VII. VIII
de nos branches. Ainsi, dans les vv. 122 ss. Renart prétend avoir été la cause du mariage d'Ysengrin avec Hersent qu'il appelle sa soeur , ce qui pourtant ne paraît être iju'une expression de tendresse. Dans leg vv. 125 ss. il avoue avoir amené Ysengrin au cloître et lui avoir fait sonner les cloches, après l'avoir attaché à la corde par les pattes de sorte qu'il ne pouvait fuir, lorsque la foule arriva et le battit: cette scène se retrouve ailleurs, dans le Reinaert flamand 1484 ss. Il raconte aux vv. 135 ss. qu'il a mené Ysengrin à la pêche sur l'étang gelé, ce qui s'accorde en effet avec la branche III', s.eulement dans celle-ci ce n'est pas un paysan qui arrive armé d'une massue pour tuer le loup, mais bien un vavassor qui l'attaque avec son épée. Ce qui suit dans les vv. 147—8, peut être comparé à la fin de notre brancbe XIY, sauf la différence qui consiste en ce que d'après cette branche ce n'est pas Ysengrin, mais son frère Primaut qui tombe dans le piège et qui y laisse une de ses pattes. Enfin, les vers 147 — 150, qui racontent que Renart attacha Iferseut à la queue d'une jument, font penser à ce qui se passe dans la branche IX 1656 S8., où cependant on lit que Hermeline s'attacha ellemême et contre l'avis de Renart à la queue de l'âne qui contrefaisait le mort (v. Rothe, Les romans du Renard p. 136). On ne saurait admettre que l'auteur de notre branche ait connu la branche XIV, qui est évidemment d'une date bien postérieure. Mais il est très remarquable qu'il donne au loup à la fois le nom de Prîmaut et d'Ysengrin. Tous les manuscrits d'une certaine autorité s'accordent sur ce double nom ; il est évident que ceux qui n'en connaissent qu'un seul, ont changé le texte à dessein pour écarter cette difficulté, et qu'ils se sont servis de différents moyens pour y parvenir. Au V. 327 , le seul qui prouve absolument l'identité des deux noms, les mss. HI évitent de se servir du nom d'Ysengrin, tandis que les mss. LNd y substituent celui de Primaut (ou de Pinart); cependant le mss. d n'a pas hésité à nommer Ysengrin aux vv. 353 et 360, 2. A moins de suivie les manuscrits qui ont altéré fréquemment le texte original , il faudra bien admettre que dans celui-ci le loup portait les deux dénominations et que plus tard seule-
IhyGOOglO
ment on réserva au loup principal le nom d'Tsengrin, en faisant entrer en scène un eecond loup sous le nom de Primaut. On trouve un exemple analogue à ce développement dans les traditions du Nord qui se rapportent à Sigurd. Là, le nom de Sigrdrifa, qui d'abord était un autre nom pour Brynbild, fut donné . plus tard à un personnage fictif qu'on fit paraître à côté de Brynhild. Que le nom de Primant fût bien connu au XII""° siècle et dans les siècles suivants, cela résulte de ce que l'on donnait le nom de Primas à un prétendu chef des écoliers vagabonds: v, J, Grimm Kleine Schriften 3, 41 et Bîidinger Sitzungsherichte der Wiener Akademie 1854 XIII p. 321; ce dernier rappelle encore le Primasso du Déoaméron de Boccace (I 7).
Le sujet de notre branche a été traité par le âlichezare (t. 552 ss.). Malheureusement, à cause d'une lacune que ne comble aucun des manuscrits conservés de ce poëme nous ne possédons que les onze vers qui ouvraient cette partie du poëme allemand. Nous remarquons cependant que les entretiens de Renart avec le paysan et !e prêtre y faisaient défaut, et que le Glichezare, fidèle à sa manière d'abréger le texte qu'il traduisait, commença tout d'abord par les discours de Benart et de l'âne.
L'Ysengrimm, de son côté, donne dans le livre IV un assez long récit du pèlerinage de Renart; mais les détails qui diffèrent beaucoup de notre branche, attestent suffisamment que les deux poètes ont travaillé indépendamment l'un de l'autre d'après la même tradition populaire. Quant aux autres versions qui traitent le même sujet, je renvoie le lecteur à l'édition de l'Ysengrimua de E. Yoigt p. LXXX,
J'en arrive aux leçons des différents manuscrits. Cette branche étant conservée dans te plus grand nombre des manuscrits, le lecteur me permettra d'entrer dans les détails. Je parlerai de toutes les divergences d'une certaine importance pour mettre sous les yeux des philologues tout le matériel qui leur permettra de juger de la valeur respective de tous les manuscrits pour cette branche.
Les manuscrits peuvent être divisés dans les groupes suivants: