‹ Le roman de RenartChapitre 16 sur 38 · X. XI · texte numérisé non relu

X. XI

vers après 1422, les 2 vers après 1470, les 6 vers après 1488, les 4 vers après 1500, les 14 vers après 1502, les vers après 1513.

L'accord qui, dans ces vers, se trouve entre le msc. « et les classes ^y, pourrait faire croire que la classe a s'était bien plus éloignée de l'original que je ne l'ai admis. Mais il ne manque pas de leçons qui ne se trouvent que dans le msc. e et dans les mss. de la classe «: 1333 dormait, 1420 mesaje, 1421 Ctt, 1442 Maante. Yqyez encore les variantes des vv. 1450. 1475. 1478. 1494.

Comme corrections nécessaires à mon texte, je ne saurais indiquer que celles qui suivent: 556 rfe/ors (au lieu de dedms) 815. 816 descendi. Et cil a ses pies H chaî (cf. la leçon du msc. L),

La branche XI forme toute une série d'aventures d'un caractère trèa-dilférent. On pourrait les distinguer de la manière suivante: 1) 1 — 44 Benart quitte sa femme enceinte ponr aller chercher de la proie; 2) — 256 il rencontre Ysengrin, qu'il accompagne dans sa fuite devant les paysans; ils parviennent à se sauver; Ysengriii s'endort, Kenart le lie à un arbre, de sorte qu'il peut à peine se défendre contre un paysan, qui le roue de coups; le paysan parti, Renart détache Ysengrin, qui lui témoigne une reconnaissance sans bornes; 3) —331 Renart essaie en vain de se procurer les fruits d'un mûrier à coups de pierres;

4) — 546 il trouve Roonel, qu'un paysan a presque tué; il le suspend à un arbre; le lion arrive et fait guérir le mÂtîn;

5) — 617 Renart monte à un nid de milans, dévore les petits et se défend victorieusement, mais avec peine contre les milans qui reviennent au nid; 6) — 729 un écuyer le trouve meurtri de blessures et veut le faire emporter chez lui pour Vécoicher, mais il parvient à se sauver; 7) —760 il se guérit lui - même en se servant de plantes médicales ; 8) — 1379 il se fait jeter des cerises par Droïn le moineau; il promet de guérir ses petits, que cependant il dévore; Droïn va cliereher le chien Iforout , auquel II procure

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de la viande et du via, et; so fait venger par lui sur Renart;; 9) —1522 Ysengrin trouve Renart, qu'il fait guérir. 10) —1593 Reuart se procure un cheval et un faucon et fait la chasse aux canards sauvages; 11) —1640 il rencontre Tardif le limaçon qu'il tue après un combat chevaleresque; 12) —3402 appelé à la cour, il fait donner l'ordre de la ohevalerie à ses fils, qui lui ont appris la nouvelle de la mort d'Hermeline; il est nommé lieutenant du roi, qui part pour délivrer son royaume d'une invasion d'animaux venus des contrées païennes; pendant l'absence du roi il se fait apporter de fausses nouvelles sur la mort de son maître et épouse la reine; il lutte contre le roi qui est de retour et ne succombe qu'après bien des combats. Le roi lui pardonne tout à cause du service qu'il lui avait rendu en le guérissant de sa maladie. Cette longue série d'aventures se divise cependant en deux groupes, dont le premier va jusqu'au v. 1522. Jusque là nous voyons jouer à Renart le rôle qui convient à l'animal de son nom , quoique le poëte lui prête des facultés extraordinaires en le faisant grimper aux arbres, jeter des pierres etc. Mais à partir de la dixième aventure, Renart n'est plus qu'un homme, qu'un chevalier, tout comme les autres noms, qui dans le vrai roman de R«nart sont donnés aux bêtes, et qui désignent ici des personnages tout-à-fait humains et chevale-

Tout ce qui est raconté dans cette seconde partie de la branche est étranger et même opposé au reste du roman: Ysengrin est l'ami le plus fidèle de Renart, qui vainc plusieurs fois le lion et qui par une ruse absurde parvient à se faire substituer à lui.

Cependant la première moitié de la branche offre déjà bon nombre de faits dont on a peine à comprendre la raison. Comment se fait-il que Roonel, sauvé de la moit par le roi, ne paraisse pas le reconnaître (v. 452)P Le roi du moins le connaît très-bien et le nomme son baron (v. 473). Que le roi qui avait menacé de faire pendre Renart aussitôt qu'il le trouverait, ne s'en souvînt pas plus tard, cela pourrait faire croire que l'auteur avait composé la branche en rassemblant différents récits qui existaient déjà. Sfais

Kl. 67

le style traînant Gt prolixe de la branche est partout le mêine: l'abaence de locutione proverbiales lui prête un cachet bien différent des autres branches.

