‹ Le roman de RenartChapitre 10 sur 38 · V. VL · texte numérisé non relu

V. VL

duper par Renart, et ce sont des harengs, et non des anguilles qui le tentent. Une autre aventure, celle du loup entré dans la cave d'un cloître , est mentionnée vv, 704 sa. ; dans la branche XIV c'est encore Primant à qui elle arrive, tandis qu'ailleurs elle est attribuée à Tsengrîn: v. l'Ysengrimus éd. Voigt p. LXXXII.

Toute la première partie de la branche jusqu'au v. 780, est d'un style traînant , plein de lieux communs et de proverbes rebattus. Le lion, qui joue le rôle, non de juge, mais d'accusateur, paraît même oublier que c'est Renart à qui il s'adresse, puisqu'il en parle souvent à la troisième personne.

La seconde partie ne vaut guère mieux, quoiqu'elle ait le mérite de raconter quelque chose de nouveau, le combat judiciaire de Renart et d'Ysengrin et le moniage de Renart. Le combat se fait dans les conditions prescrites par les coutumes anciennes: v. surtout les extraits des usages d'Amiens dans Du Cange-Henschet 2, 67 ss. Les champions sont armés de bâtons et de boucliers.

Renart est vaincu; condamné à être pendu, il est sauvé par l'intervention de frère Bernart, qui revient de Grantmont (1374). M. Jonckbloet a très- bien montré (Étude p. 373) que ce nom désigne Bernard, prieur de Grandmont (1161 — 1170), ensuite jusqu'à en 1190 au moins correcteur de l'abbaye de Grandmont au bois de Vincennes. Ce Petrus Bemardi dirtus Bernardus aimait à s'ingérer dans les questions politiques du temps, tout comme dans notre branche frère Bernart prend part aux affaires de Renart.

La conversion de Renart ne peut être sincère; elle se termine dans les mss, DEF6 par une singulière scène de famille qui se passe entre Renart et sa femme et que je n'ai osé faire imprimer dans mon texte. Le lecteur, qui la trouvera dans les variantes, éprouvera le même sentiment qui probablement a déterminé les copistes des claeses jï et 7 à omettre ces vers. Les mss. CHIM continuent jusqu'au v. 1542, qu'il font suivre par une sorte de récapitulation des ennemis de Reoart; les mss. BKLO finissent au v. 1530, en y ajoutant deux vers nouveaux; le msc. y rattache encore le passage suivant: Atant est li romans ^nes. Q" de B. est

46 g 2. LES BRANCHES.

terminez Ph nS dirai en ceste bruche Le conte de lui vos estanche s autre redirai après A itont de cestui vos les.

Du reste les mss. de la classe ^ ne s'éloignent pas beaucoup du texte a. La seule variante d'une certaine importance est celle des w. 1395—1420: le discours de frère Bernart y est parsemé de formes grammaticales, qui appartiennent aux langues romanes du midi, comme p. e. estât, peccat, pecador, donar, donaz etc. Ce baragouin, auquel le msc, substitue, comme de coutume, les formes françaises, me semble imiter bien mal k propos celui du ctiameau dans la branche V*. Le msc. offre même des leçons de la classe «, que j'ai rejetées de mon texte: 87 mol vent ] noauz 96 Que tu ] Benart 117 Jeter ] Coster.

Au contraire le texte de la classe y offre des changements très nombreux. Dans la branche YI, elle comprend les mss. CHIM; mais le mac. H, dont / se rapproche le plus, n'a pas toutes les interpolations des autres mss. Ainsi, dans le V. 910' BCKLMO connaissent à Renart un troisième fils Renardiax {Rovel dans LO) et ils changent en conséquence encore le v. 917: H reste fidèle aux leçons de la classe <x, tandis que le msc. / omet tous ces vers, en raccourcissant le texte ici comme ailleurs. Les vv. 65. 66 du texte a sont remplacés dans BCKM par six vers , qui en effet , forment une transition bien plus facile; mais les mss. HLO portent la leçon de la classe a (dans le msc. I ces vers ont encore été supprimés).

