle vilenie ne doit pas rester sans vengeance |

Et juste à ce moment, Ysengrin rentra, content d’être enfin chez lui. Tant il avait couru, chassé, qu'il était chargé de victuailles.

Dès qu’il fut entré, ses fils lui crièrent que Renard était venu, les avait battus, les avait couverts d’ordures, les avait appelés bâtards, fils de cornard, avait embrassé leur mère et puis l'avait entraînée dans un coin sombre où ils avaient vu, pour le déshonneur de leur père, ce qu'ils auraient mieux aimé ne pas voir.

Quand Ysengrin eut entendu cela, il cria :

— Hersent! mauvaise femme, orde et sale ribaude ! Je vous ai bien nourrie, bien logée, bien soignée, et Renard le

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