Ânssi la première partie paraît-elle être inventée presqu'eo entier par l'auteur de la branche lui-même. J'en excepte naturellement l'aventure 8, le récit de Droïn le moineau, qui est digne d'être cité à côté des meilleures branchée et qu'on retrouve ailleurs dans les traditions populaires: v. Orimm, Kinder- und Hanamâreken 3. p. 100, no. 58; et cp. encore le conte russe cité par Gubernatis, Die Thiere in der indogermanischen Mythdogie 544 (Afanasieff 3, 20) et Haltrich- Wolff, Volksmârchen der Siebenbûrger Sachsen p. 55. 57 no, 18 et 21 . De même l'aventure 3, celle de Kenart et du mûrier, quoique inférieure, a cependant un fonda très-ancien: elle csl tirée de la fable ésopique versifiée par Phèdre (liv. iV, fab. 3), Quant aux versions du moyen-âge, qui en partie parlent d'un cerisier au lieu des raisins de Phèdre , v. Du Méril, Poésies inédites du M. A. p. 141 et le poëme provençal cité par Birch-Hirschfeld, Epische Stoffe . . bel den Troubadours p. 81,

La branche XI offre quelques allusions aux branches qui la précèdent. C'est notamment la branche X, k laquelle se rapportent les vv. 853 ss. 3345 ss. ; quoique les indications données sur les voyages de Renart en campagne pour trouver le remède, dont il a besoin pour guérir le roi, ne s'accordent ni entre elles-mêmes ni avec celles de la branche X. L'auteur de notre branche a emprunté à la IX *°" le nom de Thimer l'âne, qu'il place à côté de Bernart l'archiprêtre. Des vv. 445/6 de la branche VJ II on rapprochera les vv, 159. 160 de notre branche. Le nom de Rohart le frère Tecelin (1807) rappelle Rohart le père de Tiécelin (11 921). La rime Ckantecler : baceler 1 351/2 se retrouve dans XI 2044. Mais la plus grande ressemblance est celle qui existe entre notre branche et la branche I*. En tuant Tardif (XI 1595 ss.) Renart paraît se venger pour la part que celui-là avait prise par lui à son arrestation (I* 1809 ss,). Enfin les amours de Renart et de dame Fiere la lionne ne font que continuer les relations qui commencent aux vv, 1438 ss, de la branche I et qui sont décrites si longuement dans la branche I',

L'auteur de la branche XI paraît avoir eu l'intention de mettre en quelque sorte fin à l'histoire de Benart. Il n'y a que cela qui puisse nous faire comprendre pourquoi il a fait mourir un si grand nombre de ses héros: Tardif (163T), Hermeline (1716), Chantecler (2184), Espinart (2210), Tybert (2860), Roonel (2889), Brichemer (2912), Bruiant (3140), Malebranche (3184), Beliu (3216), Ferrant (3219). Dans les anciennes branches, on s'était bien gardé de raconter la mort des animaux mis en scène, puisque ces héros de la fable, dont les noms propres ne cachaient que très-imparfaitement les types des différentes espèces, devaient être immortels comme elles.

Outre les branches qui précèdent la XI*"", il y a encore d'autres sources, où l'auteur a puisé pour amplifier et décorer son récit. Il est évident qu'il imite ou plutôt qu'il parodie l'épopée héroïque. C'est de ce fonds qu'il a tiré quantité d'expressions: le missoudor, le deatrer de Castele, les destriers Arrabis, le branc letré, Vensegne blance, les brans forais, les brans sarrazinois. On peut même dire que la bataille de Noble contre les bêtes venues des pays du Sud, les dromadaires, les serpents, les scorpions ne fait que répéter la bataille d'Âliscans du roman de Ouillaume au court nez.

Tout ce conte de la seconde partie de la branche parait tellement dénué de tout intérêt particulier qu'on est tenté de chercher des faits historiques représentés aous un déguisement, Jonckbloet (Etude p. 3Î0) a pensé à un -événement qui se passa en Syrie eu 1189. Après la mort de Sibylle, reine de Jérusalem, le droit héréditaire devait passer à Elisabeth sa soeur, mariée à Hunfroi de Thoron, Elisabeth étant à Tyr, Conrad, marquis de Montferrat, profita de cette circonstance pour l'enlever à son mari, l'épouser et prendre lui-même le titre de roi de Jérusalem', Mais Hunfroi n'a jamais été roi de Jérusalem ; pour une certaine somme d'argent, il laissa sa femme à Conrad: ce ne serait donc qu'un trait unique, peu important du reste et qui s'explique aisément par les autres parties du roman, auquel se bornerait la ressemblance de l'histoire et de notre poëme. Une autre

