‹ Le roman de RenartChapitre 17 sur 38 · VII · texte numérisé non relu

VII

valeur. Ainei, après les vv. 332 et 372, la description de l'ivresse de Primaut est ornée de traits heureux: il se croit N^oble )e roi, il se promène dans l'église en chancelant et en a'appuyant contre les piliers. Le passage qui suit le v. 656 fait remarquer avec raison que Renart et Primant attendent la nuit pour entreprendre une nouvelle expédition.

D'un autre côté il y a dans le texte a 167 vers après le V. 847, tandis que y n'en présente que 39. Ici encore je ne saurais nier que ce dernier texte ne doive être préféré à l'autre. Le récit du larcin de Primaut et de son combat avec les chiens manque d'intérêt ; dans la scène de la réconciliation de Renart et de Primant le premier dit deux fois qu'il ira se plaindre au roi: vv. 922 et 976.

Cependant il y a des raisons qui m'empêchent de croire que le texte / soit partout celui de l'original, dont la classe a ne présenterait qu'un abrégé. Un certain nombre de vers du texte y, qui ne se trouvent pas dans o, me paraissent avoir été ajoutés par un remanieur : v. p. e. les notes des vv. 548 et 553, oii Primant assure à deux reprises qu'il est à jeun depuis la veille. Quant aux vers qui ne se trouvent que dans le msc. H ou dans CM, on peut être sûr qu'ils ont été interpolés: v. les notes des vy. 12. 201, 10. 438, 4. 12. 668,

Ce qui rend encore plus suspects plusieurs des vers qui manquent à la classe a, c'est l'imitation des autres branches, qui s'y manifeste. Les vv. 201, 8. 9 rappellent les vv. Il 655/6; 486, 7 le v. ï 672; 525, 33. 34 = I 727/8. 537, 307/8 = m 431/2; 537, 311/2 = I" 2743/4; 370, 8 (ff) = XV 324; 537, 365 = III 70; 686, 1.2 = 1 585/6; 686,

3. 4 (ces 2 vers ne se trouvent que dans H) = 1 5B1JS. Or, on comprend aisément que les interpolateurs se servaient des branches antérieures pour remplir le cadre qu'ils avaient tracé; mais on ne voit pas pourquoi la classe a aurait omis précisément ces vers- là.

Quant aux variantes qui ne changent pas le nombre des vers, on en trouvera un assez grand nombre dans la classe / qui ne valent pas celles de la classe «: p. e. les vv. 2:9. 230 (CM), 331/2 {CHM). Au v. 793 tel qu'on le lit dans

I t^ioogle

le texte n, la femme du paysan prend un bâton pour frapper Primaut : lea mes, CHM lui font prendre une quenouille, mais ils oublient de changer le v. 795, où tous les mes. parlent d'un bâton.

L'origine picarde du texte ■/ est attestée par le nom d'Arras, qui ae trouve au v. 537, var. 217 et par la rime air : chair 118, 1. 2 (à côté de 102, 3, 4 voir : chaoir), enfin par le mot forelores 124, 2. Quoiqu'elle ne présente pas ces picardismes, la classe a porte cependant au v. 382 la forme pisi (au lieu de piste), avec laquelle on comparera la forme obligi et d'autres, que M. Sucbier a signalées dans son édition du conte d'Aucassin p. 72.

Comparée aux branches dont nous venous de parler, la quinzième a un mérite littéraire incontestable. Écrite dans

un style simple et clair, elle fait très-bien ressortir la fausseté d'une amitié feinte, l'avidité de l'égoïste et sa rage, quand il se voit trompé; le peraifflage du trompeur est d'autant plus amer qu'il affecte des motifs religieux. L'aventure de Renart et de Tibert, à laquelle s'appliquent ces remarques, est suivie de la rencontre de Tibert et des deux prêtres: ici eneove, ce sont deux amis dont l'un cherche à duper l'autre à l'occasion d'une trouvaille. Mais cette fois-ci, ni l'un ni l'autre ne réussissent; l'issue de cette seconde partie de la branche montre qu'entre hommes et animaux, ce ne sont pas ceux-ei qui sont les plus bêtes. Le repentir du prêtre malheureux prend des formes religieuses, dont l'auteur se moque apparemment comme il l'avait fait en décrivant la prétendue piété de Tibert.

La première partie de la branche est tirée sans doute de la fable du renard et du chat qui se promènent ensemble et dont le premier prétend posséder un sac plein de ruses, tandis que l'autre avoue ne connaître qu'un seul art , mais un art suffisant pour le sauver, celui de grimper. TJn certain nombre de sources contenant cette fable, a été réuni par M. Voigt, Ysengrifiius lib. 111 v. 306. L'histoire de l'andouille pourrait bieu avoir été inventée par notre poëte lui-même.

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