RENARD ET FROBERT LE GRILLON
Jl le manqua. Frobert jeta un cri et rentra vite dans son trou, juste à temps pour échapper aux dents de Renard qui se précipitait sur lui. Et dans ce trou Renard ne pouvait mettre nez ni patte.
— Ah ! dit Frobert, pèlerin du diable! que la peste emporte ! Ce ne sera pas encore cette fois que tu me mangeras.
Renaïd dit :
— Ami Frobert, ce n’est pas toi que j'ai voulu manger. Tu es mon vieil ami très cher. C'était à ton livre de psaumes que j'en avais, Si je l’avais mangé, j'aurais su toutes les chansons et tous les psaumes que tu chiantes. Si je me suis jeté sur toi, c'est que je n’y vois plus très clair, tellement je suis fatigué par tous les pèlerinages que j'ai faits. Hélas ! je suis très malade, d’un mal dont il me faudra bientôt mourir, je n’en ai plus pour longtemps à vivre, et je voudrais me confesser. Sors donc de ton trou, mon cher Frobert, viens entendre ma confession. J'étais venu chercher le Prêtre ici, mais il n’est pas chez lui, Tu es un bon et sage clerc, je ne trouverai pas meilleur que toi bien loin à la ronde.
Le grillon, qui connaissait son Renard, se mit à rire et lui dit : |
— Dieu me garde ! ne soyez pas en peine de votre confession. Voilà toute une troupe de confesseurs qui viennent, ils seront ici dans un instant. | :
: C’étaient des chiens et des chasseurs. que le bas voyait venir —— les chiens devant, les chasseurs derrière, veneurs, arbalétriers, valets et piqueurs.
Peu s’en fallut que Renard ne fût pris, tant il était attentif à guetter Frobert. Il partit sous le nez des chiens.
— Au goupil ! goupil! criaient les chasseurs. Hardi ! Tribale ! Clarembault ! Au so Ribault ! Hardi ? Plaisance ! Hardi les chiens !
Renard fuyait à grande allure et n'oubliait pas Ysengrin. Il. mena meute et chasseurs à l'endroit où il l'avait laissé. Ysengrin était toujours là, sous son buisson, appesanti et somnolent d’avoir trop mangé de jambon.
Renard lui cria joyeusement :
— Bel oncle ! Il est temps de courir ! Il serait bon, maintenant, d’avoir le ventre vide. Cette grosse lourde bedaine que je vous vois, va vous gêner. Ah ! Ah ! le jambon n'était pas trop gros pour vous seul ! Il vaudrait mieux que vous m'en eussiez donné la moitié. Vous seriez plus léger si vous aviez la panse moins pleine. Quoi ! Vous restez là ! Voilà les chiens, adieu !
Les chiens, voyant le loup, abandonnèrent le goupil. Ils attaquèrent rudement Ysengrin. Et trop appesanti pour s’enfuir, il était mort, si la nuit n’était venue. Quand les chiens le lâchèrent, très malmenés eux-mêmes, il avait perdu du poil, il avait l'oreille déchirée, la peau entamée, il saignait et pensait qu'il lui en cuisait toujours de s'attaquer à 'ce maudit Renard. Il regrettait amèrement de ne pas l'avoir tué quand il l’avait à sa merci.
Renard retourna au jardin du curé, espérant y rattraper Frobert. Mais Frobert dormait, tout au fond de sa maison, et ne répondit pas à l’appel de Renard.
Renard alors boucha la porte avec de la terre, et Frobert taillit ne plus pouvoir sortir jamais. Il serait mort de faim pour n'avoir pas voulu que Renard le mangeit. Il lui fallut peiner très durement, pendant plus d’une semaine, pour déblayer l'entrée de sa maison.