Les variantes communes aux mss. H (I) et CM me paraissent bien inférieures aux leçons des classes « et ^. D'abord l'auteur du texte y a cherché à renpuer la branche VI avec la m*"' en faisant arriver Ysengrin sans queue à la court du roi : v, les interpolations après les vv. 2. 8. 20. Cependant le msc. / est le seul qui mette la branche HP'"' immédiatement avant la VI *°". Les interpolations que la classe y a ajoutées aux parties ultérieures de la branche, sont destinées à rappeler les aventures de Renart auxquelles le texte des classes it(i n'avait pas encore fait allusion. Ainsi après le v. 550 on trouve 6 vers qui se rapportent à la branche V; après le V. 410 on rencontre une interpolation plus longue qui rend le

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contenu de la branche I ' en répétant littéralement encore les premiers vers de la branche I'', tout comme après le v, 476, où Ton trouve deux vers, dont l'un est tiré de la branche II 90, et la variante 20, 'ôS qui imite le v, 260 de la branche VlII. Malgré la supériorité générale du texte «, on le corrigera peut-être en admettant quelques variantes de la classe /S. Dans le v. 349 on lira i fu /omis (0) 789 Car cil qui trop ment s'ame pert (0 lit Icil etc.) 1033 tel (0) 1119 se haêt (0) 1226 baron ou champ esturent (0) 1232 Entre escu et baston se met (0) 1529 Q. el le (Q. ele 0).

La branche VII occupe encore un rang particulier parmi les poèmes qui composent le roman de Benart. Tout d'abord elle se distingue des autres branches par une foule d'indications locales qui permettent de déterminer d'une manière précise le lieu de son origine. Le v. 76 nomme la ville de Compiègne, le v. 210 l'Oise; tout près de Beaumont-sur-Oise se trouvent les villages de Chambly (cité au v. 502), de Ronqueroles (503), de Puisieux (614). Il y a cependant plusieurs villages de ce dernier nom. comme il y a plusieurs lieux du nom de Mareuil (724) : c'est peut-être Mareuîl-la- Motte, au nord de Compiègne, auquel il faut penser ici. Quant a Morenci (-'i74), je ne trouve pas de localité de ce nom , à moins que ce ne soit Morenchies près de Cambray.

Il y a encore des indications sur l'époque à la quelle le poëte écrivait, mais les sources historiques, qui permettraient de les utiliser, nous font défaut. Ainsi les w. 301/4 parlent d'une inondation , qui fit hausser le prix du froment. Les vv. 687 — 703 citent un grand nombre de personnes qui ont sans doute existé: mais ces noms de jongleurs, de 'ribauts', on ne peut espérer les retrouver dans les documents de nos archives. On y voit figurer aussi un abbé de Corbie", ce qui peut avoir été le surnom d'un vagabond qui aurait jeté le froc aux orties, tout comme son confrère, Mauduis le clerc d'Autainville (667). Le v. 507 cite un tafur: ce mot désigne un roi de mendiants dans la chanson d'Antioche. I! est malaisé de savoir, si Kichel, qui est nommée dans le v. 559 comme femme de mauvaise vie, appartenait aussi à cotte

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compagnie, ou si ce nom signifie un personnage d'une branche perdue de Eonart. Dans la branche XXIV v. 119, on retrouve Eichout la fatne Benart ; le même nom est cité dans plusieurs fabliaux : v. le Recueil p. p. A. de Montaiglon et G. Raynaud 1, 11. 4 pp. 68. 236. 2ii;S. 302; le Nouveau Recueil de Méon 1 p. 38. Dans une partie de ces fabliaux Richalt est le type de la courtisane ou de rentremetteuae.

La description que Renart donne des membres de cette société est tout à fait digne des licences outrées qu'il mêle à sa confession. Tous ces détails, pris au sérieux, ne peuvent que nous révolter. Mais il faudra bien accorder à cette sorte de poésie du moyen -âge l'indulgence qu'on a pour d'autres poètes tels que Aristophane et Rabelais. Il est même permis de supposer que les lecteurs de ces poèmes d'un goût perverti appartenaient aux. meilleures classes, qui s'amusaient à voir ces 'ribauts dépeints par eux-mêmes.

Que ce soit un bouffon qui parle, il l'avoue lui même dans son prologue: à vrai dire, il prend une mine i ne afiîrmaut: Je ne di pas par toi folie, mais cette mine a ne fait que relever le comique extravagant de son conte.

Le fonds de son récit pourrait bien avoir été inventé par le poëte lui-même. Du moins ne le rencontre-t-on pas dans les autres sources de la tradition de Renart. Une version latine s'en retrouve chez Odon de Ceringionia (v. Hervieux, Les fabulistes 2 p. 644 n. ^SXX): mais elle me parait plutôt tirée de notre roman. Le coc qui, dans la fable d'Odon , confesse le renard , se prête moins bien à ce rôle que le milan. Quant à l'origine de la scène de la confession de Henart, elle me semble être un développement du récit du Physiologus, qui raconte que le renard contrefait le mort pour surprendre et dévorer les oiseaux sauvages: cp. les vers cités par Fauriel (Hist. litt. de la France XXII p. 900).