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auppoBidon me paraît plus probable. Notre poète a peutêtre voulu flétrir la conduite infÂme de Jean Sans-Terre pendant l'absence de son frère Richard Coeur-de-Lîon : Jean s'empara en 1193 du royaume de son frère, après avoir répandu la fausse nouvelle de sa mort; puis il implora et obtint le pardon de Richard: v. Pauli, Geschichte von Eng' land 3, 253. Malheureusement il nous manque des indications plus précises qui pussent résoudre la question. Il n'y a qne le nom de Choisi C^. 1608), employé du reste dans un sens vague: nons ne savons pas même, lequel des quatre bourgs de ce nom, qui appartiennent aux départements de l'Oise, de la Seine, de Seine-et-Oise , est celui, dont le poète vent parler à l'endroit cité.

La divergence des manuscrits n'est pas grande pour la branche XI. Le msc. E, qui a généralement le texte du msc. A, a subi quelques interpolations: v. après les vv. 1806, 1812. 1846. 1852. D'un autre côté c'est le msc L, qui a augmenté le plus le nombre des vers: v. les notes des vv. 3250. 3254. 3256 etc. Un certain nombre des vers intercala dans L se retrouve dans les msa. BCHM, et l'affinité réciproque de ces manuscrits se trahit de même par les variantes que tous ces mss. opposent aux leçons de la classe a. Aux mas. BCHLM il faut encore joindre le fragment h, qui offre cependant des leçons toutes particulières aux vv. 899/900. 953/4. Le msc. H se distingue des autres manuscrits de ce groupe par le fréquent maintien des leçons de îa classe «, qui comprend les mss. ADEFGN. Ainsi on ne trouve pas dans H les vers interpolés par le texte des mss. BCLM après les vv. 791/2; v, encore les notes des vv. 30 (oii H lit avec A ormdroif). 378 {ou col le tnist). 390 (ni ewsf b.). 473. 602. 814. 944. 1182 etc. Au v. 2239 H porte comme la classe a : Trestous ensemble estre lor voel, ce qui rime parfaitement avec chamoU (2240); B donne la leçon corrompue entre lor mains, L mire II. vax; par conséquent au v, 2240 B change la rime en écrivant ckamains, ce qui me parait être une forme inadmissible; L y substitue le mot cheuax ; C et M ont intercalé un vers tout

70 g 3. LES BRANCHES.

nouveau Es nés entrent drecent lor voile,, en y faisant répondre la forme également fausse; chamoUle.

Je ne citerai plus qu'une seule preuve de l'affînité du mac. H avec la claBse a, et de la eupériorité de ses leçons. Le chien qui venge Droïn sur Renart, porte le nom de Morhout: cette forme du nom est prouvée par la rime des vv. 1007 ( : Herbmt) et 1212 ( : vout). Donc, dans ces deux vers, la bonne forme est conservée par if; dans tous les autres eadroits elle est remplacée par la forme Morant ou Morans. Les mas. BC n'ont la forme Morot ou Moroat qu'au t. 1212; ils ont changé la rime des vv. 1007/8 en écrivant Morins ou Moris: tôt dis; cette forme Morins est employée partout par les mss. SL, tandis que le msc. C se sert encore de la forme Morant. Dans ces circonstances le parti le plus prudent est sans doute celui que le scribe du msc. M a pris en écrivant seulement .mo.; que le lecteur lui-même choisisse la forme qui lui conviendra le mieux !

Outre le msc. H, i\ y a encore L qui s'approche quelquefois des leçons de la classe «, Même le msc, B s'éloigne parfois des autres manuscrits de sa classe en conservant la leçon de la classe a: y. p. e. le v. 1460,

J'ai 'dû insister sur ces faits, parce qu'ils recommandent un jugement très-réservé sur une question qui de prime-abord semblerait porter préjudice à l'autorité de la classe a. Dans la branche XI, mais encore ailleurs, la classe a a beaucoup de rimes qui négligent la loi grammaticale de l'ancien français sur la distinction des cas, tandis que les classes (i et y offrent des variantes qui s'accordent avec les règles de la grammaire. On sera disposé à prétendre que ces dernières leçons sont celles de l'original et que, les scribes ne connaissant plus la règle, ia classe a a changé le texte. Mais est-ce qu'il serait vraiment défendu de porter un jugement opposé et de croire que, l'original ayant négligé la règle, les scribes se seraient efforcés de l'appliquer au texte? Cette supposition ne paraîtra peut-être pas trop extravagante, si l'on compare le soin exquis qui préside à l'orthographe des manuscrits de la fin du XIII*"' et du commencement du XIV *°" siècle,

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avec les licences de beaucoup de ceux qui datent d'un peu plus loin. Cependant, comme cette queBtion ne saurait être tranchée en 9e bornant aux manuecrits d'un seul poëme, je la laisse k des juges plus compétents.

