IV. V
appartient à l'histoire de Renart. Elle commence par le mauvais accueil qu' Yscngrin fait à Renart qu'il rencontre inopinément. On s'étonne de voir que le loup ne mentionne paa tout d'abord les torts que Renan lui a faits et auxquels il revient dans la branche V*, après avoir été maltraité encore une fois par son advei-sairo. Cette omission est bien mieux motivée dans V Ysengrimiis , qui débute par cette même rencontre de Benart et d'Yaengrin. Sans doute le poëme latin a été la source d'où l'auteur de notre branche a tiré cette partie de son récit. Un curieux détail met en évidence le rapport qui existe entre le poëme latin et la branche française. Dans celle-ci comme dans la plupart des branches Ysengrin est le compère de Renart; mais plusieurs fois {aux vv, 65. 67. 91, 142) elle en fait aussi l'oncle de Renart, comme dana l'Ysengrimus où Renart donne toujours au loup le titre de patruus. C'est l'habitude germanique qui attache un si grand prix à ce lien de famille , tandis qu'en France comme dans les pays romans en général la parenté ecclésiastique l'emporte sur la parenté naturelle.
Dans les vers 148—246 la branche fait suivre un récit qui à côté de Renart et d'Ysengrin fait entrer en scène le grillon. Ce récit est bizarre, on dirait une parodie de la première aventure: ici comme là, l'animal le plus grand veut 'dévorer le plus petit. Les vers V 197 ss. paraissent être imités de la branche XV 320. Renart, en lançant sur les traces d'Ysengrin les chiens qui le poursuivent, se venge de l'outrage que ce dernier lui a fait subir en partageant injustement le jambon que l'astuce de Renart leur avait procuré. Ce n'est qu' après la lutte avec les chiens que le loup se rappelle le viol de sa femme. Comme la branche V " le raconte , il retourne à Hersent et l'amène à la cour du roi. Les juges s'assemblent: parmi ceux qui se prononcent contre Renart, on voit le chameau qui, dans son français italianisé, fait un discours plein de locutions juridiques. C'est probablement une satire dirigée à l'adresse des jurisconsultes du nord de l'Italie dont Frédéric I s'était servi pour établir ses droits impériaux et dont l'un ou l'autre peut-être avait accompagné un ambassadeur impérial à la coui- de France. Il ae
pourrait agir ici de l'entrevue à Salut -Jean de Lône, oii Frédéric I attendit en vain le roi Louis VU en 1162. D'après le V. 448 le chameau apporte un message de la cour de Consttintinople, ce qui me pataft désigner l'empire allemand j l'on en comprendra l'ironie en se souvenant que les rois de France prétendaient eux-mêmes à l'empire romain, comme l'atteste le célèbre ludiis de Antichristo du temps de Frédéric I. En outre le chameau est censé être légat du pape, c'est-àdire de l'antipape soutenu par le parti impérial.
Revenons à ia série des faits racontés dans la branche V". En discutant les méfaits de Renart, on rappelle encore ceux qu'il a commis sur Tiécelin, sur Tibert et sur la mésange et qui ont été racontés dans la branche II.
Eenart jurera qu'il est innocent, et c'est par devant Roonel qu'on le cite. Celui-ci contrefait le mort, ses dents serviront de reliques sur lesquelles Renart viendra jurer, et elles le retiendront comme parjure. Mais Renart s'aperçoit à temps du tour qu'on va lui jouer, et il s'enfuit, poursuivi par les compagnons de Roouel: il en reçoit force morsures, mais enfin il s'échappe. Cette dernière partie de la branche est digne des meilleures parties du roman. Le comique du récit est rehaussé par les noms des chiens, qui en partie rappellent les héros de l'épopée populaire, surtout ceux du cycle de Guillaume d'Oranga
Un de ces chiens est venu de Pont Audemer (1230), ce qui fait présumer que l'auteur de cette branche habitait la Normandie. Une indication plus précise se trouve au V. 1030, oii la forest de Joenemande est citée comme le repaire d'Ysengrin : malheureusement je n'ai pas pu constater la localité de cette forêt. Guinelande, la leçon de K (v, encore celle de £) s'expliquerait par le nom de Guines, près de Calais. porte nouelande.
Les branches V et V, qui sans doute se composent d'éléments bien différents, sont d'une grande importance pour la classification des manuscrits. Le texte que j'ai donné est celui de la classe a, de laquelle les mss. HI se rapprochent ici plus que d'ordinaire; la classe /ï (BKL] s'en éloigne à bien des égards, la classe y (CMn) offre une combinaison des deux autres classes.
