‹ Le roman de Renard, version moderneChapitre 6 sur 70 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

dormait, de la mer sortit un goupil, le père de tous les goupils qui depuis sont nés, et entre lesquels celui qui se nommait Renard fut le plus célèbre par ses ruses, malices et cautèles — tellement que, de lui, tous les goupils ont été, après lui, appelés renards en bon langage français.

Adam frappa la mer encore. Chaque fois une bête naïssait qui devait être utile à lui et à ses enfants, à nous. Ainsi naquirent des frappements d'Adam, la vache, la chèvre, le cheval, la poule, la dinde, le canard, l’oie, et autres bonnes bêtes domestiques. |

Pour ce qui est du chat, on n’a jamais su s’il était né d'Adam ou d'Ëve. Il est à la fois bon et mauvais pour l’homme, les uns lui trouvant plus de bon, les autres plus de mauvais ; et selon qu’on pense ainsi ou ainsi, on croit qu'il est né de l’un ou de l’autre, car si toutes les bonnes bêtes utiles sortaient de la mer aux frappements d'Adam, toutes les mauvaises sortaient aux coups dont Eve cinglait l’eau chaque fois qu’elle avait su, par artifice, dérober la baguette.

C’est pourquoi ceux qui reprochent à Notre Seigneur Dieu d’avoir créé les bêtes qui ne nous portent que nuisance et dommage, blasphèment très vilainement puisque ce n’est pas lui qui est responsable de leur naïssance, mais bien seulement Eve, la femme, dont sont nés encore pour nous tous les autres maux qui infestent la terre.

Mais il ne lui en faut pas vouloir, non plus qu’à ses filles, nées d'elle, qui sont mortes ou qui vivent encore maintenant, car le monde, sans les maux qui l’encombrent, serait séjour bien monotone.

Que bénie soit donc notre grand'mère Eve pour tout le mal qu'elle a créé, et aussi pour avoir créé le goupil dont nous allons vous narrer les aventures.

Et qu'avec elle soient bénies ses filles, petites-filles, arrièrepetites-filles, jusqu'aux générations de celles qui vivent aujourd’hui et nous font encore tant de bien, tant de mal, et peuvent seules nous donner le courage et la force de supporter tous les maux qu'elles nous font.

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