‹ Le roman de RenartChapitre 14 sur 38 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Probablement que c'est cntiore une interpolation commune aux classes (! et y qui a introduit dans le texte d' ft quatre vers après 172. Ces 4 vers sont très bien faits, mais le texte de la classe a ne préseute pas de lacune.

La leçon fautive des mes. BCM, qui lisent torna au t. 173, s'explique mieux, s'il est permis de considérer la leçon de la cl. « comme celle de l'original. Au t. 330 BL, CM oSreut garde au Heu de lasne; cette dernière expression, qui est assez rare (v. la note de M. Tobler dans les Soman. Studien 3, 437), aura été inconnue au scribe de l'original de (ty.

Il faut remarquer que le msc. B a des leçons communes avec CM qui ne se trouvent pas dans les autres mss. de sa classe: V. 363. 368. 415. 416. 442.

Enfin CM olfrent des leçons particulières qui en partie du moins sont dues au dessein de corriger le texte. Ainsi aux vv. 290. 305 CM changent ta rime inexacte des autres mas. Au v. 446 ils lisent por Hersent, forme accusative; au T. 458 ci a oeuvre , . . gref.

On se demande si d'autres niss. encore ne dérivent pas de textes différents que le scribe aurait combinés dans sa copie. En effet il ne manque pas d'exceptions curieuses au système de filiation que je viens d'exposer. Ainsi au v. 136 ÂBHLb s'accordent les uns avec les autres en lisant karens, au v. 140 AFGd lisent tous garçon. Au v. 342 on trouve Seigneurs dans DEFG et dans bc, au v. 50 hc et / portent de larrecin. Mais on peut bien admettre que le hazard a fait choisir aux scribes des différentes classes la même locution qu'ils substituèrent au texte primitif. Yoici donc le système de filiation qui en général me paraît sûr:

58 g 2. LES BRAMCHBS.

Les lignes pointi liées se rapporteat aux oiaBuscrita écrits par des scribes qui ont combiné des texte» différeots.

Je termine en rassemblant les leçons que je préférerais maintenant à celles de mon texte. 37 L. pooilUer (y. G. Paris, Komania 3,120) 40 convenait 80 tu (au lieu de que) 152 roberies 176 Si a ceii une comiialgne 199 vanroit 336 convient 409 paine.

La branche IX se nomme elle-même une novete branche (v. 5): elle porte un caractère individuel qui la distingue de la plus grande partie du roman. L'auteur ne dit pas son" nom, mais il nous apprend qu'il est prêtre de la Crois en Brie (près de Nangis). C'est son premier ouvrage selon le V. 2109.

Quant à l'époque où la branche a été composée, il n'en donne qu'une indication vague. D'après le v. 820 c'est le comte Tiéhaut qui gouverne le pays : comme Méon l'a déjà observé (note au vol, 2 p. 242), c'est probablement le comte Thibaut de Champagne que le poëte veut désigner ici. 11 gouverna la Champagne de 1201 à 1253; mais je crois qu'après son avènement au trône de Navarre en 1234, le poëte n'aurait pu lui refuser le titre de roi. C'est donc avant 1234 que la branche a été faite.

Le poëte u eu sous les yeux les branches IL IIL IV: V. les allusions faites à ces branches qui se trouvent dans les vv. 498 as.

Le sujet de son poëme lui a été donné par le récit d'un conteur. La fable qui raconte qu'un paysan donna en plaisantant son boeuf à l'ours et qu'il ne fut dégagé de sa promesse que par l'intervention du renard, vient de la croyance qu'il ne faut pas nommer les bêtes fauves sous peine de les voir venir, croyance qui date de la plus haute antiquité. Cette même fable se trouve chez Pierre. Alfonse, où cependant ce n'est pas l'ours , mais bien le loup que Renart trompe en le faisant descendre dans le puits (v. la branche IV). Elle est bien répandue de nos jours encore: v. la

vni. IX. 59

tradition ËBthnique citée par J, Grimm R, F. CCLXXXVII, celle de la Transylvanie dans Haltrieh — Wolff, Zur Volhskunde der Siehenbûrger Sachsen p. 6tj, et celle de la Grèce dans Hahn, Griechiscke und albanesische Mcirchen 2 p. 106 n. 94.

