Portraits contemporains
COAIMEXT FINIT l'âMOUR DE SAINTE-BEUVE 261
qu'elle aimait encore. Quelque chose s'était rompu dans l'union de leurs âmes ; et, dans ces cliaines-là, quand un anneau se défait, les autres suivent. Elle dut faire doucement des reproches à Sainte-Beuve de la faute qu'il avait commise et se montra sans doute avec lui plus froide et moins expansive. Elle en prit une teinte de mélancolie : sa vie de cœur était-elle finie ?
Nous ne faisons pas là de vaines conjectures; qu'on lise avec nous ces fragments des lettres touchantes qu'en 1836 elle écrivait à son mari encore en voyage :
« 5 juillet... Je suis bien vieille par les goûts et assez triste, quoique sans chagrins. Que peut-on de mieux dans cette vie? Je n'ai au monde qu'un désir, c'est que ceux que j'aime soient heureux ; le bonheur de la vie est passé pour moi, je le cherche dans la satisfaction des autres. Il y a bien de la douceur malgré tout làdedans; aussi tu as bien raison quand tu dis que j'ai le sourire indulgent. Mon Dieu, tu peux faire tout au monde; pourvu que tu sois heureux, je le serai. Ne crois pas que ce soit indifférence,
mais c'est dévouement et détachement pour moi de la vie. D'ailleurs, jamais je n'abuserai des droits que le mariage me donne sur toi, 11 est dans mes idées que tu sois aussi libre qu'un garçon, pauvre ami, toi qui t'es marié à vingt ans, je ne veux pas lier ta vie à une pauvre femme comme moi. Au moins, ce que tu me donneras, tu me le donneras franchement et en toute liberté.
« Ne te tourmente donc pas, et crois que rien dans cet élat de mon âme n'altérera ma tendresse pour toi, si solide et si complètement dévouée quand même ^ .. . »
« iG août... T'amuses-tu bien? es-tu heureux? Tu sais que je veux que tu sois ainsi. Tu es fait pour la joie, la gloire, le triomphe et tout ce qui est resplendissant. Ne manque pas ta destinée, mon ami; ta sais que la seule chose que je ne te pardonnerais pas, ce serait d'être peu heureux...
« Adieu, mon ami, mon véritable ami. Crois que tu ne trouveras pas plus de dévouement dans aucun cœur que dans le mien'.... ■»