Je ne veux appeler l'attention que sur deux points. D'abord les leçons qui observent la règle, ont eouvent quelque chose d'arti&ciel qui trahit la main du correcteur. Ainsi les vv. 2397 ss. tels qu'ils se trouvent dans la classe a, n'offrent aucun inconvénient, si ce n'est la forme repairie au second vers, qui devrait être repairies; au contraire, la leçon de BCKM (L manque ici) évite cette forme en écrivant; Li^ et dolant sont U baron: Por ce c'ont perdu le lion Sont dolant et lie d'autre part; mais en substituant au mot roi le mot lion, ces manuscrits se servent d'une expression qui, dans cette moitié de la branche, ne se trouve nulle part sans être précédée du nom Nobles. Les vers 1673/4 se lisent dans BCLM comme il suit : R. a brisie le seel Puis {Et puis B) M les lettres (la lettre B) a cisel (bien et bel LJ: ce qui me parait dénué de sens. Au vers 1688 les mss. BCHM écrivent Bon ior aiez hui atome, évidemment pour corriger la rime avec le mot salue, qui termine le vers précédent; mais ils corrompent par là la phrase ordinaire qui se trouve dans le msc. A: Bon Jor vos soit hui ajorne (cp. XII 40). Le msc. L a ici le texte de la classe a: voici donc un exemple de la divergence des manuscrits qui s'éloignent du texte a. Cette divergence est le second argument qui prouve l'originalité des leçons du texte a, dans lesquelles la règle grammaticale n'est pas observée. Ainsi les vv. 27/8 ont été changés de deux manières différentes dans BL et CHM; la leçon de BL n'a pas de sens, celle de CSMe&t irréprochable: mais pourquoi les classes a et ^ l'aurai en t-elles altérée, sî elle avait appartenu à l'original? Au v. 243, les mss. BH écrivent en autres leus, afin d'égaliser la rime sur li lerts. Au v. 200 le msc. H est le seul qui porte des kars (: Benars): cette leçon corrige la rime, mais on dit toujours la hart au singulier. Je n'ai pas l'intention de discuter toutes ces divergences. ' J'avoue volontiers que bien souvent la

' La mSme tendance d'égaliser la rime en restituant les fornieB

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72 g 2. LEB BRjLNCHES.

leçon des classes ^ et y, qui normalisent les formes grammaticales, est aussi bonne que celle du texte a; mais il faut bien éclaircir les points douteux en s'appuyant sur ceux qui paraissent être sûrs. Enfin j'espère qu'on ne m'opposera pas les exemples dans lesquels les classes |i et / ont répété sans les corriger les fautes du texte a: il ne faut pas s'attendre à trouver chez les scribes du moyen-âge plus de conséquence que chez les éditeurs modernes.

Je termine ces observations sur la branche XI en éaumérant les levons que je préfère maintenant à celles de mon texte: 82 Mats n'est gatres avant aie 690 eatreint 1009 au lieu de qu'il voit, leçon qui ne paraît être qu'une conjecture de Uéon, lire avec tous les manuscrite: qui est.

L'auteur de la branche XII se nomme au v. 1476 Richart de lÀaon ; il dit qu'il est Normand et mestree, c'eat-à-dire , qu'il a fait des études ecclésiastiques. Il dédie son poème à son connétable (1478), que l'abbé De la Bue, Jongleurs et trouvères normands et anglonormands 2, 375, a identifié avec Richard du Hommet, second de ce nom, connétable héréditaire de Normandie et baron de Stamford, mort en 1204. En effet, de nombreuses allusions nous permettent de fixer l'origine de la branche en Normandie et d'admettre comme date les environs de l'année 1200.

Dans l'arrondissement de Bayeux, vers l'ouest de cette ville, citée au v. 471, on trouve les lieux suivants, l'un tont près de l'autre: Lison, le Mollay (v. lf)% Moloi), le Breuil (257. 1443), S. Martin de Blagny {Blaagm 251. 263. 788, Blaaignie 359. 559, 655; comme cette dernière forme est la seule qui soit rimée, j'aurais dû suivre les manuscrits qui la mettent partout), la Folie (837), la forêt de Veneroi (14, ou Vernoi 159, ce qui vaut mieux; c'est la foresta de Verneio, qui d'après la carte insérée dans les Documents hist. p. p. la Soc. des ant. de Normandie I, était située au Sud-Ouest de Bayeux, sur la rive droite du Drôme).

correctes et en négligeant le sens perce dans lea variantes des antreB branobeB; v. oe que je dirai but la Xil^"* et op. I 1810, oA LO lisent lea eottfanona.

