COMMENT YSENGRIN BATTIT RENARD
Plus de jambon ! Plus de goupil ! Plus de collet à son manteau ! Bien marri il rentra chez lui.
Renard, sans plus se soucier du vilain, voulut avoir sa part de jambon, et courut tant, de-ci de-là, à travers la forêt, qu'enfin il trouva Ysengrin.
Ysengrin avait mangé tout son saoul, il n’avait plus faim. Et le reste du jambon, ce qu’il n'avait vraiment plus pu manger, il l’avait caché sous un amas d’herbe et de branchages.
— Sire, dit Renard, vous plairait- de me donner ma part de jambon ?
— Ta part de jambon ! Tais-toi ! C’est déjà trop que je taie pardonné. Tu n'auras rien de ce jambon — rien que la corde qui pendait à l’os. Tiens ! la voilà ! prends-la ! emportela ! c’est tout ce que tu auras. Et que je ne te rencontre jamais sur mon chemin ! Une autre fois cela pourrait tourner plus mal pour toi.
Renard dit, bien humblement :
— Par Dieu, le fils de Marie, en one d'aller en pèlerinage à Saint-Jacques.
— Va-ten où tu voudras ! je m’en moque ! va-t'en |! Que je ne te voie jamais devant moi ! - |
Renard s’en alla. Il envoyait son oncle à tous les diables. Il aurait voulu pouvoir l'envoyer au plus brûlant, au plus profond de l'enfer.
« Le cher oncle, jurait-il, paiera cher ce jambon dont il n’a rien voulu me donner ! »