‹ Le roman du Chaperon-RougeChapitre 13 sur 59 · LES MÊMES, LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE PRÊTRE

le prêtre, s' avançant .

C'est cela, on accueille un charlatan, et on chasse le prêtre.

l'amant, allant au-devant de lui.

Que voulez-vous de nous, monsieur ? Vous savez

bien que votre présence effraie les malades, et qu'ils flairent une nouvelle de mort dans les plis de votre soutane. Personne ne veut mourir ici. monsieur l'abbé; vous n'avez rien à faire chez nous.

LA MAITRESSE

Ami, tais-toi.

LE PRÊTRE

Je ne viens pas pour ceux qui veulent mourir, je viens pour ceux qui veulent vivre.

l'amant.

Nous avons vécu sans vous 'jusqu'à ce jour ; allez à qui vous réclame.

LA MAITRESSE

Par pitié, tais-toi! tais-toi!

LA GARDE

Oh! monsieur, ce que vous dites là portera malheur à votre dame.

L amant, exaspéré.

Toi, d'abord, vieille gueuse, bouche close où je te

chasse! Tonnerre de sort! je suis le maître ici. (// s'approche delà malade et lui prend la main.) Et toi, chère femmey consentiras-tu à introduire un étranger dans ton cœur ? Cette âme, dont j'ai gardé jusqu'à ce jour la clef d'or pour moi seul, voudras-tu l'ouvrir à un autre que ton ami? Eh! quoi ! me rendrais-tu jaloux de cet homme qui vient noiffe dérober nos chers secrets, pénétrer brutalement clans notre sanctuaire, et fouler aux pieds nos beaux tapis d'amoui ? Ne serais-je pas trop malheureux de te voir parler à voix basse à un autre que moi, t'épancher dans le sein d'un autre que ton amant, pleurer, sur une autre épaule que la mienne, des larmes qui ne seraient pas des larmes d'amour pour moi? S'il est vrai que tu ailles mourir, ne seraitce pas atfreux de'me priver des quelques instants qui me restent à passer avec toi? A la veille d'un grand départ et d'une éternelle séparation, nos moindres minutes ne doivent-elles pas nous être d'un prix inestimable? Maîtresse, maîtresse, réponds-moi !

le prêtre, s' approchant de Vautre côlè du lit, et prenant Vautre main de la malade.

Ma fille, avant de paraître devant Dieu, ne voulezvous pas faire belle votre âme et lui remettre sa blanche robe d'innocence? Consentez-vous à vous condamner à d'éternelles souffrances, et si le souci de vous-même ne vous touche pas, voulez-vous livrer aux supplices

rouges de l'enfer cette âme malheureuse que l'adultère tient liée à la vôtre ?

LA MAITRESSE

Vous me faites bien du mal, tous les deux.

LE PRÊTRE

Ma fille, ma fille, la mort est là et Dieu la suit.

l'amant.

Femme, femme, je suis près de toi; femme, je t'aime!

LA MAITRESSE

Oh ! ce que je ressens est terrible ! Quel duel ! quelle lutte! La vue de ce prêtre réveille en moi tout un monde de remords et de frayeurs ; les remords m'assaillent et l'amour ne s'en va pas. Ecoutez, monsieur le curé; — cher homme, écoute-moi, je t'en prie ; — ne me torturez pas trop, n'est-ce pas? — Puisque je vais mourir, vous devez m'épargner; — par pitié, épargnez-moi! (Au prêtre.) Je veux bien entendre les bonnes paroles que vous m'apportez , monsieur ; — mais il ne faudra pas me parler contre lui ; — ce serait peine perdue

{A l'amant.) Ne crains rien, ami; je suis à toi toute et toujours, et je sens qu'en punissant mon àme de ses fautes, je vais la rendre plus digne de ton amour. — Monsieur le curé, je vous écoute.

LE PRÊTRE

Ma fille, Dieu vous parle par ma bouche, et ne veut parler qu'à vous seule.

LA MAITRESSE

Tu l'entends, ami.

l'amant.

Ainsi, tu me chasses, tu me chasses !

LA MAITRESSE

Mais non, tu vas me revenir, et tu me trouveras plus belle. (D'une main défaillante, elle lui envoie un baiser. — L'amant et la garde sortent.)

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