XL xn. 73

Parmi lee lieux plus éloigaés, le poète ne nomme que Rouen (913. 1440); il parle de la foire de Dol en Bretagne (566) et de l'abbaye de Clairvaus (510).

Quant aux personnages cités par Richard, nous y trouvoDs Gautier de Goutanoes, archevêque de Rouen (1185 — 1207), Guillaume Bacon, seigneur du Molay, qui vivait à ta même époque et qu'on rencontre dans le Magnus Rotvius Scaccarii Éormannici des années 1184 et 1185 (Doc. bist: 1. I. I p. 34. 40).

On ne saurait douter que les autres personnages mentionnés dans la branche n'aient existé: Dant Davi (836), HuùH l'abe (31. 38. 99) et Huùti le doien au convent de la con/rarie (974. 1439).

Tous ces noms appartiennent à un milieu tel qu'il se trouvait aux cours du haut clergé : c'est là aussi que l'on goûtait ces plaisanteries à l'adresse des prêtres, plus grands amateurs de la chasse que des livres, ces parodies de la messe et des débats scolaires, dont la branche se compose. Elle est pour ainsi dire l'écho d'une /este as fox (469): Renart et Tibert ee comportent en vrais écoliers échappés à la discipline.

Richard prétend avoir translate sa novele estoire (v. 1 sa.), ce qui Ferait supposer un original latin. Mais les jeux de mots, qui s'y trouvent à plusieurs reprises, sont évidemment dûs au poëte normand, de sorte qu'il n'aurait emprunté à son original que l'ordre des faits. Quoi qu'il en soit, la branche se divise apparemment en deux parties, dont la première (Tibert et le prêtre, vv. 1 — 475) imite assez fidèlement la branche XY, tandis que la seconde est tirée d'un épisode mentionné dans la branche TIII 130. celui d'Ysengrin désirant entrer au cloître et que Renart attacha à la corde des cloches et fit battre par les paysans.

La branche so distingue de toutes les autres par son appareil savant, par les mots et les phrases latines mêlées au dialogue, qui occupe presque plus de place que la narration et qui est partout d'une vivacité surprenante. Il faut cependant avouer que ce dialogue ■ roule presque toujours sur des sujets insignifiantsj quelquefois sur les questions

74 § 2. LES BRASCHE8.

de grammaire ou de dialectique: les vv,' 720 88. renferment: un calembourg qui s'explique par l'homophonie de la conjoncdou et et du verbe est. Le caractère savant du style se trahit encore par la rareté des locutions proverbiales. Le proverbe cité au v. 770 itel gre a gm chien nage fait alluaion à une fable publiée par Hervieux 2 p. 627. En latin, on dit puppe cants latus pro munere solvU hiatus le chien paie le trajet en ouvrant la gueule'. On rencontre encore le proverbe français dans TÉvangile aux Femmes (Zeitschr. f. rom. PhUoL 8, 27. 35 do. VIII).

La langue elle-même dont l'auteur de la branche s'est servi, présente des mots et des formes qu'on chercherait en vain dans les autres branches. Mais je n'entre pas dans cette question , parce que je crains de ne fournir que des indica* tiens incomplètes.

On comprend facilement qu'une branche d'une date si récente et d'un caractère si particulier n'a pas fait partie de la collection qui passa dans toutes les familles de manuscrits. Les manuscrits de la classe a (ADEFGO) en offrent un texte à peu près identique, et les mss. de la classe ji (,SL) eu présentent un autre; les mss. HIN occupent une place intermédiaire entre les deux classes précédentes. Presque tous les manuscrits ont ajouté quelques vers au texte du msc, A; les interpolations de B ont été répétées et augmentées dans L. Les vers 43/4 tels qu'on les lit dans ces deux manuscrits, montrent la manière dont le texte a été altéré, d'abord par l'inadvertance des scribes, ensuite par le désir de dissimuler lea fautes déjà commises. Les mss. H et N s'efforcent de corriger les rimes qui négligent de différencier le nominatif de l'accusatif: v. les variantes des vv. 26. 282. 530. 540. 937. 1090. 1292. 1350. Au V. 865 les scribes des mas. BHN ne craignent pas de corrompre le texte biblique pour rendre la rime plus exacte en écrivant L'antiene dei {et lou B) magnificag: l'Évangile de 8. Luc 1, 46 porte: magnificat anima mea dominum.

