II
points, nne reasemblance curieuse entre cette partie du roman de Renart et une scèuG des Fourberies de Scapin, la deuxième du troisième acte: comme Scapin. Benart se sert d'un langage étranger pour tromper un adversaire plus fort. La dispute de Hersent et d' Ermeliue fait songer aux propos des dames de la Halle qui ont été reproduits dans la Fille de madame Ângot. Même la scèue de famille qui se passe entre Ysengrin et Hersent pourrait se retrouver, ai je ne me trompe, dans quelque couplet de vaudeville ou d'opérette qu'on joue de nos jours. Mais il importera davantage au lecteur sérieux de savoir que toutes lea scènes qui composent la br. 1° peuvent être comparées à des fabliaux du moyen-âge: le baragouin de Renart est à peu près le même que celui qui est parlé dans le fabliau des deux Anglais; une querelle de femmes est insérée dans le fabliau de Boivin de Provins ; eniin la dispute conjugale se retrouve dans le fabliau du Pescheor de pont seur Seine. {V. de Montaiglon et Raynaud, Recueil de fabliaux t. 2 p. 178. 3 p. 68. 5 p. 62).
On pourrait penser que les détails de la hr. P ont été inventés sur de tels exemples par l'auteur lui-même, puisqu'on ne les rencontre nulle part ailleurs dans les documents littéraires de la tradition relative à Renart. Cependant un chacal qui a pria une couleur étrange en tombant dans le tonneau d'un teinturier se retrouve dans le Hitopadéça, (J. .Grimm Retnkart Fuchs p. CCLXXni; Pantchatantra trad. p. Benfey I p. 225j; et un reuard jouant du violon devant un autre animal, un loup peut-être, est représenté sur un relief de la cathédrale de Bâle. (F. Beschreibung der Mûiisterkirche : p. p. Hasler, Basel 1842).
Que dans la br. I*' Renart prenne le masque d'un jongleur breton , cela s'explique aisément par la renommée de ces représentants de la tradition cfltique, qui grâce à Crestien de Troies et à d'autres poëtea , gagna la faveur du monde chevaleresque. Aussi Renart prétend-il (vv. 23S9 ss.) connaître les lais de Merlin, de Noton,'
1 Je ne saurais expliquer ce nom; faudraii-il lire Goi-oi F. Wolf, Lais p. 237.
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du roi Artu et de Tristan, du chèvrefeuille (épisode du cycle épique de Tristan) et de dame Iseut; la légende de Brsndan, dont il parle, est aussi d'origine celtique. Au contraire, aux noces de Poncet le blaireau, ce sont plutôt les chançons du cycle oarlovingien qui font le répertoire du jongleur {2853 sa.): il chante d'Ogier, d' Olwant, de SoUier (noms d'Olivier et de Rolant corrompus à dessein), et de Charlon le char chanu. Dans cette dernière phrase, je liraia le ber avec les msa. CM, si Renart n'avait la coutume d'estropier les noms et de défigurer les phrases de la poésie épique. Cette même cause me fait croire qu'il faut restituer dans le T. 2527 la forme Eallart, qui ae trouve dans les meilleurs msa. au lieu de Renart.
Comme le poëte le dit lui-même dans les w. 2482. 2898, le langage du jongleur breton , que Renart prétend rendre, n'est point du breton, mais bien de l'anglais mêlé de flamand et tant soit peu de haut-allemand. Il y a des aphérèses et des apocopes comme {a)p€lez 2420, (a)pri3 2802, (a)lumer 2941, (en}gendrer 2942, {at)tenâez 2978, bouses au lieu de épousé 2927, Bretaig{ne) 2357, guer{rey, sir{e), viel{e). Les modes personnels sont remplacés par les infinitifs (non saver je ne sais' 2352) ou par les participes accompagnés du verhe fot, dont le sens équivoque a tnnt de chnrme pour Isengrin (v, p, e. 2358 moi fot perdez). Il faut noter encore la formation des infinitifs en -er au lieu de -oir, -ir, -re: voler, geser, faser; l'emploi de la 3*"" personne su lieu de la 1**" : /c dira (forme confirmée par la rime du v. 2933); l'emploi du pron. pOBS. masoulîii au lieu du féminin: ton main 2939. Quelques-unes do ces particularités se retrouvent dans le fablinu des deux Anglais : Mi porra. Mi ira, fou ou fout, querer, {a)chater, (a)chat. Mais on remarquera que, en prononçant le V comme F: Fotre merci 2459. 2851, le Pcomme B: Boucez 2932, Basse Basez 2950, Renart fait des fautes qu'on reproche de uos jours aux Allemands qui parlent français. Des fautes toutes pareilles se retrouvent précisément dans la scène des PourberieB de 3capin que j'ai indiquée: fous safoir, moi H fouloir, moi pailler, (^= je lui baillerai, donnerai"), un petit leçon. En comparant cette scène avec la scène III de l'acte III de Monsieur
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de Pourceaugnac ou bien avec l'Étourdi, A. V 8c. IV, on verra que ce sont des Suisses que Molière fait parler de la sorte. Enfin, pour en revenir au roman de Renart, les mots étrangers qui s'y mêlent au français baragouiné, sont plutôt néerlandais: à côté de Ya (dissyllabe) 2370.2394, qui pourrait encore être haut -allemand, on y lit Godehelpe ^^i\, godiloët (= ni. ffod weet) 2394.
