XVI. XVII
content, comme d'autres poètes du roman de Renart, de rimer p. e. ai : oi, il va jusqu'à faire rimer ([uites : cuides 453/4 , taste : hape 289 , et même se deduient : en vient 735/6. D'un autre côté, il n'a pas les rimes qui s'expliquent par la prononciation picarde, comme p. e. les formes seïr, chair, véir ou le pronom mi au lieu de moi.
En résumant toutes ces particularités de la branche XVI, je crois devoir rejeter l'idée de Jonckbloet, qui prétend que Pierre de S. Cloud a composé encore d'autres branches. Jonckbloet a commis l'erreur si fréquente, de ne considérer que les pointa de ressemblance qui paraissent prouver l'origine commune de deux ouvrages, et de négliger les divergences. Et c'est pourtant l'observation de ces dernières qui résout les questions de ce genre, tandis que la ressemblance s'explique souvent par l'imitation oU par l'usage de la langue commune aux deux poètes.
Les textes des différentes classes ne varient guère. Celui du msc. N se retrouve dans Z>, qui ajoute cependant quelques vers après les vv. 1226 et 1265. Un plus grand nombre de vers interpolés se trouve dans la classe ^ (BHLJ: V. les variantes des vv. 330. 492. 570. 1339. 1344. Dans ces manuscrits la reine porte le nom d'Once, qui dans la branche I 2828 est celui d'une bête fabuleuse, ennemie du lion. Les mss. CM offrent un texte assez correct, mais qui paraît être modifié à dessein: v. p. e. le v. 1, où ces mss. lisent Cloout , le v. 330 , où ils évitent la rime foux : Loux en substituant à ce dernier nom celui de s. Pox. Ils répètent les fautes du msc. B en donnant, v. 112, au paysan le nom de Butor, eu lisant son au lieu de foH au v. 546, en écrivant malcion au v. 1456.
Au V. 1411 j'aurais dû écrire guise d'après DHL.
La branche XYII est très-gaie et passablement amusante; aussi lui pardon nera-t- on peut-être l'obscénité de quelques parties: en tout cas, on excusera l'exagération et l'invraisemblance qui y règne et le peu de liaison qui existe entre les différentes scènes du récit.
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Quoique le sujet de la branche ne soit pas puisé aux sources les plus ancieuDes de la tradition de Eenart, il était bleu connu et fort goûté au IS*"" siècle. La 'procession de Henart', tel est le titre indiqué à la fin de la branche. Une oeuvre plastique est citée sous ce titre dans la branche XIII v. 191 ; et nous savons qu'en réalité il y avait dans la cathédrale de Strasbourg une sculpture, qui .représentait Renart étendu sur un brancard porté en procession funèbre par les autres bêtes et qui n'a disparu qu'en 16S5 (v. Orandidier Essais sur la cathédrale de Strasbourg p. 284 ss.). La procession de Renart fut même mise en scène: vers 1300 Philippe le Bel la fit jouer dans les rues de Paris pour se moquer du pape Boniface VIII. 'Un homme vêtu de la peau d'un renard mettait par dessus un surplis et chantait Tépître comme un simple clerc. Il paraissait ensuite avec une mitre et enfin avec la tiare, courant après poules et poussins, les croquant et les mangeant'.
Il y a dans notre branche plusieurs détails destinés à parodier les usages et les doctrines de l'église : les vigiles des morts et la messe sont chantées par différentes bêtes qui en partie se servent d'un latin corrompu (969); la confession de Renart, les sermons et les prières, que les autres font à l'intention de l'âme de Renard, sont remplies de plaisanteries parfois grossières et de blasphèmes effrontés. Le paradis des animaux est décrit d'une façon qui fait penser à une oeuvre plastique, qui aurait servi de modèle : Renart est assis à côté de l'ânesse et les poules lui font le lit (998 ss.). Un jeu de mots assez singulier se trouve au v. 1670: on y parle de paradouse, qu'on dit situé deux lieues au-delà du paradis; le poëte a évidemment pris ce dernier mot pour un composé de l'adjectif numéral dix.
