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Il supplia tant, que le roi Marc consentit à son désir. Il le porta sur une battqxie sans rames ni voile, et Tristan voulut qu'on déposât seulement sa harpe près de lui. A quoi bon les voiles (pie ses luas n'auraient pu dresser? \ quoibon les raines? \ quoi bon l'épéeP Comme un inarinier.au cours,d*une longue traversée, lance pardessus bord le cadavre d'un ancien compagnon, ainsi, de
LE MORHOLT D IRLANDE i7
ses bras tremblants;, Gorvenal poussa au large la barque où gisait son cher fils, et la mer l'emporta.
Sept jours et sept nuits, elle L'entraîna doucement. Parfois, Tristan harpait pour charmer sa détresse. Enfin, la mer. à son insu, l'approcha d'un rivage. Or, celte nuitlà, des pêcheurs avaient quitté le port pour jeter leurs filets au large, et ramaient, quand ils entendirent une mélodie douce, hardie et vive, qui courait au ras des Ilots. Immobiles, leurs avirons suspendus sur les vagues, ils écoutaient ; dans la première blancheur de l'aube, ils aperçurent la barque errante. « Ainsi, se disaient-ils, une musique surnaturelle enveloppait la nef de saint Brendan, quand elle vo'guait vers les îles Fortunées sur la mer aussi blanche que le lait. » Ils ramèrent pour atteindre la barque : elle allait à la dérive, et rien n'y semblait vivre, que la voix de la harpe ; mais, à mesure qu'ils approchaient, la mélodie s'affaiblit, elle se tut, et, quand ils accostèrent, les mains de Tristan étaient retom-
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bées inertes sur les cordes frémissantes encore. Ils le recueillirent et retournèrent vers le port pour remettre le blessé à leur dame compatissante, qui saurait peut-être le guérir.
Hélas !ce port était Weisefort, où gisait le Morholt, et leur dame était Iseut la Blonde. Elle seule, habile aux philtres, pouvait sauver Tristan ; mais, seule parmi les femmes, elle voulait sa mort. Quand Tristan, ranimé par son art, se reconnut, il comprit que les flots lavaient jeté sur une terre de péril. Mais, hardi à défendre encore sa vie, il sut trouver rapidement de belles paroles rusées. 11 conta qu'il était un jongleur, qui avait pris passage sur une rief marchande ; il naviguait vers l'Espagne pour y apprendre l'art de lire dans les étoiles : des pirates avaient assailli la nef : blessé, il s'était enfui sur cette barque. On le crut: nul des compagnons du Morholt ne reconnut le beau chevalier de l'île Saint-Samson, si laidement le venin avait déformé ses traits. Mais quand, après quarante jours, Iseut aux che-
veux d'or l'eut presque guéri, comme déjà,
en ses membres assouplis, commençait à
renaître la grâce de la jeunesse, il comprit
t qu'il fallait fuir; il s'échappa, et, après
maints dangers courus, un jour il reparut
devant le roi Marc.