Voici comment on corrigera le texte de mon édition:

486 Mil (au lieu de Trois; le caractère cia avait été pris pour III) 1025 teneit (osteit).

La braoche XIII raconte une estoire, qui, de l'aviB du, poëte, fait durement a protsier: à vrai dire, elle est aussi longue qu'ennuyeuse. Elle comprend deux récits, dont l'un présente un caractère très différent du reste du roman, tandis que l'autre se compose d'une série d'imitations peu réussies.

La première partie, qui va jusqu'au v. 846, appartient à ce genre de contes merveilleus qu'on appelle en allemand Jagdgeschichten ou JSgerlatein, et que les aventures du baron de MUnchhausen ont rendu familier à tout le monde. Un renard chassé par un chevalier se réfugie dans le château de celui-ci, oiî il se soustrait aux recherches les plus assidues en se suspendant lui-même à côté de quelques autres renards qu'on avait pendus au mur pour faire sécher leurs peaux. Le récit de ce témoignage étonnant de l'astuce de l'animal est fort amplifié par une longue description de la vie du chevalier chasseur, autour duquel se groupe toute une famille, sa femme, son père et ses frères, et de plus une suite nombreuse , y compris le nain qui joue le rôle de bouffon. Le poëte s'étend sur une chasse au cerf et au sanglier, avec des détails qui ne sont pas sans intérêt.

La seconde partie de la branche raconte que le renard débusqué se sauve dans une prairie, où il s'endort sur un tas de foin après avoir leurré une corneille en feignant d'être mort (847—895). Le lendemain il se trouve entouré p?r une inondation. Tout ceci est tiré de la branche Yll. Renart parvient à s'emparer du bateau du paysan qui arrive et à échapper en maniant le gouvernail (—1005). Quel contraste que cette scène, où Renart agit en homme, avec toute la première partie de la branche , qui ne lui attribue que des actions qui conviennent à l'animal! Du reste cette aventure de Renart rappelle beaucoup les tours que Renart joue au vilain de la branche XYI. Ayant aperçu sur le rivage Ysengrin et Hersent, Renart va vite changer de couleur en se frottant d'une herbe qu'il porte dans son aumônière: il devient noir comme dans la branche

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76 g 2. LES BEANCHE8.

I' il était devenu jaune. Il propose au loup et à son épouae de les transporter sur l'autre rive, mais il s'arrange àe façon qu'Ysengrin , eu sortant du bateau, tombe dans un piège, d'où il ne e'éehappe qu'en y laissant un pied (ep. la fin de la brauche XIY); Heraent embrasse son ami qui s'est fait reconnsitre ( — 1089). Renart vend le bateau k un paysan contre trois chapons (—1139). Le lendemain il rencontre Roonel : dans une scène imitée de la branche I '', il se nomme Chuflet. ce qui veut dire; celui qui siffle, qui persiffle les gGDS (t. le Dictionnaire de Godefroy s, v. chuter). Koonel tombe encore dans un piège ; maltraité par les paysans , il va se plaindre au lion (—1334). Eenart rencontre Rossel réoureuil : entré avec celui-ci dans le poulaillier d'un ermitage, il est découvert par le moine, qui le traîne par son étole qu'il lui a jetée au cou. Peut-être ce trait a-t-il été inspiré par une légende : du moins on racontait que 9. Loup, évêque de Bayeux , avait lié un loup avec son étole (Du Méril, Poés. inéd. p. 112). Renart parvient à se sauver; mais resté plusieurs jours sans nourriture, il essaie de dévorer KoBsel , son cousin germain: attentat dont celui-ci l'accuse devant le roi (—1599). Le lion envoie Tîbert à Renart, qui le trompe de la même manière comme dans la branche I ( — 1781). Nouveau message de Belin, qui revient après avoir subi un traitement semblable (1883). Enfin Bernart, Brun et Baucent réussissent à amener Renart devant le roi (—1970). En vain Renart easaie-t-il de se disculper (—2035). Roonel demande le combat judiciaire , qui termine au désavantage de Renart, comme dans la branche YI (—2276). On le met dans un sac et le jette dans la rivière. Sauvé par Grimbert , à qui il s'est fait reconnaître , Renart retourne clandestinement h Maupertuis ( — 2366).