Passons aux divergences des manuscrits. La classe (S (BKLO) offre un texte beaucoup plus court que celui de la classe a. Mais on voit que ce sont justement les indications locales et personelles qui manquent dans ji, et l'on comprend très-bien qu'un scribe qui était éloigné du pays, et qui ne

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connaissait: pas les personnages, très obscurs en elfet, dont parlait le poème original, ne jugeait pas nécessaire de répéter ces noms. Toutefois il n'y a que le mac. 0, qui ait réussi à écarter presque complètement les indications locales, en omettant encore les vv. 501/6. Le texte fi a supprimé en outre la notice relative à l'époque de l'inondation et qui est fourme par les vv. 301/4.

Voici les vers qui manquent dans /S: 31^36. 41/2. 275—280. 287/8. 397—400. 407/8. 559—580. 601—614. 619—622. 657-664. 685-706. 711. 714—716. 739—746. (ces vers sont remplacés par une variante). 803 — 810. 815/6. 825—830. 839/40 (variante). Après le v. 836 il y a dans les mss. de la classe ji 2 vers additionnels. Comme je l'ai déjà fait observer, le msc. va encore plus loin en raccourcissant le texte; ce qui ne l'empêche pas d'interpoler des vers. Voici ceux qui terminent ce texte:

(644) Çhi a lue son confesser

Liors cnnmetice .K. grant /este '

De leêcofte (orne la teste

Apree li a la cuisse traite

Regarde soi et vil retraite

Ltve gui lot environne

Lors a .R. If chief crolle

A ma megnie a malperliits

AlaiU sest mis .R. a la voie

Lescùffie porte a grant ioie

Tant va pnr bois et par monlaignes

El par valees et par plaignes

Haméline a mis a raison A aa fille it son fil rouel Qui tnW erent et gent et bel Lescofte lor donne a mengcr Çuil en avaient grant mestier.

La classe y iÇ^) réunit comme de coutume les divergences des classes a et ^. Ainsi elle a les deux versions des vv. 793 — 6. 839/40. Mais elle aime, en général, à suivre le texte ^. Elle offre les mêmes variantes que celui-ci pour les vers 301/4. 517/20; elle supprime, comme celui-ci, les vv. 413'4. 531—538. 789/90. Elle a cependant des leçons par-

ticulières aux vv. 463/4 et 724 ; elle offre des vers interpolés après les t. 802 et 828.

Cette dernière addition se trouve déjà dans le mac. H, quoiqu'îl se rapproche en général du texte a dans la branche VII. Ainsi les mas. AH sont lea senla qui a'accordent avec notre texte aux vt. 222 et 756; v. encore le v. 831. En quelques endroits le mac. L se joint au msc. H: v. 210. 427. 453/4.

Les mas. DE offrent plusieura vers interpolés au texte a.

Enfin, voici les leçons des autres manuscrits que j'aurais dû préférer à mou texte: 387 Li trattor et H hérite (0) 425 Ne renfreroit en l'abm 632 n'ajkrt (0) 747 arrache (0)

La branche VIII contraste singulièrement avec les branches dont je viens de parler; car c'en est une des plus naïves et des plus anciennes que nous possédions. J'en ai exposé lea traita, caractéristiques dans l'édition spéciale de cette branche qui a paru dans lea liomaninche Stuilien de E. Boehmer (voyez mon édition du roman vol. I p. I) : on me permettra de revenir en peu de mots sur ce que j' ai dit sur le sujet en cet endroit. On rehdra justice au ton badin et plein de bonbommie qui règne dans toute cette pénitence du vieux renard; on lira avec plaisir ses propos avec le paysan et l'ermite qui doutent avec raison de la aîncérité de sa conversion. Dans les discours où il persuade l'âne, le bélier et le mouton de prendre part au pèlerinage, il mêle très-heureusement aux arguments bibliques l'appel ii la misère de cette pauvre plèbe. Enfin le ménage rustique de l'rimaut est décrit d'une manière qui répond parfaitement i't In simplicité de ce conte.

L'ancienneté de la branche relativement aux autres parties de noti-e recueil est prouvée par plusieurs allusions à d'autres récits qu'on ne trouve pas dans le roman de Renart tel qu'il est conservé dans nos manuscrits. Il n'y a que l'affaire de la poule (v. 44) qu'on rencontre dans la branche I. Mais tout ce qui se rapporte aux fours joués à Yseiigrin et à Hersent s'éloigne, au moins dans lea détails, du contenu

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