Gomme ja l'ai déjà indiqué à la p. 30, la classe ^ met la branche V* à la suite de la branche II. Tout en reconnaissant la supériorité de cet ordre, j'ai fait remarquer que la variaute qui termine ta branche est inférieure à celle de la classe a. J'ajoute Tobservation que la variante de [i imite très servilement la branche I (y compris les continuations I ' et I"), Ainsi Renart, qui ferme la fenêtre sur Brun et Tibert (1147 var. 71) a recours pour les enfermer au même moyen par lequel dans I" 2547 ss. il a mis Ysengrin à la merci du paysan. La description de Brun qui retourne à l'assemblée des animaux. (1147 var. 257) est tirée de la branche I 711. Les injures de Benart (ibid. 210} rappellent la scène de la branche I 690 sa. Enfin les deux vers qui terminent la variante , sont les mêmes que ceux qui se trouvent à la fin de la branche I*.
Cette infériorité des variantes de la classe ^ est même plus grande encore dans la branche V, qui cependant ne se trouve pas dans KL, mais seulement dans B. Cette branche y est rattachée à la branche d'Ysengiin et de la jument, qui manque à la clasae a. Une interpolation de valeur médiocre raconte un rêve de Renart , qui n'est qu'une imitation de celui de Chantecler au commencement de la branche II. Ensuite Beuart , faisant le mort , attire la corneille qu'il broie entre ses dents : épisode tiré du Physiologus , mais sans intérêt pour l'histoire de Renart. Vers la fin de la branche le msc. B insère les vers 247 — 256, qui ouvrent la branche V dans la classe «: ce qui prouve que le scribe de iJ a connu le texte de cette autre classe et qu'il a cherché à le combiner avec le contenu du manuscrit qu'il copiait. Il finit son ouvrage par une allusion à la branche III, qui n'a rien de commun avec les aventures qu'il vient de raconter.
Passons à la classe y. Elle tâche dé réunir les deux autres classes, et elle se met à l'oeuvre avec une certaine circonspection. Pour prouver mon assertion relative à la tendance du scribe que je vieus d'indiquer, je ne cite que les variantes des vv. 47 — 62, 70 etc.; enfin la combinaison des. deux grandes variantes qui suivent le v. 1146 de la
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branche V. Toutefois la classe ;- diffère do /ï en ce qu'elle remplace l'introduction que le insc. B donne à la branche Y, par une autre qui ne la rattache pas à une branche complètement étrangère. De même l'auteur du texte y, qui comme ^ rattache à la branche II les vv. 257—288 de la branche Y', mais qui ne fait pas suivre immédiatement le reste de la branche, a dû inventer une nouvelle introduction pour le récit du serment judiciaire.
On fera donc bien de rester fidèle au texte de la classe a eu général , nonobstant les quelques leçons qu'on y substituera peut-être eu se eorvant des manuacrîta divergents. On lira dans le v. 16 Biaws chiers oncles (0) 205 Et U 281 De ce (leçon du niac. A) 533 Quanque il 635 andui Canéeitui) 649 Dont nous estions tôt covert H 677 haster (au lieu de troter; lit du router) 803 voit qu'U H (au lieu de dist qui) 825 ou en la Joole B {tôt sam prologue) 947 tenu {teu) 957 ajorne {atorne) 1109 effacer qu' (qui ne se trouve pas dans A) 1259 issi (ici).
La branche VI a un caractère bien différent de celui des branches qui la précèdent. Son contenu ne se reti'ouvant pas dans le Glichezare, elle n'appartient à coup sûr pas à l'ancien fonds du roman. Elle se compose pour la plupart de répétitions et d'imitations: Renart cité devant le lion est accusé d'avoir fait tort à Ysengrin, à Brun, k Tibert, à Pinte, à la mésange, au corbeau, à Roonel. Ce sont donc les branches I. II. III. lY et X, que l'auteur de notre branche a eues soua les yeux; au v. 144 il fait encore allusion à la dixième en rappelant le service que Renart en sa qualité de médecin a rendu au roi Noble. Il faut cependant remarquer que l'accusation du loup porte, en partie du moins, sur des faits qui ne sont pas racontés dans nos branches ou qui n'y paraissent qu'avec des détails différents. Ainsi aux vv. 749 ss. Ysengrin raconte que Kenart en lui donnant uu morceau d'anguille l'a engagé à contrefaire le mort et à se laisser jeter sur la charette des marchands de poissons: en effet, une histoire pareille se trouve dans la branche XIY 540 ss., mais c'est Primaut, le frère d'Tsengrin, qui s'y laisse