Ce long conte de Renart le noir (1710. 2364) est, jusqu'aux détails qui se répètent, d'une monotonie extrême: les animaux qui rencontrent Renart, le trouvent presque toujours couché sous un arbre (1352. 1802. 1934). Le poète se sei-t, pour faire rimer les vers, de phrases répétées sans raison, comme sans atarger (63, 1285 etc.) ou de rimes riches telles que saillirent : saillirent 421, ateint : ateint 449.

xin. 77

Les formes coiV et cheîr, à la rime 1583. 1T75. 2236, trahissent l'origine picarde de l'auteur. Aussi fait-il dire à Chuflet: je fui nez a Amiens. H parle de la foire de Smlia 266 , des saints adorés à Liège 2005 , des vins d'Anjou, de la Rochelle et de Poitou 165, des vins d'Âuicerre et d'Orléans 803.

Il y a deux textes aasez différents de la branche, dont l'un se trouve dans les mss. ADEFGN, l'autre dans H et sous une forme raccourcie dans /.

Le texte du rase, if est, à cause de ses nombreuses interpolations, beaucoup plus long que celui de la classe a.. Au lieu des vv. 162— ITO on y trouve tout un épisode qui ajoute un nouveau trait de l'astuce merveilleuse de Eenart: celui-ci vole une perdrix sur la table du chevalier (v. aussi la variante du v. 228). Le vers ajouté après le v, 888 répète le v. 1007 de la branche IL Après le V. 894 l'interp dateur a inséré le récit d'un songe que Renart a eu pendant qu'il dormait sur le taa de foin. Les vv. 1171,4 sont remplacés par d'antres, dans lesquels Roonel déclare être natif de Tournay. D'après les vv. 1490, 1. 2 Renart aurait emporté l'étole du moine, ce qui est imité de la branche XIV. Les vers interpolés après le v. 1698 contiennent une description de la cour du roi Noble, qui malgré sa longueur, ne nous apprend rien de nouveau. On y répète les méfaits de Renart sur Tybert et Bi-un (v. la branche I). Le v. 1812, 2 rappelle le v. I 978. Tout ceci manque dans la classe a, sans qu'on s'en aperçoive. Le mso, H offre encore des leçons inférieures à celles de l'autre classe, p. e. au v. 525, où on lit dans H que le chevalier a déjà perdu dis chiens à ta chasse au sanglier; le vrai nombre est celui de la classe a, qui ne parle que de quatre chiens. La forme du nom Ckufet, qui se trouve dans le msc. H, est moins bonne que Chufflet.

Le texte du msc. J atteste qu'il a existé au moins un manuscrit occupant une place intermédiaire entre celui de la classe a et celui du msc. H. Dana H^ il y a des fautes qui peuvent être corrigées à l'aide du mac, 7: p, e. les vv, 1669, 3. 1675. Le msc. / a souvent des leçons qui se rapprochent

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du texte n: p. e. au t. 1421, où il lit repairies au lieu de retornes qui se trouve dans H: cp. encore les variantes des vv. 1327. 1329. 1333. 1335. 1350 etc. Maie le scribe du mec. / a abrégé presque partout le texte d'une façon qui ne permet presque jaiuais d'eu faire usage pour reconstruire l'original.

Je reviens aux corrections de mon texte. Faut-il remplacer au V. 450 par estraint la leçon ateint , qui cependant est celle de tous les manuscrits? 638 Peut-être vaut il mieux lire Au chevalier ptenent cUnant 888 C'est à tort que j'ai ajouté le premier ne: il faudra lire avec le mac. E Ungues tant ne quant 1917 M, Kressner a raison de restituer la leçon du msc. A.

La branche XIV comprend, comme la précédente, deux parties bien distinctes: une nouvelle rencontre de Renart et de Tybert (vv. 1 — 198} et les aventures de Benart et de Primant, frère d'Ysengrin {221. 690. 890).

Dans la première partie, comme dans la branche II 668 — 842, les deux compagnons concluent une amitié, qui toutefois n'est pas bien sincère. Ils entrent chez le paysan Goubaut (172) pour y humer un pot de lait; mais Tybert, après avoir bu son saoul, renverse le pot, après quoi Renart laisse tomber le convercle de la huche, où était le pot, de sorte que la queue de Tybert est coupée. Tybert prend sa revanche en faisant parler Renart qui a volé un coq; celui-ci s'échappe encore une fois de sa gueule, le paysan s'éveille et lance les chiens après Henart qui se sauve fort maltraité.