La partie du conte qui traite de la rase employée par l'âne Thimer contre Renart et la femme est de même connue ailleurs: v. la fable latine chez Robert, Fables de Lafontaino 1 p. XCVI; elle se retrouve en latin et en allemand dans Steinhôwel Esop, Extravag. 7 (= Grimm R. F. p. 424); en allemand dans H. Sacbs, Lieder p. p. Goedeke n. 238, et dans U. Jabn, Voikssagm mis Ponimem und Bugen n. 559.

La tradition populaire se souvient mémo de la ruse employée par la femme de Liétart pour attraper Rcnart à qui elle remet dans un aac, non le coq et les poussins stipulés, mais un chien, qui le poursuit: v. Schimpff und Ernst Francf, 1565 fol. 15, le Froschmetiseler de Rollenhagen 1, 2, 19 — 22, Sehleicber, Littauische Marchen p. 8. Cette aventure est racontée dans les vers interpolés par après le v, 1938; elle y est rattachée à la branche par l'invention assez absurde que voici : Renart cache la charrue avec les boeufs dans un buisson, puis il donne des coups de bâton à Liétart qu'il trouve endormi. Dans cette interpolation lo nom de Blanehet est placé en rime (57) ; l'ancieu texte ne connaît que la forme Blanchart.

En s'inspirant de la tradition orale, le bon prêtre de la Croix a su donner à son sujet une forme assez agréable. Son poëme est loin des obscénités qui déparent tant d'autres branches. Il dépeint avec beaucoup de finesse le couple rustique, qui croit être plus rusé que Renart lui-même, il montre la supériorité de dame Brunmatin sur son mari. D'un autre côté, Hemieline est un exemple de l'imprudence et de l'obstination des femmes. L'intimité de Liétart et de son âne est d'une naïveté charmante. Toutefois le poëte n'a pas assez approfondi tous les points de son récit. On est étonné de voir (v, 1586) l'âne Thimer à côté du paysan, qui vient de mener ses boeufs aux champs, sans que le poëte ait songé à motiver la présence de Thimer. De plus, il' y a une

IbyGOOgIO

certaine difficulté chronologique en ce que le v. 285 parle d'ouan devant vendmges, tandis que le t. 683 montre qu^ la Pentecôte n^est pas encore passée, A ce manque de circonspection le poëte joint une prolixité extrême: v. p. e. les vv. 729/30 et 799. 800, qui répètent presque les mêmes mots. Une foule de locutions proverbiales font ressortir davantage les qualités populaires du style du prêtre de S. Croix.

Une de ces locutions populaires a été la source d'une erreur qui s'est propagée depuis longtemps: v. Jonckbloet Etude p. 15. Dans les vt. 560/1 Si ai maint bon conseil doné: Par mon droit non ai non Benart, J. Grimm a cru retrouver un souvenir du sens qui, de son avis, appartenait originairement au nom de Eeinhart =■ en latin consUio fortis cp. le gothique ragineis conseillier' et haràus fort'. On sait aujourd'hui que dans le nom de Reinhart, qui en anglosaxon est un adjectif regnheard, le mot regin- a plutôt le sens de divinité', de sorte que le sens du mot composé est fort par la volonté divine'. 11 n'est pas moins sûr que, au IX *°"' siècle déjà, le nom fut mal interprété par l'abbé Smaragdus, qui en le traduisant pensa au mot allemand rein pur*. D'ailleurs le passage de notre branche doit être compris tout autrement: j'ai non veut dire je m'appelle, je suis vraiment'. En ce sens on retrouve la locution dans la branche VI 251 J'ai non Bmars, X 1462 Et si a non dame Ermdine, XV 233 AndouUk a non, XVIII 78 Apenrai vos a cest baston Comment prestre Martin a non, c'est-à-dire ce que vaut, ce que peut faire prêtre Martin'.

Ce qui confirme la date postérieure que je viens d'assigner à la branche IX, c'est que le texte conservé par les différentes classes des manuscrits n'ofire guère de divergences. A côté du msc. A, qui ici encore est suivi fidèlement par les mss. DEFGN, c'est le msc. H, qui fournit le meilleur te;xte. Ce manuscrit est même te seul , qui porte la bonne leçon aux w. 31. 80. 162. 311. 460. 863. 1379. 1381. 1819. Les msa. CM sont copiés aur un manuscrit qui s'approchait beaucoup du texte H; mais ces manuscrits s'en' éloignent en changeant à dessein le texte original.

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