COMMENT RENARD REGAGNA LA FAVEUR DU ROI
Au bout de quelque temps, Renard se lassa de toujours rester à Malpertuis. Il chercha comment il pourrait rentrer en grâce auprès du Roi et retourner à la Cour. Mais ïl avait si gravement oflensé si Majesté qu'il ne trouvait aucun M d de lapaiser et de regagner sa faveur.
Un jour, ilerrait dans la forêt, dolent et Fifa contre je même. | « Las! ner on prétend que je suis rusé À Et voilà que ma ruse me manque quand j'aurais justement besoin d'elle ! »
Il allait, se mentor ainsi, quand tout à coup,. à quelques pas devant lui, il aperçut le Roi, couché au pied d’un pin. Il ft un bond en:arrière, mais voyant que le Roi ne bougeait pas, il s'arrêta. Le Roi ne bougeaïit pas, il dormait très profondément et bientôt il se mit. à ronfler si fort que l’on eût pu croire qu'il rugissait. |
Alors Renard avisa, dans la foupère, une.corde solide qu un vilain avait oubliée là en venant fagoter. Il La prit, et marchant sur la pointé des pattès, prêt à fuir à la moindre alerte, il l'attacha solidement, par un bout, au tronc du pin. A l’autre bout il fit un nœud coulent qu'il passa doucement. autour du çou
du Roi — si doucement que le Roi ne s’éveilla pas. Et puis il alla se cacher dans un fourré, pour voir ce qui adviendrait.
Le vilain qui avait oublié sa corde revint bientôt la chercher. Quand il aperçut le Lion, il poussa un grand cri de terreur et s'enfuit. Noble, réveillé par ce cri, sauta brusquement sur ses pieds et aurait été étranglé tout net si une de ses pattes, par hasard, n'avait été prise dans le nœud, avec son cou. Ne sachant ce qui lui arrivait il voulut fuir, mais plus il essayait de fuir, sur les trois pattes qui lui restaient, plus le nœud se serrait autour de son cou.
: Renard, quand il le vit bien pris, s’en alla un peu plus loin, se mit une couronne de fleurs sur la tête et revint, chantant une chanson nouvelle, une belle chanson d'amour, comme s’il n'avait rien su du Roi, ni de son dommage. |
Noble l’entendit, puis le vit, et appela :
— Renard! Renard ! au secours !
Renard s'arrêta, comme s’il le voyait seulement à cet instant, et fit mine de se sauver.
— Renard ! Renard ! appela Noble, n’aie pas peur, je te pardonne toutes tes fautes, passées, présentes et futures ! Viens me délivrer ! Je ne sais en quel maudit piège je suis pris!
—- Sire, répondit Renard, je n’ai pas le temps de vous délivrer, j'entends aboyer des chiens, j'entends des chasseurs sonner du cor. Il faut que je pense à ma peau.
— Renard ! Renard ! pense aussi à la mienne, à celle de ton Roi, et jusqu’à la mort tu seras mon ani! Tu viendras à la Cour avec moi et je jure, par Dieu et par tous les Saints du paradis, que celui qui voudra te nuire s’én repentira !
— Sire, je vous ai toujours aimé, maïs vous avez toujours écouté ceux qui me calomniaient.
— Je te jure de ne plus les écouter jamais et de ne plus croire de toi que le bien. Mais hâte-toi de me délivrer, j'entends ces chiens et ces chasseurs qui viennent |
Renard, en quelques coups de dents, coupa la ue: et tous deux s’enfuirent, grand train, devant les chiens. La nuit venait, ils eurent vite dépisté la meute et ils rentrèrent au palais du Roi.
Renard y trouva plus grande faveur que personne n’en avait jamais eu auprès de sa Majesté. Si beaucoup de barons ne furent guère contents de le voir revenir, aucun n’osa en laisser rien voir.
Seule, la Reine fut heureuse de retrouver son cher Renard. Elle sut bien le lui dire et le lui prouver.