On admettra donc que l'auteur de la br. I" a vécu dans les contrées de la France voisines des Pays-Bas, Quant à l'époque de sa composition, elle ne peut remonter au-delà de 1173, puisque S. Thomas de Cantorbir, qui est invoqué dans le v. 2436, fut canonisé cette année-là. Ce terme pourra bien avoir été dépassé de quelque années, la br. I' se rattachant à la br. 1* à laquelle on n'assignera pas une date antérieure à 1200. Toutefois la br. I" Forme un récit indépendant et complet: ce qui est indiqué par les derniers vers 1,3200 et suivants) qui on résument le contenu. Le v. 3091 prouve que le poëte connaissait la br. II 1027 ss.
Noua arrivons à la divergence des manuscrits qui est la même pour la br. I et ses deux continuations. Elle se trouve dans les mss. ADEFGN, qui forment la classe «, dans BHL dont je désigne le texte commun par la lettre (i, et enfin dans ta classe y, qui comprend les mss. CM. Une place particulière doit être réservée aux mss. a, dont le msc. L se rapproche en quelques endroits plus que les autres mss, de la classe [t, et au msc. 0.
Occupons noua d'abord de la classe y, qui tient une place intermédiaire entre les deux autres. Dans les branches I. I". P. elle no s'éloigne guère de la classe n. quoiqu'elle partage quelques- unes des fautes de (i. Ainsi, c'est à tort que BCHLM ont sire Belin dans le v. 1685: on n'y parle que de Tiécelin et de son fromage. Elle s'est encore enrichie des interpolations qui, dans la classe /ï, suivent les vv. 1980. 2706. 2722. 2782. 3032.
D'ailleurs la classe y ne manque pas de fautes qui lui sont particulières. Je n'en relève que quelques leçons qui apparemment ont été changées à dessein. Au v. 1704 C et
20 g 2. LES BRANCHES.
M offrent Qar fat Panel en ma saisine que me dona kui la roîne, tandis que les autres maDuecrits portent ier. ce qui ue paraissait pas s'accorder avec le manque d'indication sur le temps qui s'écoulerait depuis la fuite de Benart jusqu'au siège de Maupertuia. Au v. 291 2 C et M lisent : d'une martire dont vos m'avez bien oi dire; en ajoutant le pronom m«, ils rattachent la br. 1^ aux deux autres qui l'ont précédée, mais qui, comme nous l'avons vu, ne sont pas du même auteur. Voyez CDcore les vers interpolés uprèa 1632. 1832. 1980. 2302. 3212.
Tout cela n'empêche pas la classe y d'avoir des leçons excellentes que l'auteur de cette rédaction peut avoir trouvées dans les mas. qu'il avait sous les yeux , mais qui en partie sont certainement de son invention. Une leçon originale, que les autres rass. ont fait disparaître, se trouve au v. 295, oà CM portent jugie, tandis que tous les autres manuscrits lisent mengie: l'archétype portait appnremment ÎM^'e avec un accent un peu couché au-dessus de l'iu, de sorte que les copistes ont bien pu y voir m, qu'ils auront pris pour l'abbréviation de men.
Mais une leçon préférable ne prouve pas que le reste du texte n'ait subi un remaniement. Un autre exemple de cette sorte se trouve dans le msc. H qui seul a conservé dans le v. 377 la leçon l'omecide, tandis qu'on trouve lamende dans ACDFGLNOa, la meschine dans B, grand outrage dans I. Le texte du msc. H est pourtant presque partout corrompu par les changements qui rendent la classe (i inférieure à celle d' a.
Pour prouver cette infériorité de la classe ^, je me contente de citer les interpolations après les vv. 34. 206. 226. 362. 402. 412. 450. 584. 608. 636. (Cette variante remplace les vv. 655 — 668 de l'imprimé.) 788. 850. 898. 1094. 1142. 1180. 1208. 1234. 1252. 1286. 1303. 1304. 1308. 1980.2384. 2522. 2706. 2711. 2722. 2744. 2782. Et qui voudrait donner la préférence à la variante de BH qui y remplace les rr. 1319—1414?
