COMMENT RENARD DÉROBA LES JAMBONS | D'YSENGRIN
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Ysengrin, le loup, était un puissant baron qui avait beaucoup de force et de courage, mais peu d'intelligence.
Renard et lui furent longtemps bons amis. Ysengrin appelait Renard « mon. beau neveu ». Renard lui répondait « mon oncle » bien qu’ils ne fussent pas vraiment oncle et neveu.
Peut-être restèrent-ils si longtemps bons amis parce que le loup n'avait pas l'esprit assez fin pour reconnaître les bourdes dont son beau neveu lui servait bien pleine mesure. Mais un jour vint enfin où toute sa stupidité ne fut plus assez épaisse pour lui cacher la malice et la fourberie de Renard.
Ce jour-là, adieu la vieille amitié, adieu la parenté d’antan, et guerre sans merci ehtre la force du loup et la ruse du goupil.
Mais ce jour-là n’était pas encore arrivé. |
Ysengrin, dame Hersent sa femme et les louveteaux leurs enfants venaient de dîner d’un mouton. Jusqu’aux os ils avaient rongé la chair, sans rien laisser ; mais dame Hersent avait mis de côté les deux rognons et U rate de la bête pour qu'Ysengrin les mangeât le lendemain matin avant de partir en chasse.
« Toc! Toc » entendit-on tout à coup frapper à la porte. Ysehgrin dit :
— Que mal venu soit qui vient à cette heure, quand il serait temps de faire la sieste et de dormir, après le bon diner que nous avons fait !
Rechignant, grognant, il ouvrit. Son visage s’éclaira de joie. C'était Renard ! Mais quand il vit en quel piteux état était son cher neveu, poil rebroussé, flancs creux, œil terne, nez sec, oreille tombante, il eut grande pitié de lui et s’écria :
— Las ! beau neveu ! êtes-vous donc malade, que je vous voies si mal en point ?
— Oncle très cher, je suis malade, si malade que je n’ai rien mangé depuis hier matin.
— Vite ! Vite! Hersent! commanda Ysengrin, préparez pour notre neveu ces deux rognons et cette rate que je pensais manger demain.
— Non! Non! grand merci ! je n'ai pas faim.
Et cependant Renard louchait en regardant au plafond trois beaux jambons suspendus, dont le parfum, de loin, l’avait attiré et dont il aurait volontiers pris sa part, d'autant qu'au vrai il n’avait pas mangé depuis la veille. Tout le jour il avait couru bois et plaine sans trouver rien à se mettre sous la