‹ Le roman de Tristan et Iseut. RenouveléChapitre 2 sur 5 · LE MORHOLT 1) IHI.V\DE · texte numérisé non relu

LE MORHOLT 1) IHI.V\DE

prc : la barque de 1 Irlandais se détacha de l'île, et une clameur de détresse retentit: « Le Morholt ! le Morholl ! » Mais, comme la barque grandissait, soudain, au sommet d'une vague, elle montra un chevalier qui se dressait à la proue.: chacun de ses poings tendait une épée brandie : c'était Tristan. Aussitôt vingt barques volèrent à sa rencontre, et les jeunes hommes se jetaient à la nage. Le pieux s'élança sur la grève, et, tandis que les mères à genoux baisaient ses chausses de fer. il cria aux compagnons du Morholt :

^« Seigneurs d'Irlande, le Morholt a bien combattu. Voyez : mon épée est ébréchée, un fragment de la lame est resté enfoncé dans son crâne.') Emportez ce morceau d'acier, seigneurs : c'est le tribut de la Gornouailles ! »

Alors il monta vers ïintagel. Sur son passage, les enfants délivrés agitaient à grands cris des branches vertes et de riches courtines se tendaient aux fenêtres. Mais, quand parmi les chants d'allégresse, aux

bruits des cloches, des trompes et des buccines, si retentissants qu'on n'eût pas ouï Dieu tonner, Tristan parvint au château, il s'affaissa entre les bras du roi Marc ; et le sane ruisselait de ses blessures.

\. grand déconfort, les compagnons du >rholt abordèrent en Irlande. Naguère, '

Moi

quand il rentrait au port de Weisefort, le Morholt se réjouissait à revoir ses hommes assemblés qui l'acclamaient en foule, et la reine sa sœur, et sa nièce, Iseut la Blonde, aux cheveux .d'or, dont la beauté brillait déjà comme l'aube qui se lève. Tendrement, elles lui faisaient accueil, et s'il avait reçu quelque blessure, elles le guérissaient ; car elles savaient les baumes et les breu-

vagcs qui raniment les blessés déjà pareils à des morts. Mais de quoi leur serviraient maintenant les recettes magiques, les herbes cueillies à 1 heure propice, les philtres? Il gisait mort, eousu dans un cuir de cerf, et le fragment de l'épée ennemie était en-

core enfoncé dans son crâne. Iseut la Blonde l'en retira pour l'enfermer dans un coffre d'ivoire, précieux comme un reliquaire. Et courbées sur le grand cadavre, la mère et la fille, redisant sans fin l'éloge du mort et sans repït lançant la même imprécation contre le meurtrier, menaient à tour de rôle parmi les femmes le regret funèbre. De ce jour Iseut la Blonde apprit a haïr le nom de Tristan de Loonnois.

Mais, à Tintagel, Tristan languissait : un sang venimeux découlait de ses blessures. Les médecins connurent que le Morholt avait enfoncé dans sa chair un épieu empoisonné, et, comme leurs boissons et leur thériaque ne pouvaient le sauver, ils le remirent à la garde de Dieu. Une puanteur si odieuse s'exhalait de ses plaies que tous ses plus chers amis le fuyaient, tous, sauf le roi Marc, G or vénal et Dinas de Lidan. Seuls, ils pouvaient demeurer à son chevet, et leur amour surmontait leur horreur.

Enfin, Tristan se fit porter dans une cabane construite à l'écart sur le rivage; et, cou-

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ché devant les ilôts, il attendait la mort. Il songeait : « Vous m'avez donc abandonné, roi Marc, moi qui ai sauvé l'honneur de votre terre ? Non. je le sais, bel oncle, que vous donneriez votre vie pour la mienne; mais que pourrait votre tendresse ? il me faut mourir. Il est doux, pourtant, de voir le soleil, et mon cœur est hardi encore. Je veux tenter la mer aventureuse... Je veux qu'elle m'emporte au loin, seul. Vers quelle terre!* je ne sais, mais là peut-être où je trouverai qui me guérisse. Et peut-être un jour vous servirai-je encore, bel oncle, comme votre harpeur, et votre veneur, et votre bon vassal. »

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