Cependant le msc. H n'a pas tons les vers interpolés du msc. B: il y manque ceux qui sont dans B après le v. 24 (ce vers supplée au v. 21 que le scribe de B avait omis),
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après 56 (cette interpolation de B contient les vv. 85. 86, que le acribe y a transposés erronément) , après 498, après 636^. », après 844. 2431. 2740. Malgré ces fautes particulières au msc. B, on le préférera toutefois au msc, H qui a rajeuni e texte d'une façon intolérable, comme on le verra dans la suite. Il a en outre ajouté quelques vers au texte de la classe 1^ après le v. 582.
Le caractère vicieux de ^ ne l'empêche pas d'avoir quelques leçons qui valent bien celles de la classe a. Mais dans tous les cas douteux une saine critique restera fidèle à la classe a. Toutefois, les vv. 835 — 840. qui ne sont conservés que par les mss. BH, me paraissent indispensables.
Reste à déterminer la valeur des deux manuscrits a et 0.
Sans doute que le texte du msc. a est un des meilleurs. Il ne laisse pourtant pas d'être vicieux en quelques points. ce qui nous défend d'en faire la base de notre texte. Je ne mets sous les yeux du lecteur que les fautes manifestes qu'il y a dans les vv. 1—200, en le priant de continuer lui-même cet examen pour le reste de la branche, co qui lui sera aisé au moyen des variantes indiquées dans le 111'°' volume.'
Le msc. a porte, v. 5, la pez 10 E madame (L lit En madame) 13 et 14 y sont intervertis 13 que
manque 30 fat manque 32 loi fermée 42 remet
43. 44 De ce aot ire et grant dolor Et H rais a dit aiant toz 48 au lieu de sont ] et (v. cependant plus bas) 52 si grant ] tele 55 lors 64 netist 69 manderons 76 Ge lui mandere se iel 78 le prendrons a chastoier 82 de desroi 85 tant de testes 86 maintes bestes 92 Z* ] Cest Après le v. 92 a ajoute comme BHL deux vers bien superflus 93 /. mauhaUlie 94 saillie 95 ne le garist 98 manque 101 Q. Benardee cist rox g. 107 empaindre 108 ne puet le mal fessier 110 tientree fraite 115 Se li lettst
< A cause de l'importanoe des legone du msc. a, j'ai coUatioané anoore une fois las notices priseB sur le manusorit avec les variantes qne j'ai fait imprimer. Voici les levons du manuscrit qu'il faut (jouter à ces dernières: 554 Car 1207 se ] li 1408 boen i uon( 2199 Vn ior 2B72 contre tenir 2982 briain 3048 andoua
116 maus 130 ms ] le 131 /» 134 rogissoit et v.
143 Ou en froide me ou en fer chaut 157 Quant 161 Ca p. 168 ester 170 merdouse 171 Ne a s. a b. f. 172 reviendrons 174 manque 175. 6 Ne fis de mon cors puterie Ne outrage ne vilonie 1Î7 m. nendurai a. 181 Fromons Après 188 a BEL ajoutent quatre vers 195 tsst maus 196 et deslûiaus 198 blasment ce quil ne doient.
En comparant ces variantes avec celles de /f, on retrouvera dans cette dernière classe les mêmes leçons fautives dans les vv. 13. 14, 69, 85. 86 (cp. la leçon de B qui y est intercalée après le v. 56); 92 (cp. H); l'interpolation après le v. 92; 94 {H); 175. 6 (interversion); l'interpolation après le v. 188. Ce sont principalement les interpolations après les vv. 92. 188 qui me paraissent prouver que le msc. a doit prendre son rang à côté de BHL. De là résulte qu'une leçon qui appartient en même temps aus rass. A et a, doit être considérée comme originale, à moins qu'il ne subsiste de fortes raisons pour la rejeter.
En dernier lieu, j'ai à examiner le msc. 0. Comme je l'ai déjà dit, on y trouve une foule de fautes particulières qui témoignent à la fois de la négligence du scribe et du peu de respect qu'il portait au texte original. Il a enrichi ce texte de nombreuses interpolations, dont celle qui se trouve après le v. 218 a été reproduite dans les variantes de mon 111*°" volume; une autre qui comprend 16 vers, suit le V. 1748.
Quant aux relations qui existent entre le texte du msc. et celui des différentes classes «t^y, il est évident que le copiste a suivi tantôt la classe a, tantôt [i, et qu'il a eu sous les yeux un manuscrit qui, depuis, a servi pour la construction de la classe y. Comme celle-ci, le msc. s'approche du texte a dans la branche I, tandis que c'est plutôt le texte ^ qu'il a reproduit dans les continuations I ' ot I ^ Ainsi, il offre les mêmes fautes que j4C dans les vv. 423'. 426 "j 709. 710; le V. 1550 s'y lit k peu près comme dans C: Tout son lignage ëfrOchira; les vv. 1807. 8 de même que les vv. 1831. 2 sont intervertis comme dans C; après le v. 1932 on trouve