La seconde partie est plus variée. 1)199^538: li«nart, ayant trouvé des hosties qu'un prêtre a perdues en chemin, s'en sert pour attirer Primant à l'église, ils y trouvent du vin dont Primant s'enivre, de sorte qu'il veut chanter la messe. Benart le tonsure, et après l'avoir revêtu des habits du prêtre, il l'engage à sonner les cloches, qui attirent la foule à l'église. Benart s'en fuit et bouche le trou par où ils sont entrés. Frimant est roué de coups, mais enfin il réussit à se sauver par une fenêtre. 2) — 656: Primant revient

à Benai-t; et Toit un hareng qu'il tient à la main. Celui-ci lui conseille de se coucher sur la route des charretiers, dout les charrettes sont chargées de poissons et de contrefaire le mort afin d'être jeté sur l'une des Toitures. La tentative de Primaut ne réussit pas: les charretiers l'attaquent de leurs épées, mais le loup se sauve encore à temps. 3) — 851 : Renart l'introduit chez un paysau où il trouve des jambons. II s'en remplit tellement qu'il ne peut sortir par le trou par où il est entré. En vain Renart le tire-t-il par une corde qu'il lui a attachée au cou. Le paysan s'éveille et allume uue chandelle : en ce moment Primant le saisit par les dents et ne le lâche qu'au moment où l'on ouvre la porte. 4) — 1088: Renart lui montre une troupe d'oies, eu l'assurant qu'il n'y a pas de chien de garde. Afais il y en a deux qui se précipitent sur te loup. Il revient vers Renart qu'il punit de son mensonge jusqu'à ce que, effrayé par les menaces de Renart, il s'en repent et offre de lui prêter un nouveau serment d'amitié. Renart promet de le conduire dans un Heu sacré, pour y jurer son serment, mais il le fait tomber dans un piège d'où il u'écbappe qu'après y avoir laissé une patte.

La première de ces aventures est mentionnée déjà dans la branche YI 704, mais avec des détails va peu différents. Dans notre branche , la scène du festin de Primaut est très-bien tournée; l'auteur se sert au v. 332 d'expressions répandues en France sur l'exemple des Anglais , qui de tout temps ont été grands buveurs. Le poëte avait déjà fait preuve d'une certaine connaissance des langues germaniques au v. 32, La deuxième aventure n'est qu'une variante de la branche III, qui répond aux allusions des branches I (1050) et V (745); de même le sujet de la troisième aventure est mentionné dans la branche I 1061: seulement dans ces branches ce n'est pas Primant, mais bien Ysengfin lui-même qui reçoit les coups des charretiers et des paysans. La fin de la quatrième aventure peut être comparée à une partie de l' Ysengrimus, à la fin du livre VI de l'édition de M. Voigt.

Ainsi la branche XIV traite, en partie du moins, des sujets qui appartenaient à l'ancienne tradition , mais qui

n'araient pas été racootéa dans les branches réunies dans notre oollection. Le poëte de la branche XIY s'étattt pro* bablement aperçu de cette omission avait tâché de complet or la collection par son récit. Toutefois son style diffère assez de celui des meilleures branches. A part la description de l'ivresse de Primant, le récit est sec et bref, dénué de détails intéressants.

Toutefois, il me faut avouer que le jugement porté sur le style de la branche, telle que je l'ai publiée d'après les manuscrits de la classe «, ne saurait être le même pour le texte qui se trouve dans les maa. CHIM. Ce texte est beaucoup plus long et il entre bien plus dans les détails. Il y a quelques différences entre le texte du mac. H, qui a été comme d'ordinaire raccourci dans /, et celui des mss. CM: celui àe H se rapproche en général plus du texte de la classe a. Mais ces -différences sont beaucoup moins fortes que cellea qui distinguent le texte y du texte a.

Yoicî les points où la divergence de ces deux classes est la plus grande: lea 14 vers 525—538 de la classe a sont remplacés par 594 vers dans y. D'après y, Primaut n'a pas été lea habits 'du prêtre, comme a le raconte.au v. 498 (leçon dont la trace paraît même être conservée dans H, qui écrit: Des vestemetts sent bien hordez), mais il les emporte en sautant par la fenêtre de l' église. Aidé par Renart, il les troque à un prêtre contre un oison, qu'il s'apprête à manger tout seul, lorsque le vautour, sire Mouflart, lui enlève la proie. Pendant ce temps, Renart a trompé un charretier, dont la charrette était chargée de harengs, et après en avoir mangé plusieurs, il revient à Primaut qui se repent de son infidélité envers son compagnon. En comparant ce conte avec le texte «, il faut bien admettre l'infériorité de ce dernier : l'aventure de Primaut et de Mouflart, qui est très-bien racontée, peut avoir fait partie de l'original, et le récit de la ruae de Renart a peut-être été omise, parce qu'en réunissant cette branche à l'ancienne collection on s'appercevait de sa ressemblance avec la branche III-

Les autres parties du texte y, qui ne ae trouvent pas dans la classe «, ajoutent plusieurs détails qui ne sont pas sans

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