 côté des usages de l'Eglise, la branche mentionne une coutume populaire, qui s'était maintenue depuis l'époque païeime jusqu'à la fin du moyen-âge et dans quelques pays même jusqu'à nos jours. Après avoir chanté sur le corps du décédé, ses amis veillent la nuit en buvant et en s'amusant aux jeux les plus bruyants. Cette coutume a été l'objet des plaintes les plus vives de la part des évoques
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tant en France qu'en Allemagne , où elle s peut-être passé des Yolems de l'Ouest: t. J. Orimm, Mythologie 4. éd. p. 405/6; cp. les cachinni , . . super mortuos Zettschr. f. dentsches AUerthum 12, 446. Elle subsiste encore aujourd'hui en Irlande: v. Eodenberg, Die Myrthe von KiUamey. Le jeu as plantées qu'on joue auprès du corps de Renart (v. 660), porte un caractère tout rustique; un jeu semblable, mais joué, à ce qu'il paraît, par des gentilshommes et des dames, est représenté sur le tapis du musée de Nuremberg, qui a été reproduit et commenté par Falke, Am. f. Kunde d. deuischen Vorzeit 1857 p. 325.
Il est encore question d'un autre jeu dans notre branche: celui qui est ai funeste à Renart. L'enjeu qu'il perd, si singulier qu'il soit, n'est cependant pas de pure fantaisie. En effet, dans les lois municipales des villes du moyen-âge, ou défendait de mettre en jeu un membre quelconque: V, les Wiener Stadtrechte de l'an 1435, cités p. M, Haupt dans son édition de l'Erec de Hartman p. 341. Il faut croire qu'une telle défense a été amenée par des faits i tout le monde.
Malgré le caractère réaliste de ces détails , le poète n'hésite cependant pas à débiter les choses les plus incroyables. Le lièvre rencontre un maître-pelletier qu'il renverse, qu'il lie et qu'il entraîne devant le lion; le limaçon sauve Benart des morsures d'un grand chien; le coc remporte la victoire sur le renard, quoique ses blessures saignent si fort Vun moulin en peiist moldre'.
La fin de la branche, qui prétend finir le roman, est digne de l'imagination bouffonne, qui s'est manifestée dans tout ce qui précède. Benart contrefaisant le mort , sa femme , pour tromper les messagers du roi chargés de l'amener à la cour , leur fait voir la tombe d'un paysan qui portait le nom de Benart. Ce trait est très- heureux: il explique pourquoi Benart tenu pour mort, ne paraît plus sur la scène , sans ôter la possibilité de son retour. Ce qu'il importe encore de noter, c'est que, selon l'auteur de notre branche , le nom de Benart est vm nom commun
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chez les paysanB. En effet, c'est là l'origine du oom de Renart, donné au fameux voleur de volaille , parce qu'il était le pluB familier, comme de noa jours l'ours est nommé Martin, parce que ce nom est un des plus répandus en France.
L'auteur de la branche, quoique doué d'une imagination assez féconde , a cependant préféré imiter en beaucoup d'endroits les anciennes branches. Il a voulu contiuuer la branche XVI, dont il parle au v, 180. Il mentionne la tombe de dame Coupée, l'amour de Renart et de la reine Fière; il fait aller Tardif avec sa bannière au devant des autres animaux: tout cela se rapporte à la branche I (et I'). Il imite l'aventure de Chantecler racontée dans la branche II , en y faisant une allusion directe au v. 1127. Il répète le combat judiciaire de la branche YI, en donnant à Chantecler le rôle d'Ysengrin. Au v. 401 , il parle de la maladie du roi guérie par Renart: v. la branche X. Le nom de Droïn le moineau (633) rappelle la branche XI, comme celui de Hubert le milan parait être tiré de la branche VII.
A côté des noms connus, il y en a de nouveaux: celui du lapin Sauteret (639), celui de Brune la corneille (1400), enfin celui d'Fpinart, qui est médecin du roi, sans que nous sachions l'animal désigné par ce nom. L'auteur de notre branche est aussi le seul qui appelle Benardiax (1471) les enfants de Renart.
Quelques-unes des locutions dont il fait usage, me sont restées obscures: v. les vv. 1360 et 1399; faut- il comparer ce dernier avec le v. 1375P Le v. 1455 a été corrigé par M. Kressoer, qui écrit a tressailli. Le même savant propose au V. 492 la leçon Ou au lieu de Je.
Il nous faut bien recourir aux conjectures, puisqu'il n'y a que cinq manuscrits qui aient conservé la branche ; et encore n'est-ce que le msc. N qui la contienne en entier. Le msc. D est le seul qui offre une bonne leçon des vv. 345 as. M a ajouté quelques vers après le v. 418 (C les présente aussi) et six vers à la fin de la branche. On y trouve encore, au lieu des vv. 1013/6 et après le v.
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